Le cul-de-sac sur Sauriol, près du parc des Hirondelles. (Photo: François Robert-Durand, JDV)

Habitez-vous dans une rue en impasse ou un cul-de-sac? Ceux qui y résident adorent leur petit coin de tranquillité urbaine.

(Cet article est paru dans la version imprimée du Journal des voisins,
le Mag papier de juin-juillet 2023, aux pages 6 et 7.)

Une impasse est une rue sans issue, de laquelle on doit sortir par où l’on est entré. Un cul-de-sac est une rue en boucle à extrémité circulaire ou non, parfois à sens unique. Dans les deux cas, la circulation de transit n’y trouve pas son compte et les résidents bénéficient d’une plus grande tranquillité. Mais outre ces aspects, qu’y trouve-t-on plus qu’ailleurs?

Dans Ahuntsic-Cartierville, il y a plusieurs rues en impasses. Certaines impasses artificielles ont été créées par la division des rues, qui se butent à la voie ferrée du CN au sud de l’arrondissement. D’autres, en revanche, sont des impasses naturelles, dont certaines rues au nord du boulevard Gouin, qui sont ceinturées par la rivière des Prairies, dans Cartierville, Bordeaux, Ahuntsic-Ouest et également dans le Sault-au-Récollet. Il y a aussi quelques culs-de-sac ici et là.

Toutefois, l’arrondissement, qui a tardé à nous répondre, ne dispose pas d’un inventaire des rues en impasses et en culs-de-sac de son territoire. Après avoir analysé la carte de l’arrondissement, le Journal des voisins a recensé 108 culs-de-sac et impasses, dont 61 impasses (plusieurs ne font que quelques mètres) et 47 culs-de-sac.


Des rues pour vivre

Douglas Long, président sortant du conseil d’administration du JDV, et son épouse, résident depuis une cinquantaine d’années dans l’une des rues d’Ahuntsic-Cartierville incluant une impasse et un cul-de-sac, qu’ils appellent un îlot. C’est là qu’ils ont élevé et vu grandir leur fils, et les enfants des jeunes familles voisines de l’époque. «Nous habitons depuis 1976 dans cette rue particulière. Quand nous étions de jeunes parents, même si on les surveillait, nos enfants pouvaient y jouer. C’était sécuritaire et convivial en même temps.»

M. Long fait remarquer que c’est aussi plus propice à la socialisation. «C’est certain que ce type de rues encourage les gens à se parler plus souvent par le fait que les enfants sont souvent à l’extérieur et que les parents assument une surveillance, mais tout en jasant avec les voisins», ajoute-t-il.

Des élèves de l’école primaire Saint-Benoît jouent au hockey cosom sur l’avenue Mont-Cassin. Chaque vendredi, cette avenue est bloquée aux voitures pour la transformer en rue-école. (Photo : François Robert-Durand, JDV)

Mobilité active encouragée?

Même si tout le monde n’habite pas sur une rue adossée à la rivière, ou une rue qui ne débouche nulle part, il n’en reste pas moins qu’à l’heure où les urbains se réapproprient la ville et que la mobilité active est de plus en plus d’actualité, les culs-de-sac et les impasses sont de plus en plus intéressants et bénéfiques.

Dans les rues sans issue, les enfants peuvent jouer sans trop se faire déranger; les citoyens peuvent jaser en dehors des trottoirs, et la vie de quartier peut être animée, sans craindre que ses résidents se fassent klaxonner! Mais, ça n’encourage pas pour autant la mobilité active. Dans la majorité des cas, les rues en culs-de-sac et les impasses ne sont pas à proprement parler des rues perméables, c’est-à-dire qu’elles ne permettent pas aux piétons et aux cyclistes de se déplacer de l’une à l’autre, à moins que la trame urbaine n’ait été planifiée en ce sens. Et corriger cette trame pose des défis logistiques, étant donné les problèmes de propriété de parcelles de terrain à libérer, entre autres choses.

