Tandem Ahuntsic-Cartierville s’est fait accorder 100 000 $ pour financer ses activités visant à prévenir la délinquance dans l’arrondissement. On voit sur la photo des élues de l’arrondissement, des employés de Tandem ainsi que notre journaliste, Amine Esseghir. (Photo : François Robert-Durand, JDV)

Pour éviter que des jeunes à risque sombrent dans la violence, trois intervenants parcourent les parcs, les écoles et les lieux de rassemblement des jeunes. 

Sous prétexte d’un sondage qu’ils mènent, Serge, Chane et Udhy, les trois intervenants nouvellement recrutés par Tandem Ahuntsic-Cartierville ont pu aborder la question de fond, le sentiment de sécurité chez ceux âgés de 12 à 25 ans.

« On a posé des questions. Comment vous sentez-vous quand vous marchez le soir, la nuit? Après les derniers événements, les coups de feu, comment percevez-vous cela aujourd’hui? Est-ce que c’est important pour vous un projet portant sur la prévention du crime? », énumère Serge.

Les discussions avec les jeunes ont permis ainsi de débusquer les appréhensions qui peuvent conduire à la violence.

« Nous les avons interrogés notamment sur le rapport avec l’autorité policière pour déconstruire les préjugés mutuels. Il y a comme une distance entre les jeunes et la police. Comment fait-on pour changer ce rapport, pour que ce soit plus positif? Comment les policiers perçoivent-ils les jeunes et inversement. Comment favoriser le sentiment de sécurité? », convient Serge.

Cette approche de prévention permet aussi aux intervenants de souligner le comportement problématique.

« Leur éviter justement qu’ils se retrouvent dans le pétrin », illustre Serge. Qu’ils appellent la police s’ils sont en danger.

Autour de cela se greffent des nuances relevées notamment par Chane, la seule intervenante des trois, la seule femme.

« Il y a aussi des enjeux qui touchent plus spécifiquement les femmes, les adolescentes. Donc on a parlé de harcèlement, de rue, de sollicitations, de déplacements sécuritaires. Quels sont les trucs et astuces qu’on peut mettre en place pour qu’une femme se sente en sécurité lorsqu’elle va d’un quartier à un autre? », souligne-t-elle.

« Les adolescents font face à plusieurs problèmes et certains sont masqués aux yeux des adultes. L’intimidation, ça ne se passe pas uniquement entre les murs de l’école. C’est aussi dans un parc, sur le chemin du retour, dans les transports en commun », relève Serge.

Pour recruter ces trois personnes, il a fallu trouver les fonds. Ce sont exactement 100 753,24 $ qui ont été octroyés en août à l’organisme Tandem Ahuntsic-Cartierville. Les intervenants répondent aux besoins d’agir de la Ville pour réduire la violence qui frappe les jeunes.

C’est de l’argent frais venu de la ville-centre dans le cadre du Programme montréalais de soutien à l’action citoyenne en sécurité urbaine. Il se terminera en décembre et il vise les citoyens âgés de 12 à 25 ans. Personne ne s’en cache, cette enveloppe a été mobilisée pour répondre aux actes de violence, notamment par armes à feu, enregistrés depuis deux ans à Montréal et qui ont concerné des jeunes.

« Il y a des jeunes qui ont développé toutes sortes de comportements par peur. Ils vont jusqu’à s’armer souvent pour se protéger. On est rendu là », lâche la mairesse d’Ahuntsic-Cartierville, Émilie Thuillier.

Trois intervenants de Tandem
Udhy, la conseillère Nathalie Goulet, Serge, Chane, la mairesse Émilie Thuillier et Maude Esbérard de Tandem. (Photo : Amine Esseghir, JDV)

Les trois intervenants ont rencontré une bonne centaine de personnes en quelques semaines.

« Ils sont allés voir les organismes locaux et ils se sont beaucoup promenés avec le Carrefour jeunesse-emploi, les maisons des jeunes, l’Entre-Maisons [dans les HLM], Rap jeunesse », indique la coordinatrice de ce groupe chez Tandem, Maude Esbérard.

Une fois l’exercice terminé, à la fin de l’année, Tandem voudra faire le bilan. Une cohorte témoin de dix jeunes sera suivie particulièrement pour tirer les conclusions du travail accompli en six mois.

Mais déjà, les élus de l’arrondissement, tout comme Tandem, souhaitent que la Ville reconduise ce programme.

Écouter

Au-delà de cette intervention directe pour prévenir ou pour diagnostiquer les problèmes de violence, il y a aussi la recherche de la voix des jeunes dans les prises des décisions publiques. Leurs opinions ne sont pas entendues lors des consultations publiques. Ils sont souvent inaudibles.

Ces trois intervenants créent un contact. Ils deviennent leur point d’accès et leur permettent de s’exprimer. Les élus se fondent essentiellement sur le Conseil jeunesse, un organe consultatif, quand il s’agit de tâter le pouls de la population juvénile.

« Les 12 à 25 ans sont les gens les plus difficiles à rejoindre un mardi ou un mercredi soir. [On veut savoir] qu’est-ce qu’on peut faire, qu’est-ce qu’on peut avoir comme aménagement pour eux? On sait qu’ils occupent les parcs. On essaie de trouver d’autres moyens pour savoir ce qu’ils veulent », admet la mairesse de l’arrondissement, Émilie Thuillier.

Un exemple de cette démarche est présenté par la conseillère de ville d’Ahuntsic, Nathalie Goulet. Quand le nouveau planchodrome en cours d’aménagement au parc Ahuntsic a été projeté, les jeunes usagers ont été interpelés.

« On ne veut pas juste que ce soit les jeunes gars de 12 à 25 ans qui occupent cet espace-là ou bien ceux qui ont les moyens d’avoir une planche à roulettes et un casque. C’est un grand investissement public. On veut que ce soit le plus inclusif possible », illustre-t-elle.

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