Écouter la nature, l’art d’innover

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Par une journée grisâtre d’hiver, je me promenais au parc-nature du Bois-de-Saraguay : rien de mieux pour me remonter le moral !

Ce boisé centenaire, le plus ancien de Montréal, est majestueux en toute saison. Son sentier bordé d’arbres formant un véritable couloir s’avance en ligne droite à perte de vue avant de se retourner en boucle. J’avance tranquillement dans le sentier en regardant autour de moi. J’entends le vent souffler dans les branches sans feuilles et un pic-bois qui martèle un tronc au loin. Soudain, j’arrête net. Une chouette rayée. Bien visible et immobile. En plein centre de mon champ de vision : un secret que les feuilles auraient autrement caché ! Pourtant, elle n’aurait pas eu besoin de feuilles. Elle se camoufle à merveille parmi les arbres dénudés, si bien que je suis stupéfaite de l’avoir remarquée. En un instant, elle s’était déjà envolée, rapidement et silencieusement…

Biomimétisme

Ce n’est pas étonnant que des chercheurs et chercheuses s’intéressent au vol inaudible des strigidés (chouettes et hiboux) depuis si longtemps. Ils en tirent leur inspiration pour réduire le bruit produit par nos propres technologies, telles que les éoliennes, les drones et les avions. De pair avec le bec du martin-pêcheur, le vol des strigidés aurait inspiré des changements à un modèle de train à grande vitesse du Japon, lui permettant de devenir plus efficace et discret à la sortie de tunnels. Mais cette histoire est loin d’être unique. Nous nous tournons fréquemment vers la nature pour propulser l’innovation, si bien qu’il existe un mot pour ce phénomène : le biomimétisme.

Attache de chaussure antidérapante inspirée de la peau de serpent. Illustration : Émilie Forget-Klein

Alors que je continue ma promenade, les yeux grands ouverts pour essayer de retrouver la chouette, le sentier légèrement glissant me rappelle une autre invention développée grâce au biomimétisme dont je pourrais me servir : des attaches de chaussures antidérapantes inspirées d’écailles de serpent développées par des chercheurs à Harvard et au MIT. En effet, les écailles sur la surface ventrale des serpents, disposées comme des bardeaux de toit, leur permettraient d’avancer efficacement en créant plus de friction dans le sens opposé à leur déplacement. Certaines études suggèrent même que les serpents auraient un certain contrôle sur leurs écailles, leur permettant d’augmenter leur traction. L’attache de chaussure antidérapante ressemblerait ainsi à une fine couche métallique plus légère que des crampons et découpée à l’allure d’écailles. Elle déploierait des pointes prêtes à se creuser dans le sol lorsque la chaussure se plie avec le mouvement du pied. Ce serait un outil précieux pour prévenir les chutes et apprécier davantage l’hiver !

Arrivée face au marécage glacé, je pense à la grenouille des bois, qui s’en servira dans quelques mois pour se reproduire. Actuellement congelée sous les feuilles et la neige, elle se réveillera au printemps, comme si de rien n’était. Elle est chanceuse d’avoir des protéines spécialisées et d’autres molécules la protégeant des effets dommageables du froid, sans lesquelles elle ne survivrait pas à la congélation. Les chercheurs étudiant les protéines cryoprotectrices comme celles-là évaluent leur utilité pour une variété d’enjeux, tels que la préservation d’organes humains destinés à la transplantation. En effet, des organes pouvant être transplantés deviennent souvent inutilisables en raison de leur durée utile limitée à l’extérieur du corps humain, qui varie entre quelques heures et quelques jours.

Couleuvre tachetée. Photo : Émilie Forget-Klein

En m’avançant dans la boucle du sentier pour emprunter le chemin de retour, je me souviens d’autres exemples de biomimétisme – la bardane ayant inspiré le Velcro, les oiseaux ayant inspiré les avions, les moustiques ayant inspiré des aiguilles indolores –, et j’imagine toutes les innovations cachées en pleine vue parmi les arbres du boisé. La nature, c’est une ingénieure qui a mis des billions d’années à perfectionner ses inventions. On lui doit de préserver tout ce qu’elle a à nous offrir. Puis, avec toute la sagesse qu’elle a accumulée, elle a encore bien des leçons à nous apprendre, si on veut bien l’écouter… Et moi, je veux bien écouter la chouette, si seulement je pouvais l’entendre !

 

Ce texte a été publié dans la version papier du JDV de février 2026.

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