Des archéologues ont mené récemment une campagne de fouilles dans un ancien cimetière qui jouxtait l’église de la Visitation, à Ahuntsic.
C’est Isabelle Ribot, professeure agrégée au Département d’anthropologie de l’Université de Montréal, qui a dirigé les travaux. Ils ont débuté le 4 mai pour une durée de trois semaines.
Le site abrite un cimetière catholique qui fut en activité durant un peu plus d’un siècle. Il daterait de 1750 — époque de la construction de l’église — jusqu’en 1877. Les tombes qui y sont exhumées aujourd’hui datent probablement de la seconde moitié du 19e siècle.
La chercheuse y a identifié notamment trois sépultures, dont celle d’un enfant âgé de sept à huit ans. La tombe de ce dernier présentait de nombreuses décorations, suggérant une forte charge émotionnelle au moment de l’inhumation.
« La tombe de l’enfant nous a un peu surpris parce qu’elle n’est même pas à un mètre [de la surface] », indique Mme Ribot.
On y observe une inhumation dans le strict respect des rituels catholiques liés à la résurrection. Les corps étaient orientés vers l’ouest avec les pieds vers l’est, les bras croisés, le visage tourné légèrement vers le sud.

Des restes riches
Malgré le temps passé sous terre, les squelettes sont étonnamment bien conservés. Les archéologues ont retrouvé des fragments de tissus, des fibres, ainsi que des médailles et des broches, mais aussi des cheveux. La nature du sol, peu acide, aurait grandement favorisé cette préservation.
« Les cheveux, en fait, sont très utiles aussi en sciences parce que ça renseigne vraiment sur ce que vous mangez, mais aussi sur le lieu où vous habitez », souligne Mme Ribot.
En l’absence de pierres tombales et d’archives — malgré une étroite collaboration avec la paroisse de l’église de la Visitation —, ces tombes demeurent « anonymes ».
Sur le terrain, les excavations s’effectuent en paliers afin d’assurer une bonne sécurité stratigraphique. Au-delà des ossements, l’équipe récupère divers objets funéraires. De la quincaillerie (poignées, clous) et des appliques décoratives en losange.
Ces objets aident à dater les découvertes, grâce aux catalogues illustrant l’essor de l’industrie funéraire de l’époque. Des fragments de bois, des boutons de vêtements et même des morceaux de verre — provenant de la petite fenêtre jadis incrustée sur les cercueils — ont été mis au jour.
Puisque l’on exhume des ossements, la chercheuse privilégie le terme de bioarchéologie.
« C’est l’étude des restes humains en contexte archéologique », explique-t-elle simplement.
C’est dans ce cadre qu’est menée cette première campagne avec une école de fouilles étudiante.
« La bioarchéologie s’applique davantage aux périodes plus récentes où les restes sont souvent plus complets », souligne-t-elle.
En 2025, la chercheuse avait travaillé sur le site avec des sondages exploratoires, notamment au moyen de méthodes non destructives, comme le géoradar.
« C’est sûr que l’année dernière, c’était juste pour identifier s’il y avait des sépultures en place pour pouvoir après l’année prochaine les fouiller, les analyser avec les étudiants », relève Mme Ribot.
Des traces du Fort Lorette ?
On sait que l’histoire des lieux remonte bien au-delà du 19e siècle. La scientifique assure que le cimetière a été établi sur des sols déjà occupés.
Le site côtoyait également l’ancien Fort Lorette avec une présence autochtone huronne-wendate. La présence dans les remblais de bagues de jésuites, de perles d’importation et de perles autochtones en témoigne.
Cette proximité suppose-t-elle l’existence d’un autre cimetière, autochtone cette fois, lié à cette mission et que d’autres archéologues recherchent.
« Pour l’instant, on ne peut pas faire de lien. Mais c’est sûr que ce cimetière était entouré d’un mur », répond Mme Ribot.

En savoir plus
Après une année de travail en laboratoire pour effectuer des analyses isotopiques et génétiques, les restes seront réinhumés par respect pour les défunts.
Le public pourra toutefois en apprendre davantage sur ces recherches.
« On a déjà prévu une conférence publique. En septembre dans le cadre des festivités des 300e », conclut Mme Ribot.
Cette année, la Société d’histoire d’Ahuntsic-Cartierville célèbre, dans le Sault-au-Récollet, trois anniversaires importants : les 330 ans du site archéologique de Fort-Lorette, le 300e anniversaire du site des Moulins et les 275 ans de l’église de la Visitation.
Une belle occasion de redonner, l’espace d’un instant, une mémoire à ces sépultures oubliées.











