Dès les premières lignes de son roman, Voyons Dany, me niaises-tu ?, Christian Lemay place les lecteurs au cœur d’Ahuntsic, où se déroule l’histoire de Jean, le personnage principal de son livre, paru le 7 octobre 2026.
Pour découvrir ce qui a inspiré ce récit fictif, le Journal des voisins a rencontré M. Lemay dans un café de la rue Fleury. La conversation a porté sur l’écriture, le cinéma, ses motivations et son quotidien. Mais dans une pratique où la page blanche permet à l’écrivain d’emmener ses lecteurs dans le cadre qu’il souhaite, une question clé s’impose : pourquoi Christian Lemay a-t-il choisi de rester à Ahuntsic ?
Ahuntsic et le quotidien
Jean découvre des annotations manuscrites dans un livre de Dany Laferrière. Intrigué, il part à la recherche de la personne qui les a écrites. Lemay décrit son protagoniste comme un « homme blanc hétérosexuel » dans la cinquantaine, avec deux enfants. « Il n’y a rien de plus extraordinairement banal que cela », lance-t-il. Il insiste sur la simplicité de l’histoire et explique qu’il ne voulait pas créer de décalage entre le décor et la vie de son personnage. Même dans la fiction, il a donc choisi de rester en terrain connu : Ahuntsic.

Une ressemblance se dessine alors entre la vie de Jean et celle de son créateur. Lemay habite le secteur depuis 2008. Il raconte y avoir trouvé une vie de quartier où il peut sortir de chez lui et aller chercher son souper à l’épicerie en une quinzaine de minutes ; une frugalité du quotidien qui lui plaît. De cette similitude naît une question : « Jean est-il votre double ? » Il marque une pause. « Jean me ressemble beaucoup, répond-il, mais aucun des incidents racontés ne m’est arrivé. » Dans ses pages, les lieux sont réels, les événements sont fictifs.
L’annotation, une pratique personnelle
Contrairement à l’idée évoquée par Dany Laferrière dans son ouvrage Journal d’un écrivain en pyjama, selon laquelle certains auteurs ne lisent pas, la lecture est importante pour Christian Lemay. Face à cette constatation, Lemay raconte que son réflexe a été d’écrire un commentaire désobligeant à Laferrière : « Voyons Dany, me niaises-tu ? », d’où le titre du livre. Pour lui, les annotations créent un rapprochement avec un livre, qui « nous fait vivre certaines émotions ». L’auteur décrit les annotations comme une façon de laisser des traces auxquelles on peut revenir quelques années plus tard, pour réfléchir à ce que l’on pensait à ce moment-là, mais aussi pour retrouver les émotions ressenties à la lecture.
Ce rapport aux livres ne se limite pas aux annotations. Il se retrouve aussi dans les histoires qui nourrissent son imaginaire. « J’aime beaucoup les livres et les films qui portent sur le fait de raconter une histoire », dit-il. Lemay a grandi avec la télévision et le cinéma. Durant son adolescence, aller louer un film dans un club vidéo était un événement pour lui. « Je ne me souviens pas de ne pas avoir aimé les jeux ni le cinéma. C’est quelque chose qui demeure toujours », confie-t-il.
Auteur aux multiples casquettes
Raconter une histoire rejoint aussi le parcours atypique de Christian Lemay. Tombé amoureux de la littérature dès le secondaire en apprenant et en récitant des poèmes, il poursuit des études dans ce domaine jusqu’à la maîtrise, dont une partie est consacrée à la création littéraire. Il enseigne ensuite la littérature à Sherbrooke, tout en développant une maison d’édition de jeux de société. Lorsque l’entreprise prend de l’ampleur, il quitte l’enseignement et déménage à Montréal pour devenir éditeur à temps plein. L’écriture reste présente dans son travail, notamment à travers la rédaction de règles de jeux, mais pas encore l’écriture créative. « J’étais un bon sprinteur et non pas un coureur de fond. Mais, en vieillissant, je me suis mis à aimer la course d’endurance », dit-il pour décrire son passage vers le roman. Aujourd’hui, Christian Lemay enseigne le design de jeux de société à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Pour achever ce roman, il se met alors à écrire chaque matin, jusqu’au jour où une phrase met spontanément fin au roman. « Je me suis reculé sur ma chaise. […] C’est fini. Je ne voyais plus ce que je pouvais rajouter. »

S’il faut chercher un lien entre toutes ces facettes de son parcours, Lemay le trouve dans sa passion pour raconter des histoires. « C’est tellement proche comme façon d’être en contact avec un autre humain, de se raconter des histoires […] cela crée une proximité, comme un peu de s’amuser à un jeu de société ensemble aussi. »









