Construite vers 1875, la maison du 10905, rue Berri était l’une des dernières traces concrètes du développement urbain d’Ahuntsic au 19e siècle. De style Second Empire, en bois lambrissé, elle se voyait bien depuis le pont Viau. Un repère discret dans un quartier qui garde la mémoire.

La Ville de Montréal en était propriétaire depuis 1951. Le bâtiment avait eu plusieurs vies : clinique de quartier, centre thérapeutique pour les troubles d’apprentissage et de langage, puis siège des Loisirs jeunesse d’Ahuntsic. Mais depuis l’an 2000, il était laissé à lui-même.
Un projet visait à lui redonner un rôle en l’intégrant au plan directeur de développement des berges de la rivière des Prairies, et l’idée d’en faire un espace muséal, après restauration, pour le 375e anniversaire de Montréal avait couru à un certain moment. « Pour célébrer un événement historique, on avait un bâtiment historique », observe Valérie Nadon, ancienne coprésidente de la Société d’histoire d’Ahuntsic-Cartierville.
C’est une opération d’entretien banale qui a tout fait dérailler. Le 4 septembre 2013, un ouvrier chargé d’effacer des graffitis aurait utilisé une torche de type couvreur sur un parement du mur nord. Le feu a pris, s’est propagé jusqu’à la corniche, et la maison s’est enflammée. C’est du moins le récit que relate le rapport du Service de sécurité incendie de Montréal, que le Journal des voisins avait obtenu il y a quelques années par une demande d’accès à l’information.
La facture a été lourde : 88 151 $ pour la démolition réalisée en mai 2014 par Démo-Spec. La Ville a réclamé des comptes, et l’affaire s’est finalement réglée en privé pour 40 000 $. Le dossier n’a jamais été porté devant les tribunaux. « Il y a eu un mini-incendie. La maison était encore viable. Mais ils ont fait comme tous les mauvais propriétaires qui veulent jeter quelque chose à terre », affirme Mme Nadon.
Il ne reste plus rien aujourd’hui. Même les fondations ont fini par disparaître. Reste la mémoire des anciens qui se souviennent encore d’y avoir reçu leurs vaccins, enfants, au temps de la clinique de quartier.
Cet article a été publié dans la version papier du JDV de juin 2026.










