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Qu’est-ce qui cloche avec les boîtes de dons?

Publié le 12/03/2019
par Alain Martineau

Boîte de dons de la Fondation des Grands Frères et Grandes Sœurs de Montréal. De facture plus contemporaine que d’autres, ce conteneur est semi-enfoui (six pieds sous terre). Mais malgré tout, on peut s’emparer d’un sac de dons et même entrer (quoique difficilement) dans la boîte si on est petit ou maigre. Mais à vos risques et périls… (Photo: jdv A. Martineau)

Des incidents malheureux survenus avec les boîtes de dons au Canada anglais, dont des décès, incitent certaines associations de bienfaisance à Montréal –dont dans Ahuntsic-Cartierville– à revoir quelque peu leur pratique; ouvertures des boîtes modifiées, mais surtout avertissements bien affichés sur les bacs géants.

Dans le cas d’une association, on compte limiter l’ouverture des gros bacs de récupération (appelés aussi cloches ou conteneurs), que l’on voit surtout près des marchés; on compte ainsi dissuader certaines personnes de s’y faufiler pour voler des vêtements ou autres objets déposés pour aider une bonne cause. Mais le but principal est d’éviter de mettre leur vie en danger.

Les incidents sont plutôt rares ici si l’on se fie au coup de sonde donnée auprès de plusieurs groupes de bienfaisance, mais hors Québec, au moins huit décès ont été constatés depuis 2015, dont deux en huit jours en début d’année.

Un gros fabricant nord-américain, RangeView Fabricating, d’Hamilton, a indiqué que l’objectif est désormais de modifier les boîtes ou conteneurs existants afin d’améliorer leur sécurité. Il a aussi cessé de produire les modèles des boîtes «dangereuses» faites en métal.

Les bacs problématiques sont ceux de type «boîte aux lettres». L’ouverture de ces boîtes est faite de façon à ce que les voleurs ne puissent avoir accès au contenu. Mais une personne (petite ou maigre) peut pénétrer de force dans l’enceinte.

Des experts travaillent sur un nouveau concept en misant toujours sur l’objectif de se mettre à l’abri des vols.

Montréal-peu touchée

Boîte de dons, rue St-Urbain, près de Port-Royal. (À la une: sur Meunier, au coin de Sauvé)

À Montréal, le nombre de boîtes appelé à être légèrement modifiés est quand même limité si l’on se fie aux propos recueillis auprès de cinq organismes de bienfaisance qui collectent les vêtements, pour les revendre via des comptoirs comme Village des valeurs, afin de s’autofinancer. Une fois les objets vendus, les gains servent à soutenir les diverses missions des organismes.

C’est le cas par exemple pour la Fondation québécoise de la déficience intellectuelle (Groupe Le Support) dont le mandat est d’appuyer l’intégration et l’amélioration de la qualité de vie des personnes présentant une déficience intellectuelle.

L’organisme compte, dans la grande région de Montréal, plus de 200 boîtes de récupération,  fabriquées tout près de son siège social dans Saint-Léonard. Mais seulement «quelques bacs» posent problèmes, a indiqué son directeur général Philippe Siebes.

« Ce sont des boîtes particulières qui nous causent des problèmes. Nous n’en avons que sept sur 213 dans la grande région de Montréal qui sont problématiques. On est en train d’ajouter un dispositif à l’entrée pour limiter davantage l’ouverture et mettre une signalisation comme quoi il est interdit de tenter de prendre des objets. Mais signalons qu’il n’y a jamais eu d’incidents aussi malheureux que les deux qui sont survenus en début d’année », a-t-il avancé.

Un autre «gros joueur» dans la région métropolitaine est la  Fondation des Grands Frères et Grandes Sœurs de Montréal. L’organisme offre un programme de mentorat pour les 6 à 15 ans.

Le groupe, qui passe aussi par le Village des Valeurs, a pour sa part plus de 75 bacs de récupération dans la région, surtout près des supermarchés Maxi. On en trouve aussi un à côté du Marché Métro (au coin des rues Fleury et Garnier).

Mais comme l’a expliqué Jean Laberge le directeur-général  de la Fondation, les boîtes de dons de son association sont semi-enfouies et faites de plastique rigide.

« Nous sommes les premiers à utiliser cette technologie finlandaise. Mais ces modules ne nous mettent pas à l’abri des vols. Et il est déjà arrivé qu’une personne y soit entrée. C’est difficile pour en sortir. Il faut s’assurer que la personne (NDLR : qui veut commettre un impair) ne se blesse pas ».

Au printemps, le groupe posera aussi des affiches sur ses boîtes en indiquant clairement qu’il y a des risques de danger pour les personnes aventureuses.

