(Photo: archives jdv)

ÉDITORIAL – C’est toujours le 10 septembre qu’est prévue la fermeture du Centre d’urgence Salaberry, par manque d’effectifs temps plein, les jeunes médecins qui auraient pu y travailler étant réquisitionnés principalement pour faire du suivi sur rendez-vous auprès de patients avec la mise en application de la réforme du ministre de la Santé et des Services sociaux. Il leur reste donc peu de temps pour faire de l’urgence. Les médecins du Centre, la plupart étant semi-retraités et ayant choisi de travailler à temps partiel, ne pouvaient plus assurer les services à eux seuls. Les autorités de la santé sont restés sourdes à leurs demandes.

Ce centre de proximité ouvert depuis 40 ans sur le territoire de Cartierville offre plusieurs services et de longues plages-horaires, y compris les week-ends pour les résidants des quartiers environnants, à leur grande satisfaction d’ailleurs. En outre, centre commercial oblige, il y a un grand stationnement à l’avant, ce qui est bien utile, convenez-en.

De nombreux citoyens –parmi lesquels beaucoup de nouveaux arrivants–  s’inquiètent, à juste titre, de cette fermeture. Il faut lire tous les commentaires sur les réseaux sociaux, à la suite de cette annonce. Que ce soit des courriels expédiés à journaldesvoisins.com ou des commentaires en quantité écrits sur les pages Facebook très fréquentées comme «Parents d’Ahuntsic», ou «Bazar d’Ahuntsic».

Démunis

«Où irons-nous?» – « Nous n’avons pas de médecin de famille…» – « C’était proche de chez nous… » – « Les services étaient fameux!» – « Je suis désemparée! Mon mari aussi.» – « Nous sommes nouveaux ici, qu’allons-nous faire si l’un de nous tombe malade?»

On sent le désarroi, l’incompréhension, la quasi-panique. Même des médecins se sont adressés à journaldesvoisins.com pour voir s’il n’y avait rien qui pouvait être fait pour éviter cette fermeture.

Évidemment, on peut supposer que l’urgence de l’Hôpital du Sacré-Coeur sera prise d’assaut…et que le temps d’attente augmentera. Avant, pour éviter d’engorger l’urgence d’un hôpital, on nous suggérait d’aller en clinique d’urgence ou au CLSC. Autres temps, autres directives…

Pour l’avoir vécu moi-même, au début de l’été, après une double chirurgie assez majeure qui s’est soldée par des complications postopératoires, j’ai dû me présenter à l’urgence de l’Hôpital Sacré-Coeur, référée par ma chirurgienne. Mon «cas», une priorité 4 sur une échelle de 1 à 5 à l’urgence de Sacré-Coeur, m’a valu un temps d’attente de…12 heures. Et encore, il paraît que j’ai été chanceuse dans ma malchance. Qu’est-ce que ce sera avec cette fermeture annoncée?

On imagine sans peine ce que cela pourra être pour un père ou une mère avec un bébé ou un enfant malade à faire les cent pas dans la salle d’attente…

Personne n’est contre la vertu…

Certes, le ministre de la Santé veut que chaque Québécois ait son médecin de famille. Quelle bonne idée!

Différents groupes de médecine familiale ouvrent leurs portes, ici et là. Mais en attendant que chacun ait son fameux médecin de famille, que font ceux et celles qui n’en ont pas?

Et même les citoyens qui ont un médecin de famille… Il n’est pas vrai que, sur un simple coup de téléphone, le médecin de famille attitré à un individu va donner rendez-vous à son patient le jour-même. Certains le font peut-être, mais ce n’est pas le sort que connaissent la plupart d’entre nous. Par expérience, quand nous voulons un rendez-vous avec notre propre médecin, c’est généralement possible…dans les trois mois qui suivent.

Bien sûr, de plus en plus de GMF offrent des services rapides d’urgence, soit avec son propre médecin ou un autre praticien, mais il est clair que les heures d’ouvertures des petits GMF ne sont pas aussi étendues (soir et week-end) que peut l’être un centre d’urgence comme le Centre d’urgence Salaberry.

Alors, quoi! Soyons réalistes! Il en faut des services d’urgence ouverts tard le soir et les week-ends!

