Sur Chabanel, les Mémés déchaînées et les Mères au front luttent pour les générations futures

Ranging Grannies chantent sur la Rue Chabanel. Photo: Pamela Nassour/JDV

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De loin, elles ressemblaient à de vieilles dames vêtues de jupes colorées et coiffées de chapeaux extravagants, chantant en un jeudi après-midi. Il ne fallait pas longtemps pour remarquer leurs pancartes : « Non aux oléoducs, oui à l’environnement, oui aux peuples indigènes, oui à nos enfants ».
Ce qui semblait être un groupe de femmes à la voix forte, simplement réunies pour chanter, s’est révélé être une manifestation devant le bureau de la députée fédérale d’Ahuntsic-Cartierville, Mélanie Joly, sur la rue Chabanel. Organisée conjointement par les Mémés déchaînées (Raging grannies) et Mères Au Front, l’action a surtout été portée, sur le terrain, par les chansons des Mémés déchaînées .

Derrière ces airs entraînants se cachait un collectif de femmes militantes. En reprenant des mélodies bien connues auxquelles elles adaptent de nouvelles paroles, les Mémés déchaînées transforment le chant en outil de revendication tout en détournant avec humour les clichés associés au grand âge.

 

À gauche, Gerald Rowe, professeur associé à INRS. Photo: Pamela Nassour/JDV
À gauche, Gerald Rowe, professeur associé à INRS. Photo : Pamela Nassour/JDV

Une seule présence masculine se distinguait parmi les manifestantes : Gerald Rowe, professeur associé en biochimie microbienne à l’INRS. En arrière-plan, les Mémés déchaînées chantaient : « Madame Joly, nous sommes ici, pour vous demander de dire oui aux éoliennes et aux panneaux solaires, et à un réseau d’électricité », au rythme de When the Saints Go Marching In. En avant-plan et assis sur un banc à quelques mètres de là, Gerald Rowe expliquait au Journal des voisins, avec une rigueur scientifique, les préoccupations à l’origine de leur mobilisation. « Le gouvernement ne nous écoute pas. Il fait fi des données scientifiques sur l’environnement et privilégie les intérêts de l’élite capitaliste », affirme Gerald Rowe. À ses yeux, la vague de chaleur qui frappe actuellement l’Europe illustre les effets déjà visibles du réchauffement climatique. Il rappelle que la planète a déjà franchi le seuil d’un réchauffement d’environ 1,5 °C et estime qu’elle se dirige vers un réchauffement de 2 °C si les émissions de gaz à effet de serre ne diminuent pas. Selon lui, réduire rapidement le recours aux énergies fossiles demeure la mesure la plus urgente pour limiter les conséquences du réchauffement climatique. « Nous sommes assis sur une bombe à retardement », conclut-il.

Entre deux chansons, Laura Urtnowski, une entrepreneure aujourd’hui retraitées, résume les motivations du groupe. « On ne parle pas assez des changements climatiques. Ils sont passés à l’arrière-plan, mais nous croyons que c’est ce qui menace davantage notre sécurité que les guerres, ici, au Canada », affirme-t-elle. Elle dénonce également l’entente conclue avec la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, pour la construction d’un nouvel oléoduc. « Nous sommes contre cette entente, financée avec l’argent de nos taxes », ajoute-t-elle. 

Pour Berta Small, médecin de famille retraitée de 75 ans et aujourd’hui grand-mère, l’engagement auprès des Mémés déchaînées s’est imposé au fil des années. Elle explique que le fait de devenir grand-mère a marqué un tournant dans sa prise de conscience : le monde laissé aux prochaines générations ne sera peut-être pas meilleur que celui dont elle a hérité. « Il suffit de regarder les nouvelles sur les feux de forêt, les vagues de chaleur, les inondations, le nombre croissant de tempêtes violentes et la montée du niveau des océans. Il y a tellement de preuves de ce que nous faisons. C’est impossible à ignorer. Et pourtant, les personnes qui prennent les grandes décisions semblent ne penser qu’à la prochaine élection », affirme-t-elle. Selon Berta Small, cette vision à court terme empêche les décideurs de poser des gestes nécessaires. « Pour des raisons qui m’échappent, ils ne semblent pas capables de penser plus loin. Ils ne peuvent donc pas, à mon avis, prendre des décisions raisonnables, qui ne plairont peut-être pas aux gens d’affaires dans la prochaine année, mais qui sont vraiment importantes pour nos petits-enfants », ajoute-t-elle.

Une des pancartes portées par les manifestantes. Photo: Pamela Nassour/JDV
Une des pancartes portées par les manifestantes. Photo : Pamela Nassour/JDV

Au fil de la manifestation, les Mémés déchaînées ont également repris Hallelujah de Leonard Cohen en y adaptant les paroles. « Il faut stopper l’industrie pétrolière, qui pollue notre Terre et notre atmosphère. Il faut le faire comprendre à Ottawa. Nous ne resterons pas inactifs. L’enjeu est beaucoup trop massif. Il faut agir dès maintenant… Hallelujah. »
Les mélodies étaient familières, mais les paroles racontaient une tout autre histoire; celle d’une génération qui chante pour celle qui lui succédera.

 

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