Depuis le 18 mai, la galerie EISODE, située sur la rue Lajeunesse, présente l’œuvre atypique de James Schidlowsky intitulée « Sans speakers ».

Le titre de son œuvre s’oppose à l’expérience que vous allez vivre. Il ne s’agit pas d’entrer dans un monde silencieux ou trop bruyant. C’est un contraste saisissant dès que vous franchissez le seuil de la porte. Sans speakers, lorsque 100 haut-parleurs susurrent. Une expérience sonore immersive d’un artiste passionné par l’univers du son.
L’octogone de méduses
L’œuvre artistique, divisée en deux sections distinctes, évoque une atmosphère de science-fiction. Une fois la porte refermée, le visiteur aperçoit des panneaux qui se dressent fièrement au centre de la galerie. Ils forment un octogone à l’intérieur duquel est exposée une partie de la création.
Il y a une mémoire centrale comme un gros cerveau qui contrôle l’ensemble des haut-parleurs. Les câbles reliés aux dispositifs leur donnent une allure de vaisseaux en forme de méduses. Au total, James Schidlowsky a relié entre eux cent haut-parleurs qui diffusent des sons de différentes fréquences en fonction du circuit qui est ouvert. Au fil de la visite, on assiste à trois séquences distinctes : les automates cellulaires, les tons séquentiels et le bruit blanc.
« Les haut-parleurs ont chacun leurs couleurs de son. Le son qui est diffusé à l’origine diffère en fonction de celui qui le reçoit », explique-t-il.
L’expérience pourrait s’avérer lourde si l’on devait se laisser emporter que par la variation des fréquences sonores. Cependant, dans un coin de la salle, l’artiste a installé un écran d’observation dans un clair-obscur. Une matrice de six carrés à l’intérieur de laquelle cent petits carrés se déplacent en fonction des fréquences sonores. Outre la visite autonome, il y a aussi la visite guidée qui est ponctuée d’un moment thé aux mignardises pour agrémenter une expérience sensorielle hors norme.
Un intérêt pour les sons
Autodidacte et profondément ancré dans une approche DIY (do it yourself, fait soi-même), James Schidlowsky construit lui-même les systèmes électroniques qui composent ses œuvres — de la programmation à la soudure de centaines de connexions. Son travail conjugue précision technique, comportements imprévisibles et exploration sensible du son, souligne Line Nault, codirectrice artistique chez EISODE.
L’approche DIY
Cette méthode consiste à concevoir, réparer ou transformer des objets et des projets par soi-même, sans recourir à l’aide d’un professionnel. Cette philosophie valorise l’autonomie, les économies financières et le développement de compétences créatives tout en favorisant le recyclage et le développement durable.
Elle se structure généralement autour des piliers suivants : l’auto-réparation, la fabrication maison et le suprarecyclage — qui consiste à détourner des objets du quotidien ou de vieux meubles et leur donner une seconde vie plus esthétique ou fonctionnelle.
Collectionneur de haut-parleurs depuis plusieurs années, la création de Schidlowsky se résume en deux mots : la curiosité et le scepticisme.
Le scepticisme en tant que concept philosophique se définit comme une démarche d’examen et de recherche. La curiosité, quant à elle, constitue le moteur essentiel de la découverte et de la pensée critique, permettant de dépasser un scepticisme stérile. Habité de ses principes, il conçoit cette œuvre qui nécessite, à un degré moindre, le même état d’esprit chez les visiteurs.
James Schidlowsky pousse encore loin l’expérience avec des performances d’artistes programmées le 17 juin et le 2 juillet. L’exposition, commencée le 18 mai dernier, prend fin le 5 juillet.