En fait, les culs-de-sac et les impasses «perméables» à la mobilité active ne sont pas légion dans Ahuntsic-Cartierville. Toutefois, dans les villes qui se sont développées selon une grille, comme c’est le cas à Montréal et notamment dans Ahuntsic-Cartierville, il est possible d’ajouter aux rues déjà existantes des impasses perméables aux piétons et aux cyclistes tout en minimisant ou en bloquant la circulation de transit sans avoir à exproprier qui que ce soit ou à faire de grands changements. Plusieurs villes se sont employées à le faire, notamment à Berkeley, en Californie; à Seattle, Washington; ainsi qu’au Royaume-Uni.

Comment?

Les rues sont fermées, par exemple, au centre, à l’aide de bollards, de blocs de béton, d’aménagements paysagers, ou plus récemment de bornes escamotables. La rue se trouve donc à être divisée en deux rues moins longues. Les résidents des deux «nouvelles» rues peuvent y entrer et en sortir en voiture sans problème, mais à une extrémité seulement, comme dans une impasse. Les enfants peuvent y jouer de façon plus sécuritaire, les résidents s’y rencontrer. La circulation de transit devient dès lors un lointain souvenir, mais les voitures locales peuvent circuler sans problème. Toutefois, ses rues sont perméables aux piétons et aux vélos.

Parfois, à l’occasion de travaux de voirie exécutés sur une rue ou une artère, la voie de circulation en question est fermée à la circulation de transit parce que bloquée à une extrémité. Or, quand cela arrive, les résidents peuvent sans doute remarquer que leur rue est apaisée et plus tranquille. Des travaux effectués sur le réseau d’égouts et d’aqueduc dans certaines rues d’Ahuntsic Ouest, au cours des dernières années, l’ont amplement démontré.

La rue étant fermée pour des travaux, une famille en profite pour jouer dans la rue paisible (Photo : Philippe Rachiele, JDV)

«Culdesac Tempe», ville du futur?

Outre les culs-de-sac et les impasses dans une ville comme on les connaît, d’autres solutions voient le jour pour rendre la vie des citoyens plus agréable. Loin d’ici, est née récemment une «communauté de voisinage marchable», comme le rapportait le journaliste économique, Conor Dougherty, dans un article du New York Times paru en octobre 2020. Situé en Arizona, aux États-Unis, non loin de Phoenix, dans la ville de Tempe, ce nouveau développement s’appelle «Culdesac Tempe». Ce site fait la guigne aux utilisateurs de la voiture dans l’État, reconnu comme une des villes américaines les plus accros à l’auto. Il accueille ces jours-ci ses premiers résidents, sur une possibilité de 1000.

Plan du quartier Culdesac Tempe (Photo tirée du site : http://culdesac.com/tempe/map)

Bâti sur 17 acres, Culdesac Tempe n’est pas seulement un nouveau développement immobilier qui éloigne la circulation de transit! Les voitures n’y sont pas admises et le transport actif y est à l’honneur. Les habitations sont denses, sans être trop en hauteur. Les commerces et services sont situés à proximité des habitations. La verdure y est la bienvenue.

Bien que Culdesac Tempe ait commencé les travaux de construction sur ce site avant la pandémie, le promoteur croit qu’avec la pandémie et le télétravail qui en a résulté, des sites comme Culdesac Tempe seront de plus en plus populaires, les résidents ayant moins besoin de se déplacer souvent pour aller loin. Une chose est certaine: ils profiteront sans doute d’une plus grande tranquillité, tandis que les enfants pourront y jouer à loisir sans craindre pour leur sécurité. Et si tout le monde oublie son téléphone cellulaire de temps en temps, les voisins auront de multiples occasions de se parler entre eux et de profiter d’une vie de quartier plus intense et décidément plus active.

Ce texte fait partie du Dossier Logements du Mag de juin-juillet 2023,
duquel plusieurs autres articles sont reproduits.

1- Rareté des logements: locataires sous pression 

2- Les loyers sont chers à Ahuntsic-Cartierville

3- Loger à la bonne enseigne


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