Pas d’inquiétude

Du côté d’Entraide diabétique du Québec, dont les profits obtenus par la vente sont versés à Diabète Québec, le groupe a  des bacs de récupération déposés surtout près des quincailleries, et supermarchés. Mais il n’y pas lieu de s’inquiéter.

« Nos boîtes de dons ne permettent pas à une personne ne pouvoir s’insérer à l’intérieur », nous a dit Chantale Desrosiers, sa directrice générale.

Fait à signaler, Entraide diabétique du Québec n’a plus de boîtes  dans l’île de Montréal, blâmant les règlements des arrondissements et des municipalités.

Une des dernières boîtes que possédait le groupe se trouvait au YMCA de Cartierville. Mais un coup de fil à l’organisme du boulevard Laurentien nous a permis d’apprendre que la vieille institution en a une seule, au centre-ville. Les dons sont refilés aux nouveaux arrivants.

Enfin, le très connu groupe Renaissance, possède surtout des centres de don, donc des locaux plutôt grands pour recevoir une panoplie de vêtements et objets variés.

Dans Ahuntsic-Cartierville, on trouve des centres de récupération (l’un sur la rue Fleury est entre Papineau et Saint-Michel et un autre au 9105 Lajeunesse) ou de vente (notamment aux Galeries Normandie)  dont un, en fait une librairie localisée au 1499 Fleury, se spécialisant dans la vente de  livres d’occasion, de disques compacts ou en vinyle, de cassettes et de DVD.

Mais Renaissance, qui a le mandat de soutenir les programmes de réinsertion en emploi, a quelques boîtes de dons dans la grande région de Montréal dont une se trouvant aux Jardins Millen (10800, avenue Millen, à côté du supermarché).

Combats continuels

Les organismes de bienfaisance ne sont pas au bout de leurs peines.

Qui ne se souvient pas du scandale des «fausses fondations» qui faisaient dans la collecte illégale. Malheureusement, malgré le fait que l’on a levé un drapeau rouge, des groupes qui n’ont rien à voir avec la charité sont encore dans le décor urbain.

Dans certains endroits, on parle de laxisme des autorités, à commencer par les arrondissements ou villes.

« On tolère encore des boîtes illégales ou on intervient sur le tard pour stopper les faux collecteurs. Les inspecteurs collent un avis ou une amende mais rien ne les arrête  », nous a confié un intervenant au sein d’un organisme.

Parallèlement, les arrondissements ou villes de la région métropolitaine ont limité le nombre de bacs de collecte et ils encadré leur localisation. Ainsi, on les trouve surtout près des marchés d’alimentation ou gros commerces, faisant entre 10 000 et 20 000 pieds carrés par exemple.

Dans l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville, les conteneurs ne sont permis que dans les cours latérales ou arrières des lots privés, a indiqué au jdv l’une des porte-paroles aux communications, Marlène Ouellet

« Nous envoyons des avis d’infraction pour les installations dérogatoires, de préciser Mme Ouellet. Ils ne sont pas autorisés sur le domaine public de la Ville de Montréal.  Les conteneurs installés sur le domaine public sans autorisation sont retirés par la Ville ».

Mais encore là, du côté des associations, on déplore qu’il y ait encore trop de ces boîtes illégales (terrains privés) dont les proprios anonymes semblent faire la pluie et le beau temps.

« Même dans Ahuntsic, a confié un directeur de fondation, vous en avez. Regarder sur les rues Meilleur ou Port-Royal. Même avec un avertissement, ils se déplacent… ».

Et l’arrondissement joue un rôle limité au sujet des boîtes.

« Nous gérons l’emplacement des conteneurs eux-mêmes. Les inscriptions sur les installations de même que les groupes qui sollicitent les dons ne sont pas couverts par la réglementation d’urbanisme », a déclaré la porte-parole de l’arrondissement.

Alors que certains s’interrogent sur la fabrication, la forme et la qualité des gros bacs, il n’y a pas de normes et caractéristiques particulières à respecter.

« Cet aspect n’est pas pris en charge par la réglementation », a confirmé l’arrondissement.

Les organismes de bienfaisance ou d’aide doivent aussi composer avec une période difficile, l’hiver, encore plus cette année.

L’accès est moins évident avec les bancs de neige et de glace ceinturant les bacs.

Heureusement, les associations ont mis en place, pour la plupart, des équipes qui vont cueillir les dons à domicile, afin de limiter les dégâts.

Comme prévu, les organismes rappellent l’importance de l’utilisation maximale des vêtements et linge de toutes sortes : un vêtement en fibres synthétiques (on y trouve plusieurs  composantes de pétrole) peut prendre jusqu’à 400 ans à se dégrader…