Lyne Gratton, Charlotte Legault et Jacques Gratton, de Quilles G plus à Cartierville. (Photo: François Robert-Durand, JDV)

La chaîne Quilles G plus est l’une des rares familles de salles de quilles à subsister, malgré les coups durs amenés sur l’industrie des quilles par la pandémie de COVID-19.

Nombreux sont les propriétaires qui ont en effet dû mettre la clé sous la porte, face aux contraintes financières imposées par leur fermeture lors du confinement.

1957. L’heure des quilles est LE rendez-vous du dimanche après-midi sur Radio Canada. C’est l’âge d’or des salles de quilles, pour lesquelles l’émission crée un réel engouement auprès des Québécois. Si l’industrie connaît une chute d’intérêt dans les années 1960,  la fréquentation des salles de quilles explose à la fin des années 1980 avec la culture des arcades et de l’amusement.

À Cartierville, à deux pas du parc Belmont, c’est à la salle Quilles G plus (auparavant connue comme le Spot, ou Spot Bowling, depuis 1971) que les badauds se pointent après quelques tours de manèges. À l’époque, de nombreux autobus passent encore par le quartier et y déposent les férus des ligues paroissiales de quilles, mais aussi les personnes âgées en quête d’amusement, juste devant le Quilles G plus Spot.

Aujourd’hui, la réorganisation des transports en commun et l’arrivée dans le quartier de nombreuses communautés culturelles ont changé la donne pour la famille Gratton, qui s’adapte alors à son nouveau marché. Forte de sept salles de quilles, elle constitue la seule famille au Québec à assurer encore un tel empire.

Les frères Gratton

Tout commence en 1969 avec trois frères: Claude, André et Jacques Gratton. Alors qu’ils plantent les quilles à la salle Alouette (située rue Ontario Est), une occasion d’affaires se présente à eux lorsque le propriétaire cherche à la vendre à la fin des années 1960. Les frères, alors propriétaires d’une petite imprimerie, sont en quête d’un domaine plus lucratif et décident de se lancer dans l’aventure des quilles.

S’ensuit la montée d’un empire à la sauce Gratton, avec l’acquisition de six salles de quilles que les frères se partagent lors de leurs 12 années de partenariat. À leur séparation en 1981, Jacques Gratton récupère le Spot (Cartierville), le Bowl-O-Way (désormais appelé Le Forum, dans Rosemont), ainsi que deux salles qui sont aujourd’hui fermées.

Jacques Gratton ouvre ensuite deux salles Quilles G plus, une à Repentigny (avec 44 allées) et une à Lasalle (42 allées). En 1988, il fait également l’acquisition de la plus grande salle du pays (à ce jour), le Rose Bowl. Quilles G plus ouvre enfin ses deux dernières succursales en 1992: le Banantyne (Verdun) et le Mascouche (Rive-Nord-Est).

Une industrie touchée par la pandémie

Le 30 avril (2023), le Centre de Quilles 440 (à Laval) fermait boutique à l’instar de nombreuses autres salles de quilles, n’ayant pas survécu aux contraintes financières découlant de la pandémie (lorsqu’elles pouvaient ouvrir, ces salles ne tournaient en effet qu’à 50 %). Situé de l’autre côté du pont Lachapelle, le Quilles G plus Spot de Cartierville récupère sa clientèle.

En cause: le prix du pied carré, qui n’a cessé d’augmenter, vient affecter la rentabilité de ces commerces qui, pour la plupart, louent leur espace. Ceux-ci doivent aussi assumer la maintenance de leurs équipements, rendus plus onéreux face à la réduction des salles de quilles et donc de la demande. Bien souvent, l’addition est trop salée.

Pour Lyne Gratton, c’est bien le fait qu’ils soient propriétaires qui leur a sauvé la mise: «On bénéficie de longues années de sagesse, parce qu’on est installés dans nos bâtisses et qu’on a fait tous les paiements comme il faut. Les subventions du gouvernement nous ont aussi bien soutenus», témoigne la fille du magnat des salles de quilles. Elle assure qu’une nouvelle acquisition serait impossible à l’heure actuelle en vue des prix du marché.

Les propriétaires de salles de quilles se frottent aussi bien souvent à l’intérêt de vendre leur emplacement aux promoteurs immobiliers ou aux grosses entreprises, dans le but de raser le terrain et y construire des condos ou encore une pharmacie Jean Coutu, par exemple.

Le premier étage des Quilles G Plus, dans Cartierville, est prisé par les aînés qui vivent dans les environs. (Photo: François Robert-Durand, JDV)

S’adapter à son marché

Quilles G plus, depuis de nombreuses décennies, s’est doté d’une recette marketing calquée sur son époque (des arcades ont été mises en place dans les salles de quilles dans les années 1990 et 2000, par exemple) et sur la récolte totale des bénéfices: de la machine à gomme aux appareils d’amusement, tout leur appartient. Les revenus arrivent ainsi directement dans leurs poches.

Aujourd’hui, Jacques Gratton passe doucement le flambeau à sa fille Lyne et à sa petite-fille, Charlotte Legault. Celles-ci veulent adapter leur offre à la nouvelle population de Cartierville, mais aussi à leur époque, notamment par la mise en place d’allées de grosses quilles:

«Les petites quilles, c’est purement québécois. […] Les grosses quilles, c’est un peu plus spectaculaire et ça va aller chercher ceux qu’on appelle les milléniaux. Mais c’est aussi mondial: que tu viennes du Sénégal, de la France ou de l’Asie…tu les connais», admet Lyne Gratton.

Elle ajoute qu’elle est tombée dans la «potion magique» depuis l’âge de neuf ans, et qu’elle travaille avec son père dans les quilles depuis 1988.

Pour Jacques Gratton, la relève est ainsi assurée pour Quilles G plus: «Elles connaissent leur affaire. Lyne y a passé sa vie. Et ma petite-fille, elle a du talent comme sa mère, mais un peu aussi comme son grand-père», confie-t-il au Journal des voisins.

L’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville accueille une autre salle de quilles, la Salle de quilles Fleury, qui comporte 32 allées de petites quilles. Détenue par Quilles JGNC, qui possède également le Centre de quilles Moderne (dans l’est de Montréal, quartier Viauville), la salle de quilles a su également faire face aux enjeux de la pandémie et se porte bien.



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