Le candidat solidaire dans Maurice-Richard, Haroun Bouazzi remporte l’élection provinciale. (Photo: François Robert-Durand, JDV)

La soirée aura été moins longue que prévu à Ahuntsic. Le vainqueur de cette élection provinciale a été connu un peu avant 22 h. C’est Haroun Bouazzi de Québec solidaire qui représentera les électeurs de Maurice-Richard à Québec.

Avec 10633 voix, M. Bouazzi remporte la circonscription, par une avance de plus de 2300 voix (chiffres provisoires) sur sa rivale directe Audrey Murray de la Coalition avenir Québec. Plus de 66 % des personnes inscrites à voter se sont déplacées aux urnes pour choisir leur député.

[NDLR : Cet article sera mis à jour avec les résultats finaux du scrutin lorsque tous les votes auront été compilés.]

Cette victoire très nette intervient après une campagne qui a maintenu le suspense jusqu’au bout de la nuit du 3 octobre.

Interrogé après l’annonce des résultats, M. Bouazzi a tenu d’abord à remercier les électeurs.

« D‘abord une énorme gratitude envers les citoyennes et citoyens de Maurice-Richard qui m’ont donné leur confiance aujourd’hui. Ensuite, un sentiment de fierté face au travail extraordinaire que l’équipe a accompli », a-t-il déclaré à journaldesvoisins.com.

Quant à la victoire, elle est due selon lui au travail intensif sur le terrain.

« On a été très, très présent. On a eu plus d’un demi-millier de bénévoles. On a fait toutes les portes. On a fait une campagne positive et puis on pense que c’est cela qui a fait vraiment la différence. »

Il a assuré que remporter la circonscription n’était pas une fin en soi.

« Il y a un sentiment de responsabilité face aux enjeux, qu’ils soient locaux dans Maurice-Richard ou nationaux, évidemment, à l’Assemblée nationale. Le travail commence maintenant », a-t-il indiqué.

Les candidats ont eu 36 jours pour convaincre les électeurs. Haroun Bouazzi de QS qui voyait les intentions de vote en sa faveur très basses en début de campagne s’est rapproché très nettement de la favorite Audrey Murray de la CAQ à partir du 6 ou 7 septembre. Les deux candidats sont restés ensuite au coude-à-coude jusqu’à la fin selon les données compilées par le site QC125.

« J’ai l’impression que parfois les sondages prennent du temps à mesurer l’état d’esprit réel des électeurs dans une campagne électorale », croit Jean-Philippe Adam, professeur de science politique au Collège André-Grasset.

Il suppose qu’en début de campagne les premières projections ont privilégié le parti qui était au pouvoir. Dans Maurice-Richard c’était Marie Montpetit qui avait été élue en tant que libérale et qui siégeait en indépendante, situation qui ne permettait pas de voir la tendance qui se dessinait.

« Lorsque la campagne a été officiellement déclenchée à la fin août, les sondages donnaient une image qui était un peu de précampagne. Quand ils ont commencé à mesurer véritablement ce qui se passait sur le terrain, j’ai l’impression qu’il y a eu un recalibrage en quelque sorte et Québec solidaire est monté alors que la CAQ est descendue un peu », observe M. Adam.

Grande mutation

Cependant, la campagne présageait d’un changement global du paysage politique local. Depuis sa création en 1972, la circonscription, qui s’appelait Crémazie avant de devenir Maurice-Richard en 2018, avait tout le temps balancé entre le Parti libéral et le Parti québécois.

Une nouvelle configuration et une lutte s’annonçaient entre le parti au pouvoir, la CAQ, et l’opposition qui le talonne le plus à gauche, QS pour cette élection.

« L’électorat au Québec est somme toute assez cyclique. Si vous regardez les élections depuis 2003, On a vu le PQ qui montait et le PLQ qui descendait, et inversement. Et là, on voit la CAQ qui s’étend au niveau national. Pour la circonscription de Maurice-Richard, j’ai l’impression que c’est un peu la même dynamique qu’on observe à l’échelle de la province. On a vu un peu la perte de terrain de l’option souverainiste qui avait permis aux libéraux de remporter les deux dernières élections, quoique de façon serrée. Maintenant, on note un réalignement selon les mêmes lignes de fractures, si j’ose dire, qu’on a au Québec », explique l’analyste politique.

Cette imprégnation nationale semble de la même nature que les déclarations faites ailleurs au Québec et qui ont eu un retentissement local.

Les propos de Jean Boulet, ministre sortant de l’Immigration et de la Francisation et candidat à Trois-Rivières, sur les immigrants qui ne travaillent pas et n’apprennent pas le français, a eu forcément un écho à Ahuntsic. Au moins 30 % de la population de la circonscription est d’origine immigrante.

« Je pense que c’est le genre de déclarations que les partis d’opposition s’empressent évidemment d’utiliser comme munition pour discréditer un peu leurs adversaires », note M. Adam.

Pour lui, une affirmation maladroite comme celle-là n’est pas sans conséquences dans Maurice-Richard lors de cette élection.

« Je suis d’avis que c’est le genre de choses qui peut faire pencher la balance dans une course extrêmement serrée comme on a eue. »

Bonne joute

Globalement, M. Adam juge que la campagne s’est déroulée dans de bonnes conditions.

Les candidats étaient beaucoup sur le terrain. François Legault, premier ministre sortant et chef de la CAQ, est venu deux fois soutenir sa candidate Audrey Murray. Gabriel Nadeau-Dubois, le co-porte-parole de Québec solidaire, a déplacé son bus à Ahuntsic à deux reprises. Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti Québécois, a fait également une halte dans Maurice-Richard.

Deux débats ont été organisés. L’un par le Journal des voisins et le milieu communautaire, un autre par le département de M. Adam au Collège André-Grasset.

« L’observation personnelle que je peux en faire, lorsque les personnes sont venues au débat, c’est qu’elles ont été très courtoises les unes envers les autres. Elles connaissaient la plateforme de leur parti, défendaient bien leurs idées. »

Si tous les enjeux ont été abordés, M. Adam croit que l’éducation n’a pas eu droit à l’attention qu’elle méritait pour cette élection.

Les candidats qui se sont exprimés ont parlé du cas de l’école Sophie-Barat dont la moitié du bâtiment tombe en ruine, forçant la délocalisation d’une partie de ses élèves à Saint-Michel. Il y a une semaine, on annonçait que les entreprises d’architecture avaient été choisies pour mener un projet de réfection qui pourrait durer dix ans.

« Le problème c’est que cela fait très longtemps qu’on est au courant de la situation de cette école-là. Et comme c’est le cas pour d’autres choses, c’est facile à mon avis de se rabattre sur ce qui est en train de se faire tranquillement », relève M. Adam.

MISE À JOUR – Élections Québec a publié les résultats finaux des élections dans Maurice-Richard : Haroun Bouazzi (QS),  34,67 % (10 903 votes); Audrey Murray (CAQ), 27,16 % (8 542 votes); Jonathan Marleau (PLQ), 17,22 % (5 414 votes); Chantal Jorg (PQ), 14,67 % (4 612 votes); Louise Sexton (PCQ), 4,20 % (1 322 votes) et Gilles Fournelle (PVQ), 0,99 % (311 votes).

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