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Auteurs et poètes...

Comment Ahuntsic-Cartierville les inspire-t-il ?

Publié le 27/01/2019
par Hassan Laghcha

Coucher de soleil vu du parc De la Merci (Photo : jdv – P. Rachiele)

Les lieux emblématiques du quartier, ses espaces verts, les détails du quotidien, les mille et une curiosités des vies des gens du quartier… Ce sont, entre autres, des sources d’inspiration des auteurs résidants d’Ahuntsic-Cartierville. Témoignages.

Jacques Boulerice, le cueilleur d’anecdotes

L’auteur Jacques Boulerice, ayant également signé les paroles de l’Hymne d’Ahuntsic-Cartierville, signant ici le livre d’or de l’arrondissement il y a quelques mois (Photo: jdv P. Rachiele)

« Le long de la rivière / Les arbres auront tout vu /Des rapides en prières / Et des nouveaux venus / Du Sault-au-Récollet /Aux promenades fleuries / Passants des bancs publics / Dessinent des marelles / En rose en craie en ciels / Mémoires d’Ahuntsic ».

Ce sont des extraits de l’hymne à l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville composé par le poète et écrivain Jacques Boulerice, en collaboration avec le musicien Kiya Tabassian qui a écrit la musique de cette œuvre présentée en première « mondiale » à l’été 2017.
« Quand Lucie Hamel (la présidente de l’OBNL Ahuntsic en fugue) m’a approché pour le projet de l’hymne, j’ai tout de suite pensé aux grands peupliers du parc Nicolas-Viel, dit Jacques Boulerice. Ces arbres plus que centenaires ont beaucoup de choses à nous raconter et sur la vie au long et aux alentours de la rivière, et sur la vie du quartier.»
Ce poète, que sa compagne surnomme le « cueilleur d’anecdotes », s’inspire autant des manifestations de la biodiversité dans les berges d’une rivière, que des détails du quotidien des gens qui ont des vies un peu curieuses.
«Je passe passablement mon temps à observer et à essayer d’être en communion avec les gens », dit Jacques Boulerice.
Il mentionne, à ce propos,  son recueil Dans ma voiturette d’enfant – chroniques des jours heureux, et notamment le chapitre intitulé « La vie de quartier », où il présente des moments de vie de gens « qui existent vraiment », comme l’affirme cet homme de lettres qui trouve son inspiration dans les détails les plus anodins de la vie de son quartier. Sous sa plume, ces détails acquièrent une signification qui transcende les cadres spatio-temporels des récits. Comme quoi, les petites choses finissent par l’emporter pour reprendre le titre poétique d’un texte de cet auteur que tout inspire et qui croit bel et bien que « chaque vie est une fiction ».
Évidemment, Jacques Boulerice ne peut que se réjouir de la diversification culturelle croissante du quartier.
« Il y a peu de temps encore, dit-il, on disait qu’Ahuntsic-Cartierville est un quartier vieillissant! Or, on constate, actuellement, qu’il y a un réel renouvellement social et culturel. J’adore ça!», s’exclame-t-il.

André Major : « Je ne me vois pas ailleurs…»

Selon l’écrivain André Major, « Il faut appartenir assez fortement à un lieu pour en tirer quelque chose. »

L’écrivain André Major (Photo: archives jdv)

Dans son témoignage, il évoque notamment les deux lieux qui ont marqué et marquent toujours sa vie : les Basses-Laurentides, où sa famille paternelle avait provisoirement trouvé refuge et où il a enregistré « les impressions les plus fortes et éprouvé les sensations les plus vives » et le quartier Ahuntsic où il vit depuis plus de quarante ans.
« J’ai fini par m’y sentir chez moi autant que dans le paysage laurentien, ma vie se résumant à un perpétuel aller-retour entre l’un et l’autre, dit-il. Je n’imagine pas le jour où j’aurai à choisir entre ces deux pôles de mon quotidien.»
Dans la production littéraire d’André Major, le quartier a commencé à apparaître assez tardivement dans ses écrits. Il cite, comme exemple, son roman À quoi ça rime?, paru en 2013, et dans lequel son protagoniste habite à proximité de la rivière des Prairies où il fait sa promenade quotidienne.
« Dans mes carnets, j’évoque des parcs de mon quartier d’adoption, la fraîcheur de l’air, la quiétude des rues et le spectacle toujours merveilleux du soleil couchant », note ce romancier qui a passé les quinze premières années de sa vie près du pont Jacques-Cartier « dans un quartier où la végétation était rare, pour ne pas dire inexistante, souligne-t-il.  Quand j’envisage l’avenir, affirme-t-il, je ne me vois pas ailleurs que dans ces environs que je connais par cœur et qui ont fini par faire partie de moi.»
Et il précise que ce qui le retient à Ahuntsic-Cartierville, c’est, entre autres choses, la grande diversité culturelle.
« Que j’aie envie de cuisiner un plat turc, arabe ou italien, je trouve ce dont j’ai besoin dans le voisinage. J’aurais pu faire mon nid ailleurs, comme il m’est arrivé de me le rappeler, mais je n’ai plus cette nostalgie d’un ailleurs. J’y suis, j’y reste.»

