
Dans un monde de plus en plus complexe, lorsqu’on aborde les grandes questions existentielles, comme le vivre-ensemble, une cohérence absolue ouvrirait la porte à la polarisation et à la confrontation, parfois violente, prévient Rachad Antonius.
«Je ne trouve pas le moyen d’être absolument cohérent. Je suis obligé de faire des compromis», confie M. Antonius lors d’une rencontre sur le vivre ensemble face aux conflits actuels et anciens.
Cet éminent intellectuel, formé en mathématiques et en sociologie, auteur de nombreux ouvrages et articles, était l’invité du cinquantième Cercle de parole interculturel, tenu au Café de Da le 18 février. Organisé par Concertation Femme et la bibliothèque Hélène-Charbonneau, l’événement posait la question suivante : comment, entre personnes de différentes origines vivant au Québec, préserver une coexistence apaisée lorsque celle-ci est mise à mal par des enjeux polarisants et des conflits anciens ou actuels ?

M. Antonius a insisté sur la difficulté de maintenir un débat serein dans un contexte marqué par des rapports de force et par la montée de discours extrêmes. Il a dénoncé une application rigide des lois, privilégiée au détriment d’une attitude d’ouverture et d’un message de convivialité et d’hospitalité que l’on pourrait pourtant envoyer.
Le voile manifeste
La question du voile islamique occupe une place centrale dans le débat, car elle concentre plusieurs contradictions du vivre-ensemble.
«Sur la loi 21, moi je suis en désaccord avec une seule clause, c’est l’interdiction du voile pour les enseignantes. Pas parce que je l’aime [le voile], j’aurais préféré que les enseignantes ne portent pas le voile», souligne-t-il.
Il rappelle d’ailleurs que, dans ses écrits, il a expliqué en quoi le voile lui apparaît comme un phénomène social négatif.
«C’est un peu paradoxal», admet-il.
Pour lui, les lignes bougent dès lors qu’on cherche à accommoder des attitudes et des comportements susceptibles de choquer la société d’accueil.
«Vous avez des difficultés, on va essayer de vous respecter au maximum, mais il y a des choses sur lesquelles on ne peut pas transiger», précise-t-il.
S’il estime légitime de refuser des salles de prière dans les écoles et établissements d’enseignement, il juge tout de même qu’on devrait permettre aux femmes portant le voile de travailler en éducation.
En revanche, modifier les programmes scolaires pour tenir compte de certaines croyances lui semble inacceptable.
À l’inverse, offrir un choix halal dans un menu de cafétéria ne devrait pas poser plus de problème qu’un menu végétarien.
Préserver les principes
Adopter une attitude d’écoute lorsque des personnes sont mal à l’aise ne signifie pas pour autant renoncer aux principes de la laïcité.
«C’est ce genre d’attitudes qui ne sont pas tout à fait cohérentes. Si on veut être absolument cohérent, on est dans l’opposition, dans la polarisation, et on n’est plus dans la construction d’une société», explique-t-il.
Pour lui, il n’existe pas recette parfaite comme il n’existe «aucune solution qui va nous satisfaire entièrement ni être entièrement logique et défendable. Il y a des paris et des risques qu’on prendra pour trouver des solutions qui ne sont pas toujours évidentes.»
L’essentiel est de cheminer ensemble pour favoriser un dialogue apaisé. «Sinon, on est dans la guerre et on ne veut pas la guerre sociale», dit-il en guise de conclusion.
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