Excursion dans un atelier de tailleur de pierre

Les tailleurs de pierre doivent aller l'habilité manuelle et la précision géométrique. Photo : Serge Pelletier / Créa-pierre

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Ils ont longtemps été considérés comme des géants du travail. Le tourisme leur doit les bijoux architecturaux faits de pierre qui ont traversé le temps jusqu’à être hissés au rang de patrimoine. De nos jours, ils sont essentiels à la conservation de ces bijoux. Profession : tailleur de pierre. Excursion dans un atelier.

Les tailleurs de pierre sont à la fois des historiens et des scientifiques de la pierre. Photo : Benoît Dosseh / JDV

Pour se faire une idée de l’un des neuf joyaux du patrimoine bâti répertoriés par le Conseil des métiers d’art du Québec (CMAQ), le Journal des voisins (JDV) a décidé de se rendre à l’atelier Créa-pierre d’Alexandre Maquet, situé dans Les ateliers de la pierre du Québec.

« Je vous recommande de m’appeler en arrivant à la porte principale, car la bâtisse est très grande et nous ne sommes pas faciles à trouver », nous conseille-t-il dans nos échanges en amont du rendez-vous. Pour nous rendre à son atelier, qui se trouve au sous-sol de l’édifice, il nous faut effectivement faire quelques zigzags et croiser au passage un élévateur de charge qui permet de transporter les grosses pierres, entre autres.

L’atelier comprend quatre pièces. Une fine couche de poussière recouvre, dans chacune d’elles, l’ensemble du mobilier, les caisses au sol et les équipements rangés dans des placards – où sont également exposées des pierres. La poussière est reine dans un atelier de tailleur de pierre.

Il n’y a pas grand monde le jour de notre visite. N’empêche, les artisans présents sont à leur affaire. L’un polit une œuvre abstraite pour une prochaine exposition, et l’autre peaufine les détails d’un buste, rien qui ne soit vraiment étranger au métier de tailleur de pierre.

Un ensemble de pointes centenaires précieusement conservé par Alexandre Maquet. Photo : Benoît Dosseh / JDV

Une mémoire du patrimoine bâti

Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), le tailleur de pierre est un ouvrier qualifié. Il extrait, coupe, façonne, finit et monte des blocs de pierre naturelle pour la construction, la rénovation et la décoration de structures architecturales ou de monuments.

Alexandre Maquet a suivi une formation de quatre ans en France. Dans le cadre de la conservation du patrimoine bâti, il consolide, remplace à l’identique, ou restitue les pierres dégradées, à l’atelier ou directement sur les chantiers. Il a une préférence pour l’atelier, car il a tout son matériel à portée de main et peut intervenir aisément sur la pierre. Son arsenal comprend différents types de marteaux, de ciseaux (gradines) et de burins, ainsi que du matériel électrique.

Dans l’accomplissement de sa tâche de restauration, le tailleur de pierre est habité par le souci de rester le plus possible fidèle à l’œuvre d’origine. À cet effet, il doit maîtriser tout un ensemble de paramètres. Il doit connaître la nature de la pierre originelle et la carrière d’où elle a été extraite. Si cette carrière n’existe plus, il faut trouver une pierre qui s’en rapproche le plus possible. Chaque détail compte pour reproduire l’œuvre des premiers compagnons. Le choix des outils est, par conséquent, très important.

L’entretien ou la restauration des bâtiments de plus de 100 ans avec de mauvaises techniques ou de mauvais produits les altère davantage. Au cours de ses 25 ans dans la profession, Alexandre a d’ailleurs constaté plusieurs interventions inappropriées. « J’ai vu, par exemple, qu’on avait utilisé un jet d’eau à haute pression sur une pierre tendre. Cela gruge la pierre, fait éclater les liants, et l’eau s’infiltre dans la pierre. Il y a aussi eu des cas d’utilisation de ciment Portland alors qu’il fallait utiliser un mortier traditionnel à la chaux. »

Les compagnons et l’écogeste

Monsieur Maquet apprécie l’initiative d’assurer l’avenir des métiers artisanaux relatifs à la conservation du patrimoine bâti. Pour lui, l’un des principes les plus importants en la matière, c’est d’avoir un plan d’entretien. D’autant plus que le cycle de gel et de dégel récurrent de ces dernières années accélère la dégradation des structures.

Outre la préservation des bâtiments, la transmission des savoir-faire traditionnels revêt une importance historique, culturelle et écologique. Sur le plan écologique, par exemple, au lieu de jeter les outils dégradés par l’usage, les tailleurs de pierre peuvent les envoyer chez un forgeron pour les refaire, ou même les ajuster selon leurs besoins. Alexandre nous montre un ensemble d’instruments d’environ 150 ans toujours en bon état, grâce aux interventions de forgerons. Il les a obtenus d’un tailleur de pierre à la retraite qui les avait lui-même reçus de son grand-père. Maquet souligne qu’il pourrait les utiliser s’il ne les considérait pas comme des artefacts. La preuve par quatre d’un écogeste d’une grande efficacité.

Cet article a été publié dans la version papier du JDV de juin 2026.

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