L’arrondissement s’embourgeoise d’un côté, mais laisse des édifices partir en friche. (Image : courtoisie Pixabay)

Quand on parle d’embourgeoisement, on pense souvent au Plateau-Mont-Royal, à Villeray, à Verdun, à Hochelaga-Maisonneuve ou à Rosemont. Rarement à Ahuntsic-Cartierville. Il faudra changer notre fusil d’épaule.

Entendons-nous : l’embourgeoisement est un processus par lequel les habitants d’un secteur pauvre de la ville sont chassés par des gens plus riches, attirés par l’abordabilité des logements et le caractère branché du quartier. Les nouveaux habitants attirent des commerces haut de gamme et la spirale est enclenchée. On n’en est pas là chez nous, mais des maisons qui se vendent à un million se multiplient. C’est un signe. 

Notre arrondissement est l’une des premières banlieues de Montréal et, encore plus important, l’un des premiers villages historiques avec le Sault-au-Récollet. Nos paysages urbains sont typiques de Montréal : des quartiers diversifiés, souvent des anciens villages, où les endroits superbes se trouvent souvent spoliés par de véritables verrues urbaines.

Depuis quelques années, Ahuntsic-Cartierville subit de la pression générée par le marché immobilier, notamment par la présence du métro. Mais lorsqu’on entend un député fraîchement élu (Haroun Bouazzi, pour ne pas le nommer) affirmer qu’il n’a peut-être pas les moyens d’acheter dans son nouveau comté, ça laisse songeur. Même si la hausse récente des taux d’intérêt a stoppé net la surchauffe immobilière, les prix ne se sont pas effondrés. Résultat : de vieux immeubles et des terrains situés stratégiquement près des grands axes de transport demeurent convoités.

Cette effervescence immobilière pourrait menacer, à plusieurs endroits, l’intégrité et l’harmonie de la trame urbaine. Et les récentes transformations constatées ici et là n’augurent rien de bon pour le patrimoine bâti.

Paradoxalement, elle incite certains propriétaires à laisser leurs bâtisses à l’abandon. Nous vous avons présenté hier (15 février) une liste des pires immeubles de l’arrondissement. Nous avons aussi interrogé leurs propriétaires.

Enfin, le patrimoine semble souvent sacrifié à l’aune du profit. Ses défenseurs accusent les élus de ne pas se démener assez pour le patrimoine. Nous faisons la lumière sur ces enjeux en compagnie des défenseurs, des élus et d’experts du patrimoine.

Lise Bissonnette, ancienne journaliste et résidante d’Ahuntsic-Cartierville. (Photo : François Robert-Durand, JDV)

Rencontrée récemment par le Journal des voisins à l’occasion d’un livre d’entretiens, l’ex-directrice du journal Le Devoir et ex-grande patronne de la Grande bibliothèque, Lise Bissonnette, a glissé quelques commentaires sur la gestion du patrimoine dans l’arrondissement. Mme Bissonnette habite Ahuntsic.

« On continue à bâtir des édifices désincarnés en brique synthétique, des horreurs de faux châteaux qui détonnent dans l’environnement, dit-elle. C’est indigne d’un pays civilisé. Il a fallu deux décennies avant qu’on puisse conserver le poste de pompiers de Bordeaux, le seul immeuble civique de style beaux-arts dans notre coin de la ville. Et on en a fait des condos. On dirait qu’on ne s’intéresse pas à cette question à l’arrondissement. »

Ce texte a été publié dans la version imprimée du Journal des voisins, le Mag papier de février 2023, à la page 17. Il fait partie du Dossier Urbanisme, duquel plusieurs autres articles sont reproduits. 



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