Disparition des commissions scolaires ; Chantal Jorg prédit que les élèves en difficulté seront affectés

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Chantal Jorg et Mohamed Maazami, ex-commissaires scolaires du terroire d’Ahuntsic-Cartierville. (Photo:courtoisie)

C’est la fin des commissions scolaires et du travail des quelque 700 commissaires élus, qui ont été invités à agir,  jusqu’à la mi-juin, comme «conseillers» pour aider à la mise en place des centres de services scolaires–une nouvelle structure de gouvernance– qui prendront la relève.

À la Commission scolaire de Montréal (CSDM), la commissaire sortante de Cartierville–Ahuntsic-Ouest, Chantal Jorg, a promis d’assumer cette responsabilité même si elle affirme qu’elle ne sera qu’une antenne «sans pouvoirs». L’anthropologue de formation compte suivre de très près l’évolution de la nouvelle structure adoptée sous le bâillon le 8 février à l’Assemblée nationale.

En attendant, elle prédit, entre autres, que les élèves en difficultés feront les frais de cette réforme qui a été décriée par les partis d’opposition à Québec, des parents, et les syndicats d’enseignants notamment, prêts pour la contestation judiciaire. Sans compter les villes qui sautent à pieds joints dans le mouvement de dénonciation, mais pour une autre raison : un amendement de dernière minute de la loi les force à trouver et payer un terrain pour les prochaines écoles à bâtir.

Nouvelle entité

Les parents devront s’y faire : s’habituer à une nouvelle entité dont le conseil d’administration des éventuels centres de services sera éventuellement composé notamment de cinq parents provenant des conseils d’établissement des écoles. En plus, on y retrouvera cinq membres du personnel scolaire et cinq personnes issues de la société civile.

Entre temps, jusqu’à la désignation des membres du conseil d’administration qui dirigera les centres de services, une période de transition est assurée par les directeurs généraux des ex-commissions scolaires.

Payés jusqu’en juin, les commissaires déchus (il y en 12 élus à Montréal plus la présidente), ont été invités à conseiller l’administration mais les problèmes demeurent «entiers», notamment dans la partie nord de Montréal, selon la commissaire Jorg.

Chantal Jorg lors de l'inauguration de la nouvelle aile de l'école St-Benoît, (Photo : jdv - Philippe Rachiele) csdm ahuntsic cartierville montréal
Chantal Jorg lors de l’inauguration de la nouvelle aile de l’école St-Benoît, (Photo : jdv – Philippe Rachiele)

« Il y a 40 classes manquantes ici et il faut améliorer la sécurité autour des écoles, a souligné Mme Jorg. Mais ce sont les enfants en difficultés qui seront les grands perdants de la réforme.  On intervenait pour régler les problèmes des élèves. On avait les pouvoirs pour aider ceux pour qui leurs droits ont été lésés ou encore intervenir quand des parents divorcent et que leur enfant doit quitter son école », a-t-elle avancé.

À son avis, la donne va changer, même si la haute administration a fait savoir comment pourront être acheminées les plaintes.

Mme Jorg  s’est fait dire que les parents devront s’informer auprès d’Info CSDM, se renseigner sur la politique des différends ou s’adresser au Comité de révision.

« Maintenant, du cas par cas pour les élèves, c’est fini, a mentionné Chantal Jorg dont le père  aussi été commissaire scolaire. Si un élève a un problème ou si un parent demande de l’aide, il n’y aura plus personne pour en parler directement aux autorités.  On avait le pouvoir de faire des règles, on pouvait  aussi faire des exceptions. Les enfants vulnérables seront pénalisés. J’avais une dizaine de cas en suspens, poursuit-elle. Quand on est là, on réglait les cas à mesure. Mais maintenant, je dois dire aux parents que je n’ai plus le pouvoir pour les aider », a affirmé la commissaire sortante qui rappelait aussi ses représentations auprès des partenaires communautaires, de la santé, des groupes communautaires et même les contribuables.

Chantal Jorg déplore que dans la loi, il n’y avait que trois phrases pour parler du «commissaire conseil», qui selon elle, ne disent rien sur sa nouvelle fonction temporaire. Le directeur général a dit aux ex-commissaires qu’il pourrait les appeler au besoin.