France Boucher : libre cours au renouvellement des émotions

France Boucher, poète (Source: Babelio)

La poète France Boucher souligne l’effet évident de l’abondance de la nature d’Ahuntsic-Cartierville sur l’inspiration des créateurs. Et parmi les espaces qui nourrissent son imagination poétique, elle mentionne notamment la rivière « où l’on observe, selon les saisons, canards, bihoreaux, castors, loutres, et même la débâcle du printemps » et « les nombreux parcs où l’on peut côtoyer écureuils, mouettes, parfois marmottes, ratons laveurs, renards… » et où l’on sent également « l’énergie de très vieux arbres ».

Et tout en notant la présence, dans le paysage de l’arrondissement des ponts, des barrages et quelques îles, elle évoque surtout les nombreuses traces du passé, de l’histoire, le patrimoine architectural. D’après la poète, l’arrondissement offre aux écrivains et écrivaines « un environnement empreint de vie, de perspective, de profondeur et… de silence. Un environnement qui nourrit l’imaginaire, l’habite et favorise le renouvellement des émotions, le foisonnement des sensations et des idées».

Aussi, elle souligne l’influence de la grande diversité démographique et culturelle de la population.
« La plupart de mes recueils offrent des liens avec les différents paysages de l’arrondissement, dit-elle. Toutefois, dans l’ensemble, ces liens demeurent indirects, étant donné que je donne rarement le nom d’un parc, d’un pont, d’une île ou d’une rue. Il s’agit plutôt d’allusions à mon décor familier. L’eau, le vent, les oiseaux, les arbres sont souvent présents dans mes poèmes.»
Dans ses écrits, France Boucher aborde également les transformations que subit le paysage social. Parmi les sujets qui ont inspiré son recueil L’espoir autour du cou, il y a la question de l’itinérance à laquelle elle réserve une section importante, inspirée de cette nouvelle réalité sociale « soudainement apparue dans mon voisinage».
« Quelques hommes et femmes que je voyais quotidiennement, endormis sur un banc public ou au pied d’un arbre, m’ont profondément émue, puis des poèmes ont surgi… »

Claude Beausoleil : l’éloge de la proximité

« Je suis un voyageur / que le langage invente », dit Claude Beausoleil dans son recueil Grand hôtel des  étrangers.

Le poète Claude Beausoleil (Source: Éditions de la Lune bleue)

Dans son témoignage, ce poète compare la physionomie qu’avait Ahuntsic-Cartierville aux débuts des années 70 où il a résidé, une première fois, et les transformations qu’il a constatées à son retour dans le quartier où il réside (à  nouveau) depuis une dizaine d’années.

Lors de son premier séjour, il s’intéressait plutôt aux différentes manifestations du développement accéléré de la vie urbaine. Mais, depuis son retour dans le quartier, il constate avec fascination les bienfaits du rapport aux espaces verts et à la nature.
« À l’Île de la Visitation, on est en plein voyage! », s’exclame-t-il.
Il souligne l’un des avantages indéniables du quartier : la proximité.
«On peut tout faire à pied», affirme-t-il en disant son affection pour les promenades inspirantes.
Aussi, Claude Beausoleil remarque qu’Ahuntsic offre de nouvelles sources d’inspiration liées aux thématiques de la diversité, de l’immigration et de l’ouverture à l’autre. La richesse interculturelle du quartier inspire ce président d’honneur de la Maison de la poésie de Montréal qui nourrit beaucoup d’espoirs par rapport à l’effervescence culturelle et artistique que connaît de plus en plus Ahuntsic-Cartierville.

Et parmi les projets qui lui tiennent particulièrement à cœur : son désir de développer une antenne locale du Festival annuel de la poésie. Cet ancien professeur de littérature québécoise parle avec beaucoup d’énergie d’une multitude de projets d’animation littéraires pour Ahuntsic-Cartierville. Il croit que les conditions sont propices pour faire avancer la décentralisation de l’offre culturelle.

«Pourvu que l’on ne parle pas à priori de questions budgétaires. Cela bloque tout », dit cet acteur culturel qui aime souvent dire : « Je préfère les spectacles du quartier à ceux du Quartier des spectacles!»

Cette chronique a d’abord été publiée dans le mag papier de décembre dernier.