24 juin 1615, Sault-au-Récollet —

Extrait des Chrétiens du Canada (1845) du père Beaubien :

« La virginité du lieu invitait à la dévotion et rappelait la pureté de l’Église primitive. Les grands chênes rouges qui bordent encore aujourd’hui la rivière des Prairies protégeaient les fidèles de leur ombre majestueuse.»

L’autel portatif était supporté par des troncs d’arbres coupés peu de temps auparavant et la sève qui ruisselait sur l’écorce symbolisait le sang sacré de ces preux missionnaires qui allaient bientôt porter la bonne nouvelle de l’Église dans tout le pays Indien au péril même de leur vie.

C’était une journée magnifique et les oiseaux mêlaient leurs gazouillis mélodieux au chant de l’onde. Il y avait, chose certaine, une trace, une présence du Saint-Esprit qui planait là, au-dessus des communiants, dans les confins bleutés de l’azur.

Le révérend père récollet Denis Jamet fut l’officiant de cette première messe en terre montréalaise, assisté du père Le Caron.

Le père de la Nouvelle-France, le grand Champlain, communiait, ému. Il portait un pourpoint dont les boutons étincelaient au soleil et des hauts-de-chausses brodés; fleuret et mousquet, qui rappelaient les innombrables dangers qu’il devait sans cesse affronter, étaient sagement rangés dans leur fourreau.

Cet homme, contrairement aux coureurs des bois, n’était pas un vulgaire aventurier avide de richesses. Non! Cet homme était de la race des civilisateurs et il voyait dans cette messe la promesse d’une communauté catholique pérenne en terre d’Amérique.

Les Indiens furent impressionnés de constater que Champlain, grand entre tous, s’agenouillait toutefois humblement aux commandements du père Jamet qui, dans sa chasuble aux parements dorés, semblait être le soleil même, et ils s’agenouillèrent eux aussi en signe de profond respect.

Les âmes, même les plus viles, ne purent rester indifférentes à la beauté de la sainte messe. Un grand chef huron déclara à Champlain en lui tendant le calumet de la paix :«Avec toi, j’ai fait alliance. Tu es le maître du fer et avec ta bouche à feu, tu m’as aidé à vaincre mes ennemis iroquois à Ticonderoga. Tu es la mère nourricière; je me place en ton sein afin de téter ton lait et je reconnais à tes prêtres le pou- voir de protéger mon peuple. »

En 1749, la magnifique église de la Visita-tion fut érigée à l’emplacement de cette première messe; elle se dresse encore aujourd’hui au-dessus des eaux tumultueuses de la rivière et garde fièrement le souvenir de ce jour béni. »

Nouvelle-France, Hiver 1635

Un petit point brun dans une étendue blanche.

Un Huron au visage couvert de pustules avance à petits pas dans la neige. Le vent s’engouffre dans sa redingote de cuir.

Il traîne un lourd fardeau qu’il glisse derrière lui, sur la neige. Il se rend jusqu’à une croix de bois qui disparaît à chaque bourrasque de neige.

Un chien émacié, affamé, le suit. Il grogne, griffe et mord son colis.

Au pied de la croix, une fosse et des corps entassés. Le Huron soulève la masse qu’il transporte, desserre un foulard et regarde pour la dernière fois un visage aimé. « Änen’enh! » s’écrie-t-il.

Puis, le corps tombe dans la fosse sans faire trop de bruit; tout juste un bruissement sur la neige.

Cette histoire a d’abord été publiée dans le mag papier d’avril 2020, sous la rubrique «L’histoire qui fait l’Histoire», toujours sous la plume de Nicolas Bourdon.

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