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Capsule ornithologique

Migration des Palmipèdes: départ d’automne et retrouvailles printanières!

Publié le 21/04/2019
par Jean Poitras

Harle couronné (Photo: Jean Poitras)

On entend par Palmipède tout oiseau dont les pattes sont palmées, c’est-à-dire qu’une peau relie les doigts les uns aux autres, qui sert à faire avancer l’oiseau lorsqu’il est posé sur l’eau. Ce vocable regroupe donc les Canards, les Oies, les Plongeons, les Cormorans, les Pélicans, les Sternes, les Mouettes et Goélands.

Ces oiseaux ont besoin de surfaces d’eau libre pour s’adonner à leurs activités coutumières comme le repos, la reproduction et l’alimentation. C’est pourquoi, lorsque l’hiver gèle nos cours d’eau, la plupart des individus de ces espèces migrent vers des climats plus chauds pour nous revenir au printemps.

Cet article ne couvrira que les espèces les plus fréquentes dans la région du sud du Québec.

Les Oies

Bernache du Canada (Photo: Jean Poitras)

La Bernache du Canada marque de ses vols en V, le passage des saisons d’automne et du printemps. Elle niche sur l’ensemble du territoire canadien, sauf les îles de l’Arctique, et aussi sur la majorité des états américains, sauf ceux du sud. L’hiver, elle se retire au sud de la frontière canadienne, là où elle peut continuer de s’alimenter de plantes aquatiques et de résidus de champs de culture.

La perte d’habitat due à l’expansion de l’espace occupé par les activités humaines avait provoqué au début du XXe siècle une raréfaction des aires de repos migratoires des Bernaches dans la partie sud de l’Ontario et du Québec. Un certain Jack Miner, établi à Kingsville en Ontario (près du parc de Pointe-Pelée), se fit l’ardent promoteur de l’établissement d’étangs entourés de végétation pour pallier le problème.

Et c’est alors que les Bernaches se mirent à apprécier le voisinage des humains. Trouvant dans les parcs urbains installés près des plans d’eau un endroit agréable, libre de prédateurs et exempt de chasse, règlements municipaux obligent, certaines Bernaches du Canada s’y installèrent à demeure.

Dans plusieurs villes où l’hiver est moins rigoureux, on observe maintenant des colonies de Bernaches non migratrices. Pourquoi, en effet, se casser les ailes à migrer alors qu’on a tout à portée de bec! Comme quoi la loi du moindre effort n’est pas l’apanage des seuls humains!

Oie blanche (Photo: Jean Poitras)

Les Oies blanches, vu qu’elles nichent dans le Grand Nord canadien, n’ont pas le choix de migrer; quand il fait -20°C à Iqaluit, vous comprendrez que, même avec un bon duvet, on peut s’y geler les pattes! Mais c’est surtout l’absence de nourriture qui les motive; ces Oies se nourrissent surtout de racines de plantes aquatiques qui disparaissent sous la glace en automne.

Comme leur périple migratoire de la Terre de Baffin à la baie de Chesapeake est long de plus de 3 000 km, un arrêt s’impose dans la vallée du Saint-Laurent. Les sites de Cap-Tourmente en automne, et de Baie-du-Febvre au printemps, sont devenus populaires auprès des ornithologues.

Les Oies blanches aussi se sont adaptées à l’activité humaine. Les champs de culture, notamment de maïs, leur fournissent un supplément alimentaire important. Tout ce qui tombe par terre lors de la récolte n’est pas forcément perdu.

La Grande Oie Blanche, la sous-espèce que l’on voit le plus au Québec, est passée de quelque 50 000 individus au début du XXe siècle, à plus d’un demi-million de nos jours. Ce qui fait que, lors de leur présence saisonnière printanière et automnale, elles s’étalent sur un plus grand territoire qu’auparavant au grand plaisir des ornithologues qui peuvent les observer en beaucoup plus d’endroits.

Les Canards barbotteurs

Canards colvert (Photo: Jean Poitras)

Les Canards barbotteurs sont ceux qui s’alimentent dans des eaux peu profondes et basculent leur corps de telle sorte que le bec plonge vers le fond et que leur arrière-train se trouve pointé vers le ciel.

Le Canard colvert niche dans la majeure partie du territoire nord-américain, et au Québec, dans la partie au sud de la Baie-James. En hiver, la plupart d’entre eux se retirent au sud de la frontière canado-américaine. J’ai bien dit la plupart, car certains individus décident que la saison entre Noël et le temps des sucres n’est pas si mauvaise que l’on prétend…

On les observe dès lors partout où le fort courant laisse une étendue d’eau libre. Comme l’archipel de Montréal est entouré de rapides, il est fréquent que l’on y voie des groupes plus ou moins nombreux de Colverts tout au long de l’hiver.

Canard noir (Photo: Jean Poitras)

Le Canard noir, quant à lui, suit le même style migratoire, mais il étend son territoire de nidification presque jusqu’à la pointe la plus septentrionale du Québec. Encore là, il n’est pas rare qu’on en observe certains en hiver dans les mêmes points d’eau libre que son cousin Colvert. Il faudrait dire proche cousin, car les deux espèces peuvent s’hybrider.

Sarcelle à ailes bleues (Photo: Jean Poitras)

La Sarcelle à ailes bleues et la Sarcelle d’hiver présentes sur le territoire québécois pour la période de reproduction, s’envolent vers le sud des États-Unis dès que l’automne colore les feuilles, et ne nous reviennent qu’en avril. Même la Sarcelle dite d’hiver, (anciennement nommée « à ailes vertes ») ne passe pas cette saison chez nous.

On l’a nommée ainsi parce qu’elle ne se pointe en France qu’à la saison froide, nichant dans les régions plus nordiques de l’Europe. Le climat étant différent ici par rapport à la France, le comportement migratoire de la Sarcelle d’hiver l’est aussi.

