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Exclusif au jdv: Fermeture du populaire Centre d'urgence Salaberry

Le ministre Barrette est intervenu trop tard

Publié le 18/09/2017
par Alain Martineau

Le ministre de la Santé Gaétan Barrette, lors de l’annonce faite le 21 juin 2016 de l’agrandissement du Centre hospitalier Sacré-Coeur. (Photo: archives jdv)

Québec a bel et bien proposé une solution de «dernière minute» pour éviter la fermeture du Centre d’urgence Salaberry, mais son intervention est arrivée beaucoup trop tard pour sauver l’établissement qui avait la cote auprès de la population de Bordeaux, de Cartierville et d’Ahuntsic.

C’est ce qui se dégage des communications entre le ministre de la Santé et des services sociaux, Gaétan Barrette, et la direction du Centre d’urgence, obtenues en exclusivité par journaldesvoisins.com.

Journaldesvoisins.com a pu mettre la main sur des documents échangés par les parties dans le dernier droit des pourparlers.

Il en ressort que Québec savait depuis un bon moment que la clinique s’approchait d’une fermeture si rien n’était fait pour l’épauler dans ses démarches de recrutement de jeunes médecins.

Le contenu des missives démontre aussi que la clinique localisée dans le centre commercial Les Galeries Normandie avait fait des pieds et des mains pour éviter sa fermeture dans un contexte où les médecins disponibles sont rares (ils doivent aussi composer avec les réformes du ministre Barrette) et qu’il y a, à l’instar de ce que l’on vit partout dans la société québécoise, des départs à la retraite compte tenu du vieillissement de la population.

Pour éviter que l’on mette la clé sous la porte, Gaétan Barrette était allé jusqu’à promettre une dérogation dans les politiques de son ministère afin de permettre à de nouveaux médecins de pratiquer immédiatement si la clinique, en contrepartie,  s’engageait à maintenir ses activités jusqu’au 1er septembre 2018.

Dans une lettre expédiée aux dirigeants de la clinique le 1er septembre (une dizaine de jours seulement avant la fermeture), le ministre s’engageait auprès des autorités médicales montréalaises à ce qu’un minimum de cinq places du territoire nord soient attribuées en priorité aux médecins qui iraient pratiquer à Salaberry.

Offre tardive

Mais la suggestion, complémentaire à ce qu’offraient déjà notre  CIUSSS (nord de Montréal) et les programmes du ministère, est arrivée beaucoup trop tard.

Le secrétaire pour les médecins du Centre, le docteur Claude Farah-Lajoie, a été très clair, dans une réponse émise le 5 septembre.

« C’est avec étonnement et stupéfaction que nous apprenons la soudaine concession que vous nous proposez dans votre lettre du 1er septembre », a indiqué d’entrée jeu le médecin qui était lui-même en poste les week-ends dans les derniers instants de la clinique.

Il a rappelé que, plus tôt dans l’année, il avait averti que quatre médecins réguliers étaient nécessaires avec l’exil de quatre jeunes (départs imputés aux réformes du ministre Barrette) et les retraites prochaines de médecins (plusieurs œuvrant à la clinique étaient à temps partiel en raison de leur âge).

L’avertissement avait été servi le 23 janvier 2017.

« Mais un seul PREM (Plan régional d’effectifs médicaux) a été délivré », a précisé le docteur, un mois plus tard.

La situation s’est donc envenimée dans les mois qui ont suivi.

A la fin juin, une autre missive était servie par le Centre d’urgence Salaberry aux autorités de la Santé.

Alors que le temps pressait, avec les vacances estivales en plus, la clinique insistait dans une autre alerte sur le fait que les médecins étaient devenus «essoufflés et épuisés» devant faire face, à la fois aux problèmes de recrutement et à la hausse du taux de fréquentation à la clinique.

Un conseiller de Gaétan Barrette aurait alors signé l’arrêt de mort de l’établissement de Bordeaux-Cartierville en disant tout simplement qu’il n’y avait pas de solution pour la clinique.

« Cette fin de non-recevoir, a alors exprimé le médecin du Centre d’urgence,  a fait précipiter la prise de décision de fermer notre clinique pour de bon, une décision prise à bout de souffle et à contrecœur », a-t-il vivement déploré.

Le ministre Barrette devait intervenir quelques jours avant la fermeture de la clinique mais il était trop tard.

Les médecins de l’endroit ont tenu à faire savoir qu’une clinique ne se ferme pas en criant ciseau. Déjà, le personnel, avec l’hypothèse d’une fermeture, avait commencé à chercher du boulot. Des médecins ont pris des engagements ailleurs, d’autres plus âgés pensaient à la retraite, et en plus, de l’équipement devait être vendu.

« Bref, a dit le docteur Farah-Lajoie au ministre Barrette, vous comprendrez que le processus de fermeture est trop avancé à ce stade pour que votre annonce à dix jours de la date de fermeture suffise à l’interrompre et la renverser. »

Pour ajouter au dossier, signalons que l’annonce du ministre du gouvernement Couillard survenait alors que le CIUSSS du Nord de Montréal préparait depuis un certain temps un plan de contingence en vue de la fermeture de Salaberry.

« À notre sens, cette directive reflète davantage l’acceptation de ladite fermeture plutôt qu’une intention réelle d’aider notre organisation à survivre», ont souligné les autorités du Centre d’urgence dans leur lettre au Ministre.

En fin de lettre, les dirigeants de la clinique signalent que la clinique aurait apprécié avoir l’offre surprise du ministre il y a plusieurs mois, et non pas dix jours avant la fermeture annoncée de la clinique, tout en avertissant que l’intention d’ajouter cinq PREM ne garantit pas l’ajout automatique d’un médecin.

Le Docteur Farah-Lajoie mentionnait qu’il n’était pas facile de trouver des médecins particulièrement début septembre alors que les nouveaux diplômés en médecine ont déjà trouvé leurs postes ailleurs.

« Cette conclusion nous laisse un goût amer et une profonde tristesse, a estimé le docteur Farah-Lajoie. Notre seul espoir est que la réorganisation du réseau de  la santé permette à la population de bénéficier de soins aussi accessibles et aussi appréciés que ceux que nous avons offerts sans relâche et sans interruption depuis 1977 ».

Reste à voir maintenant comment le ministère va se dépêtrer dans cette affaire alors que l’on a promis la lune aux Québécois relativement à l’accessibilité en matière de soins de santé.

Mais d’ici l’ouverture d’une autre clinique, les citoyens de l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville devront faire montre de patience. Avec la fermeture d’une clinique qui ratissait large, il y aura débordement ailleurs. Donc, plus d’attente…

Avec la collaboration de Christiane Dupont