Réactions fortes

À  l’instar de la présidente de la CSDM, Catherine Harel-Bourdon, Mme Jorg n’a pas mâché ses mots pour dénoncer la façon d’agir «cavalière» du gouvernement Legault qui a mis un terme aux débats parlementaires pour faire adopter à la vapeur son projet de loi 40 en pleine nuit.

Les propos tenus pour dénoncer le gouvernement ne faisaient pas dans la dentelle. Mme Harel-Bourdon a dit avoir eu le goût de vomir, alors que notre ex-conseillère représentant le nord-ouest de Montréal en a remis.

« Cela nous a donné la nausée, de se faire rejeter ainsi, a mentionné Mme Jorg au journaldesvoisins.com. On a été rejeté. On s’est même permis de nous salir. C’est une grande tristesse. C’est plus que de l’arrogance, c’est de la haine. C’est aussi une atteinte à notre dignité. On a reculé en perdant un palier de gouvernement. C’est la première fois dans notre histoire qu’on abolit des élus, en plus en cours de mandat », a-t-elle vivement déploré.

À l’origine, les commissaires devaient cesser leurs fonctions le 29 février. Exit la «dernière» assemblée prévue d’ici la fin du mois.

« Cela a été fait pour éviter que l’on décide de voter des fonds pour une éventuelle contestation judiciaire. Le gouvernement a mis la hache dans l’histoire et le fonctionnement d’une institution créée il y a plus de 100 ans. Le Québec vient de perdre son ADN. Et on n’a même pas eu le temps d’écrire une lettre aux citoyens qui nous ont fait confiance », d’ajouter celle qui a aussi été candidate dans le passé à une élection municipale dans Ahuntsic.

Dans l’exercice de leurs fonctions, les commissaires avaient notamment le mandat de consulter, d’adopter des résolutions, d’évaluer ce qui se passe sur le terrain, tout ça dans le but ultime de favoriser la réussite scolaire des élèves.

Autres perdants

Chantal Jorg soutient par ailleurs que les femmes et les francophones seront aussi, à son avis, les grands perdants de cette transformation.

« Quelque 52% des commissaires scolaires élus étaient des femmes, le seul palier politique paritaire au Québec. On connait notre histoire, les mamans qui s’occupent de l’éducation de leurs enfants, celles qui exercent le métier d’enseignante », a-t-elle souligné à grands traits, ajoutant que les anglophones gardent de leur côté les commissions scolaires.

Question de tenter de calmer le jeu, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a rendu hommage aux commissaires scolaires sortant tout en les invitant à œuvrer «pour une saine transition vers les centres de services».

Pour sa part, dans une lettre au personnel, Robert Gendron, le directeur général de la CSDM, a aussi rendu  hommage aux commissaires.

« Leur engagement indéfectible envers l’école publique mérite d’être souligné, tout comme leur apport dans leurs communautés », a écrit Robert Gendron, qui aura à s’assurer que tout ira bien pour la transition.

Contestation à venir

Il va sans dire que les groupes d’intérêt touchés par la réforme ne manqueront pas d’aller sur la place publique pour y soulever d’éventuels «ratés».

L’ex-commissaire Jorg entend bien sensibiliser les parents et alerter journaldesvoisns.com des développements à venir dans ce dossier alors que plusieurs s’attendent à de l’«improvisation».

Au chapitre de la contestation judiciaire, la Fédération autonome de l’enseignement, qui représente quelques syndicats enseignants, compte aller de l’avant pour tenter de faire déclarer cette loi inconstitutionnelle.

Mais ce n’est pas tout, avec l’ouverture d’un autre front sur le plan municipal, ce qui pourrait faire «mal» au gouvernement Legault.

À l’unisson, les municipalités ne veulent rien savoir de l’ajout dans la loi (à la dernière minute) d’un article les forçant à trouver et payer les terrains pour la construction d’écoles.

Les villes dont Montréal, où le coût des terrains est «exorbitant», veulent éviter que cette mesure ait un impact sur le compte de taxes municipales des contribuables.

Conséquence de cette annonce : des terrains devraient «automatiquement» prendre de la valeur, faisant saliver certains propriétaires ayant des lots bien localisés pour y accueillir une école.

 

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