L’Orchestre classique de Montréal s’invite au parc Ahuntsic

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Quand on pense à un orchestre, on imagine généralement une salle de concert, une scène et des rangées de fauteuils. Le vendredi 14 août, au parc Ahuntsic, le décor sera tout autre. C’est en plein air que l’Orchestre classique de Montréal, dirigé par Andrei Feher, donnera rendez-vous au public. Là-bas, nul besoin de billet : l’orchestre viendra à la rencontre du quartier.

Andrei Feher, chef d’orchestre de l’Orchestre classique de Montréal. Crédit photo: TamPhotography
Andrei Feher, chef d’orchestre de l’Orchestre classique de Montréal. Crédit photo : TamPhotography

La musique classique hors des murs de salles

Pour Liette Gauthier, agente culturelle à la Maison de la culture Ahuntsic, rendre la musique accessible ne consiste pas nécessairement à convaincre chacun de l’aimer, mais d’abord à rendre la rencontre possible. « Notre responsabilité, c’est qu’il puisse y avoir accès », résume-t-elle. Dans un parc, cette rencontre prend une forme bien différente de celle d’une salle de concert.  Madame Gauthier décrit : « Il y a des gens qui se regardent, qui sont assis les uns à côté des autres dans le gazon. Il y en a qui ont des chaises, d’autres qui sont à côté de leur vélo. Le concert extérieur se vit autrement qu’un concert en salle. »

Concert Campbell de 2022 au parc Ahuntsic avec le projet Arc-en-Fleur. Crédit photo: Sylvain Légaré.
Concert Campbell de 2022 au parc Ahuntsic avec le projet Arc-en-Fleur. Crédit photo : Sylvain Légaré.

Quant à Benoit Gagnon, agent de développement culturel au service de la culture de la Ville de Montréal, rendre ces concerts accessibles passe autant par la gratuité que par la proximité. Comme certaines personnes ne se déplacent pas nécessairement vers les grands pôles culturels, les concerts aux parcs permettent, selon lui, de « faire vivre la musique classique en dehors des grands centres », directement dans les quartiers. Cette proximité ne signifie toutefois pas que l’Orchestre classique de Montréal propose une version simplifiée de la musique classique.

Andrei Feher, chef de l’orchestre Classique de Montréal, y tient : « Ceux qui viennent voir ce concert-là, c’est ce qu’ils vont retrouver en salle aussi. […] C’est de la musique classique. » Le programme peut être plus court et pensé pour l’extérieur, précise-t-il, mais il demeure représentatif de ce que l’orchestre présente en salle.
Pourtant, pour Feher, tourner le dos au public ne signifie pas être coupé de lui. « On sent le public, malgré le fait qu’on lui tourne le dos », explique-t-il. Le chef décrit une énergie qui part de sa gestuelle, passe par les musiciens et revient vers ceux qui écoutent. Même sans les regarder, dit-il, il peut sentir les moments où l’attention du public est entièrement captée.

Une responsabilité de transmission

Pour Andrei Feher cette rencontre prend une importance particulière lorsqu’elle touche les enfants qui n’ont pas grandi dans un environnement familier avec la musique classique. Il estime que des initiatives comme les concerts en plein air viennent parfois combler un espace laissé vacant par l’éducation musicale. « Malheureusement, il faut qu’on fasse le travail que peut-être les écoles, puis le système d’éducation ne font pas », affirme-t-il. Une première rencontre avec un instrument peut, selon lui, avoir un impact considérable : « Des tout-petits qui tombent en amour avec des instruments ou avec des gens qui jouent, cela peut changer leur vie carrément. » Multiplier ces occasions permet aussi, selon le chef d’orchestre, de construire le public de demain. Et s’il n’en tenait qu’à Andrei Feher, cette rencontre irait encore plus loin : « Je ferais tous les parcs de Montréal, si je pouvais », affirme-t-il durant la conversation avec un sourire.

Le 14 août, certains se rendront au parc Ahuntsic expressément pour entendre l’orchestre. D’autres y viendront peut-être simplement pour marcher, jouer avec leurs enfants ou profiter d’une soirée d’été. Certains s’arrêteront, d’autres poursuivront leur chemin. Enfin, c’est peut-être dans ces rencontres imprévues que l’idée portée par Charles Sandwith Campbell, il y a plus d’un siècle, prend encore tout son sens : permettre à la musique d’aller vers ceux qui ne la cherchaient pas nécessairement. Le temps d’une soirée, le parc Ahuntsic sera ainsi témoin de cette volonté qui traverse les générations.

Les Concerts Campbell, plus d’un siècle d’histoire

Cette volonté d’amener la musique dans les parcs montréalais est à l’origine des Concerts Campbell. Selon Benoit Gagnon,  leur histoire remonte à Charles Sandwith Campbell, avocat et philanthrope montréalais qui, à sa mort en 1923, a laissé un fonds important destiné notamment à financer des concerts gratuits. Son testament prévoyait que ce fonds prévoit financer des concerts dans des lieux publics à Montréal, accessibles à la population, notamment dans les secteurs densément peuplés. Les premiers Concerts Campbell ont ainsi vu le jour en 1924.
À leurs débuts, les Concerts Campbell mettaient notamment à l’honneur les fanfares militaires. Au fil des décennies, la programmation s’est transformée et diversifiée. Aujourd’hui, elle fait place à des genres et à des sonorités beaucoup plus variés, avec notamment le souci, explique M. Gagnon, de refléter la diversité culturelle de Montréal.
À Ahuntsic, cette histoire est elle-même bien installée. Selon Liette Gauthier, les Concerts Campbell font partie de la programmation de l’arrondissement depuis au moins une trentaine d’années. Le concert du 14 août viendra également clore une programmation qui a animé plusieurs vendredis au parc Ahuntsic cet été.

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