Canard pilet (Photo: Jean Poitras)

Le Canard pilet niche aussi sur la quasi-totalité du territoire québécois. Arrivé en avril, parfois en groupe de plusieurs milliers d’individus, il nous quitte à l’automne pour le sud des États-Unis et l’Amérique Centrale.

Le Canard branchu (ndlr: photo à la une) n’est pas vraiment un Canard barbotteur; bien qu’il s’alimente en surface, il ne bascule pas son corps comme les canards décrits plus haut. Présent dans le sud québécois pour y nicher, on a le plaisir de voir très fréquemment ce superbe canard le long des cours d’eau entourant Montréal. Le sud des États-Unis est sa destination hivernale et il nous revient assez tôt au printemps, fréquemment en mars.

Les Canards plongeurs

Comme leur nom l’indique, ils s’enfoncent complétement sous l’eau pour capturer leurs proies, poissons et crustacés. Leurs aires d’alimentation sont donc des étendues d’eau plus profondes que celles des Canards barbotteurs.

Fuligule à collier (Photo: Jean Poitras)

Les Fuligules qui nichent au Québec, tels le Fuligule à collier, le Fuligule milouinan et le Petit Fuligule, nichent et s’alimentent sur les lacs ou grands étangs. Le sud des États-Unis est leur refuge lorsque, comme disait le poète, « la neige a neigé et les étangs gisent gelés ». De même, ils nous reviennent plus tardivement que certains autres canards puisque ces mêmes étendues d’eau doivent être libres de glace.

Les Harles (autrefois appelés « Bec-scie ») nichent aussi près des lacs et étangs d’eau fraiche du paysage québécois. Tout comme le groupe précédent, on les retrouve en hiver au sud de la frontière, très souvent le long des côtes ayant une certaine préférence pour les eaux salines ou saumâtres. Le Grand harle, par contre, peut aussi s’observer le long du Saint-Laurent ou de ses affluents libres de glaces en hiver.

Les Plongeons et les Grèbes

Huard (Photo: Jean Poitras)

Le Plongeon huard est probablement l’oiseau aquatique le plus connu du Canada, puisque non seulement il nous sérénade l’été de son long cri plaintif, mais aussi il se retrouve sur nos pièces de 1 $.

C’est un Palmipède qui pêche en pourchassant ses proies sous l’eau des lacs de bonnes dimensions sur lesquels il passe la majeure partie de son temps. Il ne va à terre que pour faire son nid, le plus près possible du bord de son domaine aquatique. Lui aussi doit attendre que lacs et grands étangs soient dégelés avant de revenir de ses quartiers hivernaux. Ces derniers se concentrent surtout le long des côtes atlantique et pacifique et dans les états bordant le golfe du Mexique.

Le Grèbe à bec bigarré lui aussi pêche en plongeant et donc, lui aussi a besoin d’eau libre de glace pour séjourner chez nous. De plus petite taille que les plongeons, il a besoin de moins grandes surfaces pour s’établir lors de sa migration printanière qui se déroule généralement en avril. Il quitte le Québec en septembre ou octobre pour le sud des États-Unis. Fait à noter, il voyage de nuit.

Les Sternes

Oiseaux avec une longue queue fourchue, d’où leur surnom d’hirondelle de mer, on les voit virevolter au-dessus des plans d’eau et soudainement plonger pour capturer le poisson qu’ils ont repéré. Leurs longues ailes pointues sont bien adaptées pour le vol, car les Sternes passent la majeure partie de leur temps dans les airs.

La Sterne pierregarin est très commune dans la moitié sud du territoire québécois, notamment le long du Saint-

Sternes Pierregarin, un couple au repos – photo: J. Poitras

Laurent. Elle vit en colonies, bien que des cas de nidification isolée ne soient pas rares. La migration d’automne la mène jusqu’en Amérique Centrale ou dans le nord de l’Amérique du Sud d’où elle nous revient en avril ou en mai.

La Sterne arctique, moins répandue que la précédente, niche comme son nom l’indique sur le territoire nordique du Canada, les îles de l’Arctique, le long de la Baie James et de la côte de Terre-Neuve et Labrador.

C’est la championne de la migration saisonnière, parcourant jusqu’à 70 000 km par année en aller-retour de l’Arctique jusqu’en Antarctique. Ce vol ne se fait pas en ligne droite, mais bien en zigzag, la Sterne profitant des courants aériens au-dessus de l’océan Atlantique pour passer du Groenland à la côte africaine puis à la côte sud-américaine, jusqu’aux territoires bordant l’Antarctique.

La Guifette noire, plus petite que les deux autres, niche près des lacs ou étangs du sud du Canada et du nord des États-Unis. Comme la Sterne pierregarin, elle va hiverner en Amérique Centrale et au nord de l’Amérique du Sud. Ce trajet se fait par étapes et elle s’arrête souvent à un lac pour se nourrir.

À vos jumelles!

La force motrice majeure de la migration des Palmipèdes est l’alimentation. Les sources de nourriture, abondantes sur le territoire de nidification, se tarissent avec la venue du temps froid, forçant ces oiseaux à aller là où le garde-manger est plus garni. Par contre, le printemps venu, ils reviennent vers les lieux où ils peuvent s’installer à leur aise pour élever une nouvelle nichée d’oisillons.

Au moment de parution de cette édition du journaldesvoisins.com, le Mag (début avril), les Palmipèdes seront sur le point d’arriver; alors, à vos jumelles!

P.S. L’auteur de ces lignes a aperçu son premier vol de Bernaches de l’année, environ 50 à 60 oiseaux, le 15 mars dernier. Qui dit mieux?