D’autres cliniques…

Bien sûr, des citoyens ont fait part de leur désarroi au ministre de la Santé (nous avons vu au moins une copie de lettre). Ils ont reçu une réponse standardisée, de circonstance, et une liste des cliniques qui seraient ouvertes pour les recevoir en urgence chez nos voisins du sud,  de l’ouest, et de l’est, jusque sur le boulevard Sainte-Colette à Montréal-Nord!

Mais qui de Cartierville ira «revirer» jusqu’à Montréal-nord, quand l’urgence de Sacré-Coeur est à côté?

Qui, dans Cartierville, Bordeaux ou Ahuntsic, s’offrira une balade en auto avec un enfant malade qui pleure à l’arrière du véhicule le temps du trajet qui sera plus long que d’aller à la clinique des Galeries Normandie? Qui, parmi les familles n’ayant pas de véhicule, se paiera le luxe d’une course en taxi quand le budget coince à chaque fin de mois? Qui prendra les transports en commun après être tombé sur la glace, ou avec un enfant faisant 39,5C de fièvre, qui?

Autres urgences déjà débordées…

En outre, les riverains sur le territoire des cliniques qu’on nous suggère en remplacement doivent occuper suffisamment les médecins de ces établissements sans rajouter d’autres candidats dans leur salle d’attente, non ?

Ce n’est pas parce qu’une clinique disparaît dans un territoire donné, qu’il n’y aura plus d’urgences mineures sur son territoire!

Vous savez, (et ce n’est pas mon cas) quand on a de jeunes enfants et que les deux conjoints d’une famille travaillent, ou qu’on est une mère ou un père monoparental, qu’on a parfois des horaires atypiques, avoir une clinique à proximité, une clinique dont on apprécie les services, une clinique efficace, une clinique où le personnel est aimable, c’est le bonheur! Et c’est surtout un service essentiel.

Parlant de fermeture, une autre clinique d’urgence qui est sur la liste que rend disponible le CIUSSS du Nord-de-l’Île et le ministre de la Santé quand on lui écrit, est elle-même sujette à fermeture. Ça se discute sous le manteau, actuellement, et ce n’est pas public. Si cela s’avère, la liste va raccourcir!

Bien sûr, on nous dit qu’à moyen terme, il y aura bientôt une nouvelle clinique sur le boulevard Gouin Ouest, non loin de Sacré-Coeur, et que les autorités travaillent fort pour que ce soit un Groupe de médecine familiale (GMF), mais des services d’urgence? Rien n’est moins sûr.

Retour à la case départ

Des citoyens ont voulu préparer une pétition parrainée par un député de l’Assemblée nationale, mais comme les travaux parlementaires de l’Assemblée comme tels doivent reprendre le 19 septembre, et que la fermeture du centre d’urgence est annoncée pour le 10 septembre, cela ne pouvait pas fonctionner.

Organiser une manif  devant les Galeries Normandie? Si des citoyens en avaient eu l’idée, quand tout le monde est en vacances, ce n’est pas gagnant!

Alors… Espérer une intervention des députées des circonscriptions environnantes, ou des élus, quels qu’ils soient? Journaldesvoisins.com a cherché à savoir, bien sûr…

Interventions des députées

La députée de Crémazie, Marie Montpetit, est adjointe parlementaire du ministre de la Santé et des Services sociaux. On peut espérer qu’elle ait l’oreille attentive du ministre. Questionnée sur le sujet de la fermeture, elle nous a répondu, par le biais de son attaché de presse:

«Comme le Centre d’urgence Salaberry est situé dans la circonscription de Mme St-Pierre, les représentations politiques dans ce dossier sont effectuées par son bureau. Les deux députées sont déjà en contact à ce propos. Comme vous le mentionnait son bureau, Mme St-Pierre tente actuellement de trouver une solution et elle sait qu’elle peut compter sur l’appui de Mme Montpetit si besoin est.»

Du côté de la députée de l’Acadie, Christine St-Pierre, là où est justement situé le centre d’urgence Salaberry et les Galeries Normandie, journaldesvoisins.com a tenté d’en savoir plus. Mme St-Pierre était encore en vacances au moment où nous avons communiqué avec son bureau le 16 août. Depuis son retour, le 21 août, son attaché de presse nous a assurés à plusieurs reprises que Mme St-Pierre avait communiqué ou tenté de communiquer avec son collègue de la Santé.

Or, visiblement, les contacts n’ont rien donné à ce jour, car nul doute que Mme St-Pierre nous l’aurait laissé savoir.

