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Capsule ornithologique

L’Urubu à tête rouge: un mal-aimé fort utile

Publié le 14/10/2018
par Jean Poitras

Urubu en vol montrant des ailes deux tons – photos: Jean Poitras

En voilà un qui ne fera pas concurrence aux mignons chatons que l’on trouve sur Internet! Un gros oiseau tout noir sauf la tête qui, dégarnie de plumes apparaît rougeâtre, et que, selon l’ornithologue écrivain Noah Strycker, seul un inconditionnel amour maternel pourrait trouver attendrissante. Voilà qui suffit à expliquer le peu d’affection que les gens ont de ce membre de notre faune aviaire.

Et pourtant, si l’évolution n’a pas priorisé l’esthétisme chez l’Urubu à tête rouge, ce dernier n’en a pas moins une grande utilité dans la niche écologique.

Habitat et comportement

L’Urubu à tête rouge préfère fréquenter les endroits dégagés comme les terres agricoles, les prairies et le long des cours d’eau. On le voit planer parfois assez haut dans le ciel, profitant des courants d’air ascendants, et scrutant le terrain pour y détecter le cadavre d’un animal fraîchement décédé. Il est souvent seul ou en petits groupes de trois ou quatre individus.

Car voilà l’utilité de notre oiseau; en dévorant ces carcasses, l’urubu empêche la prolifération et la dispersion de bactéries et autres germes qui peuvent se révéler nocives pour la faune et les humains.

Il faut dire qu’il possède un estomac blindé; les sucs gastriques qu’il contient sont tellement acides qu’aucune bactérie n’y survit et que les fientes  résultant de la digestion de ces chairs en décomposition sont parfaitement stériles.

Mais n’allez pas croire qu’il ne fait pas la fine gueule pour autant!

Une étude a démontré qu’il préfère les cadavres d’animaux décédés il y a entre un et quatre jours. C’est suffisant pour que la carcasse dégage une odeur, mais sans que les chairs soient en décomposition trop avancée.

L’Urubu à tête rouge possède un bulbe olfactif plus développé que la plupart des oiseaux et c’est à l’odeur qu’il repère ses proies, parfois d’assez loin. Il se sert toutefois de sa vue pour localiser exactement où se trouve ses proies dès qu’il s’en approche. Les petits mammifères comme les marmottes, ratons, lièvres et musaraignes composent l’essentiel de son menu, bien qu’il puisse y ajouter des animaux domestiques et parfois des cadavres de plus grande taille.

Nidification et territoire

Ce n’est que depuis les années 1970, que l’on aperçoit régulièrement l’Urubu à tête rouge au Québec et la première mention confirmée de nidification date du milieu des années 1980. Depuis son territoire s’agrandit dans le sud du Québec.

Il niche généralement dans une anfractuosité de rocher, dans les escarpements rocheux, éboulis ou même parfois dans un tronc creux. Pour son nid, il ne fait pas dans la dentelle et pose ses œufs directement sur le sol sans grande préparation.

Les deux parents s’occupent des oisillons et les nourrissent par régurgitation. Son territoire de « chasse » est assez étendu, parfois à des dizaines de kilomètres du lieu de nidification étant donné la nature aléatoire de sa source d’alimentation.

Urubu au petit matin – photo: Jean Poitras

L’Urubu à tête rouge couvre un vaste territoire comprenant l’ensemble de l’Amérique du Sud, l’Amérique centrale, la totalité des États-Unis, sauf l’Alaska et Hawaï, et l’extrême sud du Canada. Comme mentionné précédemment, il est en expansion dans le nord-est de son aire, ce qui inclut le sud du Québec le long du Saint-Laurent et de l’Outaouais.

Le réchauffement climatique, le dégagement des terres pour l’activité agricole, et le nombre important d’animaux tués sur nos routes contribuent certainement à cette expansion.

Dans Ahuntsic-Cartierville, on l’observe fréquemment dès que l’on se trouve dans un espace permettant une vue dégagée du ciel.

Migration et espèces apparentées

La raréfaction de ses proies en hiver, moins d’animaux tués le long des routes, le fait qu’il y ait des cadavres ensevelis sous la neige, tout cela le force à retourner passer l’hiver au sud des États-Unis et en Amérique centrale. Comme tout bon « snowbird », il revient chez nous dès que le printemps a suffisamment réchauffé l’atmosphère.

L’Urubu fait partie de la famille des vautours du nouveau monde, les catharidés, représentée en Amérique du Nord par deux autres espèces, l’Urubu noir plus méridional et rarement observé au Québec, ainsi que le Condor de Californie, espèce menacée du sud-ouest américain. Il en existe quatre autres espèces en Amérique du Sud, le Condor des Andes, le Grand Urubu, l’Urubu à tête jaune, et le Sarcoramphe roi.