Des bénévoles de l’organisme FEEDback en compagnie de bénéficiaires au cœur du HLM Tolhurst. (Photo : FEEDBack Ahuntsic-Cartierville)

Vous arrive-t-il de vous demander quoi faire avec des denrées qui sont restées dans votre frigo trop longtemps? Ou de prévoir trop d’achats en épicerie alors que les besoins de votre famille ne sont pas si grands pour une semaine donnée? Tout cela résulte souvent en gaspillage alimentaire. Des citoyens et deux organismes d’Ahuntsic-Cartierville ont décidé de s’engager pour faire en sorte de diminuer ce gaspillage: ce faisant, ils ont mis plusieurs casseroles sur le feu en même temps. Mais leurs efforts ne sont pas vains. Au même moment, un rapport de la Ville de Montréal sur le gaspillage alimentaire documente la situation de ce trop-plein de produits alimentaires ou cuisinés chez les Montréalais. Tour d’horizon.

L’organisme FEEDback Ahuntsic-Cartierville, un sous-produit du groupe Mobilisation environnement Ahuntsic-Cartierville (MEAC), réutilise et redistribue les surplus alimentaires de différents commerces du territoire, en circuit court.

Le groupe est composé de trois instigatrices, des citoyennes convaincues! Ce sont Jennifer Coutou Dellar, Stéphanie Desormiers et Élisabeth Paradis. Ces trois résidantes mettent beaucoup d’énergie dans la lutte au gaspillage alimentaire dans Ahuntsic-Cartierville depuis plus de deux ans. 

Qu’entend-on par circuit court?

« C’est à petite échelle. Nous collectons les invendus de chez Rachelle Béry, Curieux de nature, Chez Clémentine et La petite boulangerie pour les redistribuer directement par le biais d’activités auprès des communautés à risque d’insécurité alimentaire, à proximité de ces commerçants », détaille Élisabeth Paradis. 

Les communautés visées par FEEDback sont surtout situées dans les quartiers Ahuntsic et Saint-Sulpice. Le comité tient à ce que le processus demeure à petite échelle étant donné que les membres donnent du temps bénévolement.

Tout de même, les trois fondatrices du groupe peuvent compter sur le soutien d’intervenants psychosociaux et de « traits d’union » qui font des livraisons. En outre, FEEDback peut compter sur un partenariat avec le groupe des Cyclistes solidaires pour assurer le transport écologique des aliments invendus. 

Bénévoles demandés!

Et ce n’est pas tout! Les résidants d’Ahuntsic peuvent aussi participer à des activités de sensibilisation pour le tri de la nourriture – et l’organisme cherche toujours des bénévoles

« C’est très collectif. Nous sommes près des communautés, nous sommes dans leur milieu et nous adaptons notre activité de récupération à la réalité du milieu dans lequel nous œuvrons tout en formant les participants », souligne Stéphanie Desormiers. 

Selon les résidantes d’Ahuntsic qui ont mis sur pied FEEDback, tout le monde doit y mettre du sien, que ce soit en partageant de la nourriture avec son entourage ou en encourageant les commerces à mieux gérer leurs invendus. 

« C’est tout le système alimentaire qui doit changer, croit Jennifer Coutou Dellar. Il faudrait que l’alimentation soit basée sur la gestion de l’inventaire et non en fonction des goûts et des préférences [des consommateurs]. »

FEEDback fait un travail très important : d’après des données obtenues par La Presse Canadienne en octobre dernier, le réseau des Banques alimentaires du Québec a aidé 21,6 % plus de personnes en 2021 qu’en 2019. Les bénévoles de FEEDback ont récupéré 26 tonnes d’aliments pour desservir 102 bénéficiaires engagés auprès de six communautés. 

Ailleurs dans l’arrondissement, soulignons aussi les efforts de la Corbeille Bordeaux-Cartierville, qui assure la récupération de fruits et légumes qui auraient été jetés auprès de plusieurs grands centres de distribution montréalais. Depuis cinq ans, plus de 200 tonnes de fruits et légumes ont été récupérées par La Corbeille avant d’être partagées avec des organismes dans 12 arrondissements. Plus de détails se trouvent dans notre plus récente édition du mag papier

La Ville-centre se penche sur la question

En juin dernier, la Ville-centre, par l’entremise de la Commission permanente sur l’eau, l’environnement, le développement durable et les grands parcs, a déposé un rapport au conseil municipal au sujet du gaspillage alimentaire, et un comité du quartier Ahuntsic a travaillé fort pour que la Ville-centre accorde de l’importance à cet enjeu.

La Commission, dont fait partie le conseiller de ville réélu du Sault-au-Récollet, Jérôme Normand, a donné 21 recommandations qui ont, par la suite, été présentées au conseil municipal. Ces recommandations étaient divisées en quatre axes principaux : 

  • Réduire le gaspillage alimentaire à la source, en prévenant les surplus; 
  • Réutiliser et redistribuer les surplus alimentaires en circuit court; 
  • Valoriser à des fins autres que la consommation humaine (détourner les surplus de l’élimination); 
  • Comprendre le gaspillage alimentaire et identifier les meilleures pratiques de réduction. 

Par rapport aux deux premiers points, Jérôme Normand a expliqué au JDV qu’il était important de prioriser la réduction à la source. 

« Il ne faut pas lier directement la lutte contre le gaspillage et la lutte contre l’insécurité alimentaire. Toute l’éducation que l’on tente de faire est sur la réduction à la source. »

La Ville de Montréal et ses arrondissements tentent de faire de plus en plus de sensibilisation auprès des citoyens afin d’éviter le gaspillage dans les ménages. Au Canada, les familles sont responsables de 21 % du gaspillage alimentaire. 

« C’est difficile pour les consommateurs d’acheter seulement ce dont ils ont besoin, mais c’est nécessaire pour prévenir les surplus », soutient M. Normand. 

Une Montréalaise à la source de la consultation

Toutefois, une bonne partie de la réponse se trouve du côté des fournisseurs. Aucune disposition réglementaire ne définit la date de péremption pour les produits alimentaires… et cette date a un effet sur les ventes. Il peut être tentant d’inscrire des dates « meilleur avant » plus conservatrices pour augmenter la distribution, ce qu’admet candidement le conseiller du Sault-au-Récollet. 

Le rapport découlait d’une consultation publique lancée grâce à une pétition d’Atlantide Desrochers, une auteure montréalaise qui se consacre à la lutte contre le gaspillage alimentaire. Jérôme Normand espère que cette initiative aura des impacts sur de plus hauts paliers de gouvernement. 

Après tout, dans son Plan directeur de gestion des matières résiduelles de l’agglomération de Montréal 2020-2025 (PDGMR), la Ville-centre s’est dotée d’un objectif ambitieux : réduire de 50 % le gaspillage alimentaire à Montréal d’ici 2025.

C’est un but qui sera difficile à atteindre étant donné les réticences des producteurs et les enjeux de calcul du gaspillage. M. Normand est tout de même confiant et le conseiller municipal a tenu à faire mention du regroupement FEEDback, qui s’est fait entendre lors des consultations publiques. Leur mémoire est disponible ici

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