Conseil jeunesse :le quart de la population sans voix.

La cohorte 2024-25 du Conseil jeunesse d'Ahuntsic-Cartierville. Photo : Archives / JDV

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Depuis plus d’un trimestre, les jeunes n’ont plus de représentants officiels dans les murs du 555, rue Chabanel Ouest, siège de la mairie de l’arrondissement. Pour cause, le rôle du Conseil jeunesse d’Ahuntsic-Cartierville (CjAC) a été suspendu.

La nouvelle, qualifiée de mauvaise par Carla Beauvais, conseillère du district Sault-au-Récollet, a visiblement pris de court, si l’on s’en tient à son propos durant le conseil d’arrondissement du 16 mars. D’autant plus, poursuit-elle, qu’un appel à candidatures avait été lancé à l’automne. Qui a donc pris cette décision ?

Pour plus de flexibilité

La tâche de l’expliquer est revenue à Jessica Lagacé-Banville, directrice de la culture, des sports, des loisirs et du développement social. « Une fois en poste, indique-t-elle, j’ai eu écho d’une participation un peu moins vigoureuse des jeunes que par le passé au conseil jeunesse. Avec mon équipe, nous avons réfléchi à la façon de nous assurer d’une plus grande flexibilité en allant rencontrer les jeunes dans leur milieu de vie, dans les organismes jeunesse avec lesquels nous travaillons. »

Le CjAC, instance consultative créée en 2017 par l’arrondissement, dépend directement des élus. Il a pour mission d’éclairer le conseil d’arrondissement sur les enjeux touchant les jeunes de 15 à 25 ans et d’encourager la participation citoyenne. L’intervention de madame Lagacé-Banville soulève des interrogations en ce qu’elle porte à croire que les élus de l’arrondissement ne voudraient plus du CjAC comme relais pour impliquer la jeunesse dans les dossiers qui la concernent.

La suspension annoncée ne signifie pas, nous dit-on, que l’arrondissement veut museler la voix des jeunes : « La consultation et la participation des jeunes demeurent au cœur des priorités de l’arrondissement, qui poursuit de façon continue des démarches de dialogue et d’implication par des mécanismes existants », souligne dans une correspondance le service de communication. Cependant, l’équipe de Mme Lagacé-Banville n’en semble pas moins croire que la dynamique du comité jeunesse s’avère un frein.

Contacté par le Journal des voisins (JDV), Audric Twahirwa, le président sortant du CjAC, élu en juillet 2025, a confié que la dernière promotion avait dû faire face à des départs, certains membres ayant quitté l’arrondissement pour diverses raisons. Ce qui expliquerait la baisse de participation évoquée plus haut.

Quoi qu’il en soit, l’avenir du comité reste incertain, et le JDV n’a reçu aucune réponse concernant son éventuel retour dans les murs de la mairie. Nous avons donc entrepris d’explorer les solutions qui permettraient de le relancer dans l’arrondissement, l’objectif étant de mieux impliquer les jeunes dans la vie démocratique.

Pistes de solution

Michaël Huot, directeur général de la Maison des jeunes de Bordeaux-Cartierville (MDJ BC), acteur de premier plan dans la prise de parole d’une frange de la jeunesse (12-17 ans), présente une analyse nuancée. Il trouve judicieux de passer par des structures comme la MDJ BC pour les moins de 18 ans, car elles représentent un important relais. « Nous sommes déjà en contact avec ces jeunes. Ils sont en train de se responsabiliser, et on voit grandir leur intérêt pour les enjeux relatifs à l’engagement citoyen. »

Michaël Huot, DG MDJ BC. Photo : Benoît Dosseh / JDV

La situation diffère toutefois en ce qui concerne les jeunes adultes, dont certains sont déjà plus aguerris en matière de participation citoyenne, de sorte que leur intérêt est d’avoir plus d’impact. Selon M. Huot, il serait donc plus pertinent de maintenir le conseil jeunesse, pour son pouvoir incitatif.

L’intention de départ de l’équipe de Jessica Banville souffre aussi des décisions prises dans la foulée. En effet, le site Web et les comptes liés au CjAC, dont ceux des réseaux sociaux officiels, sont désormais fermés. Il n’existe plus aucune trace de l’instance. Une approche qui laisse perplexe.

« Je pense qu’enlever aux jeunes l’opportunité qu’offre le conseil relève d’une mauvaise dynamique en ce moment, où nous avons besoin qu’ils soient encore plus présents », analyse Michaël Huot. Il insiste en outre sur le fait qu’il ne faut pas perdre de vue l’aspect du bénévolat. De ce fait, le CjAC ne peut pas fonctionner comme une structure de personnes rémunérées.

Dans le même ordre d’idées, Émile Ndikumagenge, directeur des services jeunesse de la maison des jeunes, souligne qu’on ne doit pas oublier que ses membres sont aux études. Il estime que donner au comité les moyens de réaliser sa mission s’avère important, car c’est plus facile pour des jeunes de parler à des pairs qui défendent leurs causes.

Membre du CjAC depuis 2024, Audric Twahirwa devrait quant à lui rencontrer la mairesse Maude Théroux-Séguin pour évoquer l’avenir de l’instance. Une histoire à suivre.

Cet article a été publié dans la version papier du JDV de juin 2026.

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