1420, rue Legendre Est : un dialogue sur fond de fractures

Le Centre André-Grasset, sis au 1420 rue Legendre Est, a été construit en 1978. Photo : Benoît Dosseh / JDV

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L’avenir du Centre André-Grasset, sis au 1420, rue Legendre Est, se trouve au centre d’une discorde entre les citoyens du Domaine Saint-Sulpice et le promoteur Groupe HD immobilier. Une tentative de concilier les deux parties entreprise dans les locaux de l’arrondissement, le 16 septembre, n’a pas permis de rapprocher les positions.

Ce dialogue apparaissait comme l’option manquante avant que les élus se prononcent sur les enjeux de l’avis de démolition du centre commercial en vue d’un projet de construction d’édifice à vocation mixte.

Depuis le 3 juin, les citoyens du Domaine Saint-Sulpice sont sur le qui-vive. Et ce, à la suite de l’aval accordé pour la démolition du bâtiment – sous certaines réserves – par le comité de démolition de l’arrondissement. Le Groupe HD Immobilier prévoit de construire, en remplacement, un bâtiment en deux sections, respectivement de quatre et huit étages, doté d’un basilaire commercial.

Le Centre André-Grasset, sis au 1420 rue Legendre Est, a été construit en 1978. Photo : Benoît Dosseh / JDV

Dialogue, oui, mais…

Les élus devaient se prononcer dans la foulée de la séance extraordinaire du 19 août faisant suite à un avis d’appel qui a fortement mobilisé les citoyens. Ils avaient trois options : approuver le projet, l’approuver avec des conditions, ou le refuser. Leur décision était attendue lors du conseil municipal du 14 septembre, mais une pétition de plus de 1000 signatures a amené la mairesse à proposer qu’elle soit reportée après la tenue d’une rencontre de conciliation entre les deux parties intéressées, prévue le 16 septembre.

La discussion a porté sur la hauteur du futur bâtiment, la réduction des surfaces commerciales, la circulation, le stationnement, le logement abordable et l’avenir du quartier, énumère Benoît Balley, un résident impliqué dans les échanges.

Selon une fonctionnaire de l’arrondissement, les promoteurs n’ont pas souhaité s’exprimer à l’issue de la rencontre. S’il apprécie l’initiative du dialogue, Jacques Normand, porte-parole du comité de mobilisation, révèle que le promoteur n’a apporté aucune « modification substantielle » à son projet tel que présenté le 19 août. Dans l’ensemble, les citoyens estiment que leurs principales préoccupations n’ont pas trouvé de réponse.

D’une durée prévue d’une heure et demie, le tête-à-tête a finalement duré une heure de plus. Photo : Benoît Dosseh / JDV

Un projet jugé peu transformé

Le 19 août, le Groupe HD immobilier avait présenté les modifications apportées à son projet initial. Celles-ci devaient permettre de conserver environ 880 mètres carrés d’espaces commerciaux, ce qui équivaudrait à près de la moitié de la superficie actuelle du Centre André-Grasset. Cinq commerces ou services disposeraient ainsi d’un local, au lieu de neuf. Pour l’instant, aucune modification ne devrait en outre survenir à la hauteur du nouveau bâtiment – un des principaux points d’achoppement. Le nouvel édifice de 217 logements, dont 10 % de logements abordables, devrait avoir une hauteur maximale de 8 étages. Les logements abordables sont ceux dont le prix est inférieur à la moyenne. L’édifice comptera 29 studios, 108 appartements d’une chambre, 61 de 2 chambres et 19 de 3 chambres.

« On propose un projet conforme aux orientations prises par la Ville [de Montréal] », avait déclaré Olivier Latulippe, urbaniste au sein du Groupe BC2 – partie prenante du projet le 19 août.

Face à ce qui pourrait s’apparenter à un dialogue de sourds, Victor Esposito – conseiller du district de Saint-Sulpice – ne perd pas espoir qu’une solution rapproche les deux parties. « La balle est maintenant dans la cour du promoteur », confie-t-il au terme de la réunion du 16 septembre. Cependant, il reste lucide quant au fait qu’une version révisée pourrait comprendre plusieurs modifications ou rester inchangée.

Un enjeu bien au-delà du centre commercial

Au terme d’une assemblée citoyenne, le 21 septembre, les participants ont réaffirmé leur opposition à la démolition du Centre André-Grasset. Ils ont demandé au conseil d’arrondissement d’« infirmer la décision autorisant sa démolition afin de préserver ce lieu essentiel à la vie de notre communauté ».

Et pour cause, puisqu’il est le seul endroit du quartier qui regroupe des commerces et des services : clinique médicale, clinique dentaire, pharmacie, clinique multidisciplinaire de santé, comptoir postal, salon de coiffure, nettoyeur, dépanneur. « Ces commerces et services jouent un rôle essentiel dans la vie quotidienne des résidents, particulièrement des personnes âgées et à mobilité réduite », souligne Jacques Normard. Outre le désert de services, ils craignent que le projet vienne densifier la circulation dans une zone mal desservie.

Depuis la décision de démolir le Centre André-Grasset, ils sont des citoyens à investir les locaux du 555, rue Chabanel Est. Photo : Benoît Dosseh / JDV

La Ville au banc des accusés

Lors de la réunion du comité de démolition, les résidents du Domaine Saint-Sulpice ont exprimé leur étonnement concernant l’attribution du permis de démolition. Ils critiquent le processus utilisé par la Ville, estimant qu’ils n’ont pas été suffisamment informés. Monsieur Esposito reconnaît les faiblesses du processus de communication actuel. « Une consultation à laquelle cinq ou six personnes participent peut respecter la procédure sans constituer une véritable consultation », analyse-t-il. L’arrondissement espère améliorer ses pratiques grâce à l’enquête actuellement menée par l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM), dont les conclusions devraient être connues au cours de l’été 2027.

Cet article a été publié dans la version papier du JDV du mois d’octobre 2026.

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