Les édifices patrimoniaux ne manquent pas dans le quartier. Parmi eux, l’église de la Visitation, la plus vieille encore debout à Montréal, tient bon depuis pas moins de 270 ans. C’est presque un miracle. Bien au-delà de sa dimension religieuse, l’église est devenue un véritable lieu de rayonnement culturel.
Même la prison de Bordeaux mérite d’être considérée comme bâtiment patrimonial. Toutefois, il n’y a pas de visite guidée pour l’explorer. Il faut y être invité sur décision de justice.
Il y a une dizaine d’années, une citoyenne avait proposé la bonne idée d’accoler l’appellation « Vieux-Montréal du Nord » au village du Sault-au-Récollet. Une identification qui, à bien y penser, pourrait s’étendre à tout Ahuntsic-Cartierville.
Il faut reconnaître que ce qu’on observe, avec le temps, c’est que tous ces immeubles, édifices, demeures et usines historiques finissent par faire partie du décor. On ne les voit plus vraiment. On les longe pour attraper un autobus, ou on les choisit comme repère pour décrire le chemin à un inconnu. Ils sont là comme un vieux meuble dans le salon, qu’on ne regarde plus vraiment, jusqu’au jour où il se brise.

Tout le drame de ces témoins du passé qu’on dit chérir remplit les fiches d’inscription au registre du patrimoine du Québec. Ensuite, on semble exhiber le document comme un talisman. C’est utile, une inscription patrimoniale, mais elle n’a aucune vertu protectrice.
En octobre dernier, des défenseurs du patrimoine rappelaient aux candidats à l’élection municipale que le site des Moulins du Sault-au-Récollet avait traversé trois siècles d’histoire. Il pourrait très bien ne pas survivre à l’indifférence des élus. Dans une lettre ouverte polie, mais ferme, ils demandaient simplement ce qu’on comptait faire de ce lieu.
Si ce site peut être encore secouru, il n’en va pas de même de l’usine d’armement dans le secteur Chabanel et de l’ancienne maison Berri, toutes deux rasées sans que l’indignation quasi générale n’ait pu faire quoi que ce soit ?
C’est toujours touchant de dresser l’inventaire des sites disparus en essuyant une larme. Mais raconter l’histoire sans ses témoins physiques, c’est comme décrire le visage d’un cher défunt à quelqu’un qui ne l’a jamais connu. Rappel simple, mais utile : les édifices patrimoniaux ne se remplacent pas.
Ce texte a été publié dans la version papier du JDV du mois de juin 2026.










