Les eaux de la rivière des Prairies sont en forte hausse à Ahuntsic-Cartierville, ravivant l’inquiétude des résidents déjà éprouvés par les crues des dernières années. Les digues temporaires et les interventions municipales ne suffisent pas à contenir durablement les inondations aux yeux des riverains.
La rivière des Prairies monte. Derrière les digues qui protègent les rues Crevier, Cousineau et Notre-Dame-des-Anges, le niveau est élevé, mais heureusement contenu loin des habitations.

Au parc de Beauséjour, le spectacle est bien différent. Le terrain est inondé et les arbres trempent dans l’eau.
« J’ai l’impression que c’est comme en 2019 », lâche Hichem Mebarek. Ce résident de la rue Cousineau a vécu cinq inondations en neuf ans. Il commence à bien les connaître. (Pour suivre la prévision des crues à Montréal).

Il reconnaît cependant que le travail des cols bleus en fin de semaine a été salutaire.
« Ils étaient là tard dans la soirée, alors que nous regardions la télévision chez nous », souligne-t-il.

Outre les murs de sacs de sable, la Ville devrait suspendre les interdictions de stationner liées au passage des balais de rue. Avec l’installation des sacs de sable et des pompes, les résidents n’ont plus où garer leurs voitures.
« La demande a été faite pour les rues qui ont des digues », a affirmé Effie Giannou, conseillère de la Ville pour Bordeaux-Cartierville.
Le 21 avril, l’interdiction de stationner était toujours en vigueur.
Malgré ces mesures, cette montée des eaux n’en demeure pas moins perturbante pour les riverains.
Angoisse
« On a vu l’eau monter samedi et les cols bleus sont venus rapidement pour installer les digues », confie un voisin.
Comme d’autres, il dit se réveiller souvent la nuit pour vérifier la situation.

Joachim Le Garrec, sur la rue Crevier, observe la digue qui empêche l’eau d’envahir les maisons, alors que celle-ci imbibe largement l’asphalte avant d’être absorbée par les égouts.
Même si, tous les deux ans, l’arrondissement et la Ville aménagent ces barrages provisoires, cela ne le rassure pas.
« En 2019, ça a failli déborder sur la rue Cousineau », dit-il.
Avec d’autres voisins, il était allé frapper aux portes à minuit pour demander aux gens de venir ajouter des sacs de sable et renforcer la digue.
« Venez, c’est le temps de se mettre aux sacs de sable. La majorité était comme : “Ah ouais, il y a un risque.” Ils ne réalisaient pas vraiment », raconte-t-il.
Faire face
Comme plusieurs, il s’est équipé pour ne pas revivre le cauchemar de 2017. L’eau avait détruit son sous-sol qu’il venait d’aménager.

Aujourd’hui, il possède une pompe et un groupe électrogène au cas où Hydro-Québec couperait l’électricité. Sur ses fenêtres, il a installé des panneaux Flowstop, un dispositif gonflable qui empêche l’eau de pénétrer dans le sous-sol.
Pour lui, le problème est connu, les mesures de protection provisoires devraient être remplacées par des infrastructures durables.

Un ouvrage de protection permanent est en cours de construction sur la rue Crevier, à Ahuntsic-Cartierville. Ce projet de plus de 3,3 millions de dollars vise à remplacer les digues temporaires en sacs de sable installées chaque printemps depuis 2019.
Toutefois, M. Le Garrec estime cela insuffisant. Le mur en cours de construction longe la rue Crevier à angle droit avec la rivière.
Selon lui, il faut trouver une solution qui empêcherait l’eau de la rivière d’envahir la rue.
« Construire une demi-digue, ça ne sert à rien. Ça prend une digue complète », soutient-il.
Les règlements du ministère de l’Environnement ne permettent pas la réalisation d’ouvrages qui bloqueraient le cheminement naturel des cours d’eau.
La solution adéquate dans ce cas serait des panneaux amovibles, pour empêcher la rivière qui sort de son lit d’entrer dans les maisons, soutient le résident de la rue Crevier.












