Élise Leïzour, résidente d’Ahuntsic, a organisé une visite de son poulailler urbain. (Photo: François Robert-Durand, JDV)

Élise Leïzour est parvenue à faire avancer la législation sur les poulaillers urbains, en motivant assez de résidents à participer à l’aventure. Dans l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville, les poulaillers étaient jusqu’à présent tolérés sous l’égide d’un projet pilote, à l’arrêt depuis décembre 2022.

Un projet pilote de poulaillers urbains avait été lancé dans Ahuntsic-Cartierville à l’automne 2021, offrant des poules à plusieurs foyers de l’arrondissement. Sous l’égide de Ville en vert, il avait abouti à un arrêt total près d’un an plus tard.

En cause: l’ensemble des poules du poulailler de l’organisme avaient péri des suites de maladies ou d’attaques d’animaux sauvages.

Christophe Derrien, directeur général actuel de Ville en vert, a confié au Journal des Voisins (JDV) que «les poules ne [s’étaient] pas bien adaptées à leur environnement» et que l’équipe en place à l’époque avait tenté de les soigner, mais que cela n’avait pas suffi.

De nombreux facteurs, tels que le risque de transmission de maladies, sont venus affecter les quelques projets pilotes de poulaillers à travers l’île de Montréal. À l’instar de Rosemont–La Petite-Patrie, Ahuntsic-Cartierville n’avait plus que toléré (de façon exceptionnelle) les poulaillers, en vertu d’une ordonnance.

Volonté citoyenne

Élise Leïzour, résidente d’Ahuntsic, est toutefois convaincue qu’en respectant la réglementation et avec les bons gestes, avoir des poules dans sa cour est plus que réalisable.

En 2021, Élise avait reçu ses quatre poules par le projet pilote de l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville, qui compte aujourd’hui le plus grand nombre de poulaillers sur l’île. Dans sa cour, les volatiles se portent toujours bien après leur premier hiver.

Séduite par les récoltes quotidiennes de son poulailler et de son potager, qui fonctionnent de pair, Élise organise alors le 31 mai dernier une visite de sa cour. De nombreux résidents de l’arrondissement viennent alors découvrir le concept et s’intéressent à acquérir leurs propres poules.

Questionnée en mai par le JDV quant à l’arrêt du projet pilote, Élise Leïzour assure que la création d’un poulailler urbain peut être faite en écrivant simplement à la Ville. «C’est pour ça que je popularise l’idée, pour avoir le plus grand nombre possible de citoyens intéressés et que la Ville fasse bouger les choses», témoigne-t-elle.

Deux poules dans la cour d’Élise Leizour lors de la visite ouverte au public. (Photo: François Robert-Durand, JDV)

Réglementation stricte

Les poulaillers urbains sont soumis à une réglementation stricte afin de prévenir le risque de maladies, assurer le bien-être des poules et respecter le voisinage. Avant d’acquérir des poules, il est obligatoire d’inscrire son poulailler sur le site Cultive ta ville, le portail de l’agriculture urbaine à Montréal.

Les coqs sont interdits par la Ville, tout comme l’élevage de poussins. Les poulaillers (tolérés seulement en cour arrière clôturée) sont soumis à d’autres règles, notamment de volumétrie et de distance des autres propriétés consultables ici.

Assumer son poulailler

D’autres facteurs importants sont à prendre en considération avant d’acquérir son poulailler, notamment les soins dispendieux et les vétérinaires spécialisés qui restent difficiles à trouver.

«Tout le monde ne réalise pas d’emblée l’engagement que cela peut être d’avoir une poule. Elles peuvent vivre jusqu’à 15 ans, alors que la productivité de la ponte baisse après un an et demi», explique Sophie Gaillard, directrice générale de la SPCA, témoignant d’un abandon de 41 poules et coqs à Montréal sur l’année 2022.

Sondés par le laboratoire sur l’agriculture urbaine en 2019, seuls 8 % des participants du projet pilote de Rosemont–La Petite-Patrie s’engageaient à garder leurs poules jusqu’à la fin de leur vie.

Le hic? Aucune infrastructure à Montréal n’est capable d’accueillir les poules abandonnées, pas même la SPCA qui doit séparer les poules des autres oiseaux afin d’éviter les cas de grippe aviaire. L’abattage et la vente de ces volatiles sont par ailleurs interdits par la Ville de Montréal.

Les poules doivent vivre en communauté, un effectif de trois poules minimum est donc nécessaire. (Photo: François Robert-Durand, JDV)

Pari réussi

Élise Leïzour aura toutefois gagné son pari: l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville vient de mettre sa réglementation à jour et tolère désormais les poules en milieu urbain en dehors du projet pilote lancé il y a quelques années.

Élise, qui avait organisé une réunion informative sur les poulaillers à l’Espace des possibles en juin, témoigne être consultée par l’arrondissement dans la gestion de la nouvelle réglementation concernant l’élevage des poules. Son prochain objectif: faire autoriser l’usage des fientes de poules dans les potagers pour assurer une agriculture cyclique.

Selon la résidente d’Ahuntsic, une évolution de la réglementation empêcherait la création de poulaillers clandestins et faciliteraient le catalogage, afin de surveiller les cas de maladies chez les poules.

Questionné à ce sujet, l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville a assuré au JDV être «présentement dans une phase d’analyse afin d’évaluer l’encadrement pour la suite». Affaire à suivre.



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