Et le municipal?

Du côté des élus municipaux, il y a eu quelques démarches, mais peu de résultats. (On pourrait penser que la future campagne électorale municipale servirait de levier, mais il sera trop tard!)

Le conseiller de Bordeaux-Cartierville et candidat à la mairie de l’arrondissement, Harout Chitilian, avait mentionné sur les réseaux sociaux, à quelques reprises, qu’il interviendrait, le Centre d’urgence Salaberry étant sur son territoire. Il l’a fait.

Mais, évidemment, il est conscient que c’est une problématique qui relève d’abord du provincial. Il a parlé à Pierre Gfeller, le pdg du CIUSSS-du-Nord-de-l’Île. Il a eu plusieurs autres entretiens, dont un avec le député de Saint-Laurent, Jean-Marc Fournier. Les seuls à qui il n’a pas parlé, dit-il, ce sont les actionnaires du Centre d’urgence. Il ne voulait pas s’immiscer dans leur décision, et préférait s’adresser aux autorités médicales et politiques.

«Ultimement, dit-il, personne ne questionne l’excellent service du Centre d’urgence, dit-il. Il y a une volonté et une ouverture d’offrir des services à la population. Et un nouveau GMF devrait ouvrir, à moyen terme.»

Services de proximité souhaités

Mais comme nous lui avons fait remarquer, pourquoi le Ministère de la Santé change-t-il une recette gagnante en n’ayant rien d’autre à offrir dans l’immédiat? Le moyen terme, ce n’est pas l’immédiat. Ce n’est rien pour rassurer la population qui veut des services de proximité.

D’ailleurs, M. Chitilian me disait qu’il connaît le secteur de Bordeaux-Cartierville et son monde «comme le fond de sa poche». Il sait très bien que les suggestions de cliniques faites par le CIUSSSS –même celles qui sont à Saint-Laurent– ne seront pas prisées par les riverains.

«Géographiquement, les riverains ne voudront pas aller sur Marcel-Laurin. Ils peinent à se rendre l’autre côté de Poincaré, notamment à cause de la question des transports», dit-il.

De son côté, la conseillère du district d’Ahuntsic et candidate à la mairie d’Ahuntsic-Cartierville également, Émilie Thuillier, elle-même utilisatrice des services du centre d’urgence avec ses deux jeunes enfants, a eu quelques appels de citoyens inquiets, même si le Centre n’est pas situé sur son territoire.

«J’ai fait parvenir une lettre à la députée de L’Acadie, et une lettre à la députée de Crémazie. Le bureau de Mme St-Pierre m’a répondu qu’on travaillait au dossier», dit-elle.

À courte vue

Tout cela est vraiment désolant. Côté santé, on a l’impression de reculer au lieu d’avancer, quoiqu’en dise le ministre de la Santé.

Et l’automne qui apporte toujours son lot de virus et de maladies d’enfant n’aidera pas les citoyens à comprendre le bien-fondé d’une telle décision.

Et, dites-moi, y a-t-il des cliniques privées d’urgence sur le territoire, ou tout près ? À 175$ la consultation pour un diagnostic, le reste étant en extra, ce n’est pas donné. Peut-être qu’on finira tous par aboutir là –les mieux nantis, s’entend.

Mais peut-être a-t-on fait des promesses au futur GMF du boulevard Gouin Ouest, et que, somme toute, la fermeture du Centre d’urgence Salaberry convient aux autorités médicales du territoire ? On peut se poser la question.

Et, évidemment, en attendant de découvrir cette huitième merveille du monde, on peut toujours aller courir au diable vert avec la fameuse liste des cliniques disponibles aux quatre points cardinaux.

 

 

 

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Zonker Cousteau
Zonker Cousteau
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Aucun plan n’est prévu par le provincial pour transférer, même si ce n’est que temporairement, des effectifs à l’urgence du Sacré-Coeur et au CLSC Bordeaux-Cartierville ? Le CIUSSS n’a comme solution que de produire des communiqués de presse avisant la population locale de se rendre à St-Laurent pour des soins. Cette mesure n’aura comme conséquence que de faire déborder les salles d’attente des cliniques de l’arrondissement voisin. La députée de l’Acadie et son collègue de Saint-Laurent (où se trouve l’hôpital Sacré-Coeur) seraient peut-être plus motivés si leurs comtés n’étaient pas des châteaux-forts de leur parti politique.

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