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Ici même, à l'Église de la Visitation dans le Sault-au-Récollet

Voyage musical pour la Noël, en Nouvelle-France

Deux cantiques de Noël amérindiens chantés

Publié le 15/12/2017
par Stéphanie Dupuis

Ensemble Claude-Gervaise lors d’un autre concert (Photo: Courtoisie, Moments musicaux)

C’est dans une salle comble que s’est tenu, dimanche dernier, le concert Noël en Nouvelle-France de l’ensemble Claude Gervaise à l’Église de la Visitation du Sault-au-Récollet, dans Ahuntsic. Ce dernier récital d’une série de cinq, présenté par l’organisme Moments musicaux dans le cadre du 375e anniversaire de Montréal, a su à la fois instruire et divertir les spectateurs.

 C’est avec de vifs applaudissements que la centaine de spectateurs présents ont accueilli l’ensemble Claude Gervaise qui fête cette année ses 50 ans.

« Une assistance record », déclare Johanne Gauthier, directrice et présidente de l’organisme Moments musicaux, un OBNL ahuntsicois qui organise des concerts commentés, avant de donner le coup d’envoi à l’après-midi musical.

Un contexte musical

À la maison comme à l’église, les fêtes de Noël en Nouvelle-France n’ont pas toujours été aussi festives. Essentiellement religieuses, les célébrations, qui se voulaient davantage un recueillement, ont peu à peu migré vers la maison. Les enfants laissaient leurs souliers près du foyer, puis tous se rejoignaient à l’église pour la messe de minuit. Ce n’est qu’à partir du 18e siècle que les habitants se sont mis à festoyer davantage. Ils dansaient et chantaient comme le voulait la tradition du jour de l’an.

Donner un contexte à la musique jouée en Nouvelle-France: voici la mission que se sont attribués les musiciens de l’ensemble dirigé par Gilles Plante. Interprétant les œuvres avec les instruments originaux, de la vielle à la viole de gambe, Claude Gervaise est devenu au fil des ans un chef de file de la musique ancienne.

Les musiciens ont prouvé une fois de plus ce titre lors de ce concert qu’ils estiment être leur dernier avec tous les membres fondateurs. Sur scène avec eux, deux invités de marque, soit la soprano Marie Magistry (Violons du Roy, Arion, I Musici) et Marie-Laurence Primeau (Boréades de Montréal, Idées heureuses, Flûte Alors !) à la flûte à bec et à la viole de gambe.

Une nuit de Noël à l’église

« Imaginez que vous êtes dans une église du 18e siècle, pendant la messe de minuit », introduit Gilles Plante, l’un des fondateurs, avant d’entamer les premières notes du concert.

Béatrice Baillargeon (voix) et Marie Magistry ont offert un premier duo symbiotique du Motet Pour la naissance de Notre Seigneur. Les teintes plus baroques du second Motet interprété, Ornate Arras, dévoilent une paire solide composée de Béatrice Baillargeon et Marcel Benoit.

Ce n’est qu’à partir du quatrième morceau que le talent des deux artistes invités se distingue. Elles allient leurs forces pour interpréter le Verbum caro factum est de Lebègue. Le timbre enveloppant de la voix de Marie Magistry se marie parfaitement avec la musicalité assumée de la viole de gambe de Marie-Laurence Primeau.

Les inégaux Noëls anciens

« On revit une soirée en chant de Noël », déclare Gilles Plante, avant de lancer les quelques pièces interprétatives de l’histoire de Jésus vue par les bergers.

L’œuvre Jésus soyez le bienvenu d’Abbé Pellegrin dévoile une rythmique qui semble inexacte. La pièce suivante, Guillot pren ton tabourin, a heureusement rattrapé la note avec une partition offrant davantage de précision. On reconnaît le caractère plus populaire de la chanson, emportant la salle dans une mélodie rappelant quelques rigodons québécois. Chaudement acclamée, les paroles « au son de ces instruments » ont charmé le public.

La pièce Où s’en vont ces gais bergers de Chédeville l’Aîné rend à nouveau perplexe. Gilles Plante prend en main sa vielle pour ce troisième morceau qu’il joue en duo avec Philippe Gélinas, également à cet instrument. Manivelle à la main, les deux artistes tardent à synchroniser leurs appareils, rendant l’acoustique cacophonique.

Interprété par le directeur musical et l’artiste invitée Marie-Laurence Primeau, le brillant duo de flûte témoigne de la parfaite maîtrise de leurs instruments. Le tableau termine en force avec un Ave Maria des Abénakis et le Noël Huron Jesous Ahatonnia. Ces deux pièces dévoilent un niveau de musicalité inégalé jusqu’ici grâce aux voix des deux chanteuses.

Rupture de ton bienvenue

Nouvelle-France, 1748, de nombreux bals et banquets sont organisés en prévision de la venue de l’intendant Bigot à Montréal. Il est urgent que les habitants apprennent à danser avant son arrivée. Le récit amusant de Mme Bégond, témoignant de ces événements, fait esclaffer de rire le public.

La pièce Vaudevilles ajustés à la vielle et la musette met en valeur un duo de vielles faisant danser quelques spectateurs. Ce segment permet de renouer avec l’instrument d’époque qui demeurait inconquis jusqu’à présent.

Amusants airs à boire et contredanses

La chanson à répondre E lon lan la connaît un succès fulgurant dans l’église alors que le directeur artistique a demandé au public de chanter avec lui.

« Vous êtes maintenant prêts à participer au banquet avec nous », déclare-t-il.

Munis de deux bouteilles de vin, Gilles Plante et Philippe Gélinas les utilisent telles des flûtes de pan.

On comprend rapidement que la chanson reviendra entre chaque pièce de ce thème. Les musiciens poursuivent avec difficulté un tempo constant, qui se veut de plus en plus flou de pièce en pièce. Agissant tels des intoxiqués par l’alcool, la théâtralité a amusé le public.

Dans la salle, certains ne pouvaient s’empêcher de se laisser bercer une dernière fois par les contredanses. Les chanteuses ont diverti les mélomanes avec la pièce Les sept sauts, dont l’humour a séduit. Elles ont ensuite troqué leur voix pour des percussions afin d’interpréter le morceau final: Les magdelonnettes. Dès la dernière note jouée, les spectateurs applaudissent à l’unisson et acclament les artistes en ovation.

Malgré quelques faux pas, ce que l’on retient est le plaisir contagieux que tout un chacun a à jouer sur la scène. Arborant leurs plus beaux sourires, et échangeant quelques coups d’œil, l’ensemble Claude Gervaise témoigne d’une complicité qu’il partage chaleureusement avec le public. C’est à travers un événement ponctué de capsules historiques enrichissantes, vulgarisant le récit derrière chacune des œuvres jouées, que les musiciens ont réussi avec brio ce qu’ils pensent être leur dernière réunion.

Le prochain concert de Moments musicaux s’intitule D’amour et d’ivresse. Il aura lieu au printemps 2018.

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