On lui avait dit que ce n’était pas pour elle

L'avenir a souri à Laura Krystelle St-Onge avec l'aide des enseignants de l'école Félix-Antoine. Photo : Amine Esseghir / JDV

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À 24 ans, Laura Krystelle St-Onge est une combattante. Elle a dû affronter ses obstacles personnels avant de faire face aux a priori et enfin décrocher son diplôme de cinquième secondaire. Son passage par une école très particulière, Félix-Antoine, à Ahuntsic, a changé sa vie.

L’avenir a souri à Laura Krystelle St-Onge avec l’aide des enseignants de l’école Félix-Antoine. Photo : Amine Esseghir / JDV

Depuis son enfance, Laura a vécu avec des difficultés d’apprentissage, notamment une dyslexie visuospatiale, une dyspraxie et un trouble du langage. Elle a ainsi grandi avec un sentiment d’incompétence, et son avenir, loin d’être radieux, semblait écrit d’avance.

« Quand j’étais au primaire, on a dit à ma mère que je ne serais pas capable de faire la deuxième année », raconte-t-elle. Sa mère n’a pas accepté ce verdict. Semaine après semaine, elle l’emmenait chez des orthopédagogues et des orthophonistes. Un entêtement qui a aidé Laura à croire d’abord en ses capacités.

Elle a pu terminer son primaire et, à l’adolescence, sa mère l’a inscrite dans une école pour élèves en grande difficulté dans l’ouest de l’île. Elle a redoublé deux fois sa première secondaire. À 12 ans, on l’orientait vers une formation aux métiers semi-spécialisés pour devenir aide-pâtissière. Un emploi qu’elle a détesté deux ans durant. « Ils m’avaient dit que c’était dur et que je ne serais pas capable de finir mon secondaire », dit-elle en entrevue avec le Journal des voisins (JDV).

L’école de la seconde chance

Puis son inscription à l’école Félix-Antoine a complètement changé les pronostics. C’est une amie qui lui a parlé de cet établissement particulier, et Laura a su, presque instantanément, que c’était là qu’elle devait se trouver.

Mélanie Chartrand, animatrice et intervenante psychosociale, a reçu Laura sur place. « Je criais de joie quand elle m’a dit qu’elle allait faire les démarches pour que je vienne ici », se souvient-elle. C’est en larmes qu’elle a appelé sa mère pour lui annoncer la nouvelle.

Dans cette école portée à bout de bras par des bénévoles, les enseignants ont la particularité de ne jamais lâcher un élève. En un an, Laura a pu terminer les niveaux 4 et 5 en français et en anglais enrichi. « Elle avait appris des choses ailleurs qu’à l’école. Nous avons fait de la reconnaissance d’acquis », souligne Vanessa Lemire, directrice de l’école.

Elle s’est ensuite attaquée aux mathématiques de quatrième secondaire, un exploit pour quelqu’un avec ses difficultés visuospatiales. « Mon arrivée en maths de quatrième constituait un gros casse-tête. C’était vraiment énorme. Même Vanessa l’a vu au début. Je ne comprenais rien », se rappelle Laura.

S’ajuster à tous

En fait, il a suffi que Laura parle de ses troubles pour que l’école adapte ses méthodes. Rien ne semblait rebuter les enseignants : explications répétées, mots simples, attention particulière aux causes et aux conséquences. Tout ce qui lui avait toujours manqué.

Laura avait beaucoup d’éléments contre elle. Outre ses difficultés d’apprentissage multiples, elle avait un parcours familial difficile et un historique scolaire qui ressemblait à une suite d’échecs. « Elle n’avait rien quand elle est arrivée. Son dossier était vide. Elle avait fait un peu de première et deuxième secondaire, mais il lui manquait beaucoup de choses », relève Mme Lemire.

À Félix-Antoine, cette école de petite taille, on croise des élèves de 18 ans et plus que personne n’oblige à être en classe. Certains travaillent la nuit. D’autres accompagnent leurs parents immigrants à des rendez-vous administratifs. Plusieurs élèves ont déjà des enfants. L’adaptation est le maître mot.

Le système d’éducation des adultes classique, trop rigide, offre peu d’accommodements et beaucoup trop de contraintes pour ces vies. « On a des enseignants responsables de matière, puis on a des bénévoles qui sont parfois enseignants et qui font du tutorat. Ils peuvent accompagner, soutenir certains élèves qui ont plus de difficultés, toujours supervisés par l’enseignant, et ça fonctionne pour la majorité », confie la directrice de l’école Félix-Antoine.

Entre les cours, Laura avait aussi commencé à esquisser son rêve. Elle voulait travailler auprès de personnes atteintes de troubles du spectre de l’autisme et de déficiences intellectuelles. Un domaine qui serait trop difficile pour elle, lui avait-on souvent répété en dehors de l’école Félix-Antoine.

Laura s’est entêtée et sa ténacité a porté fruit. Elle travaille maintenant comme commis aux élèves handicapés dans une école publique, auprès d’enfants et d’adolescents avec TSA, déficiences intellectuelles et handicaps physiques.

Cet été, elle a travaillé dans un camp de jour pour enfants en difficulté. Elle détient déjà un diplôme en animation, et elle vient de décrocher son cinquième secondaire. Il y a quatre ans, elle n’aurait jamais pu se projeter aussi loin.

 

Cet article a été publié dans la version papier du JDV du mois d’août 2026.

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