La Maison du coin ne sera pas un refuge pour itinérants

Les intervenants lors de la soirée d'information sur la Maison du coin. Photo: Amine Esseghir / JDV

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La soirée d’information sur la Maison du coin aura permis d’exposer le projet à une quarantaine de riverains réunie au chalet du parc Saint-Alphonse et, probablement, de les rassurer. Les promoteurs promettent d’en faire une réussite avec la communauté.

« Si jamais vous pensez que ce sera un refuge, ce n’est pas le cas », a averti d’entrée de jeu Sam Watts, directeur de l’organisme Mission bon accueil.

C’est son organisme qui pilotera la Maison du coin. Ce bâtiment, dont le coût est estimé à 15 millions de dollars, sera érigé sur le site de l’ancien salon funéraire Urgel Bourgie, aujourd’hui démoli. L’immeuble comptera 40 studios, sur le boulevard Crémazie. Il vise à accompagner des personnes vulnérables vers un logement permanent et une réintégration sociale complète.

Le projet avait suscité une certaine inquiétude chez les résidents des rues environnantes. Ils voyaient mal s’installer un refuge ou un hébergement pour personnes en situation d’itinérance dans le secteur.

« Les gens qui seront là sont sur les derniers milles de leur réintégration vers du logement ordinaire. Il faut voir cet immeuble comme un bloc normal », a souligné pour sa part Jean-François Tremblay, cofondateur de Domicile Fixe, le promoteur qui construira la Maison du coin.

Hébergés en moyenne 90 jours, les futurs résidents seront d’anciens sans-abri en transition vers un logement ou des personnes à risque d’itinérance. Ils vivront dans des studios avec cuisine et salle de bain.

« L’organisme ne peut pas faire un grab and drop pour amener des itinérants directement vers un logement », a précisé M. Tremblay.

Équilibre fragile

Des intervenants seront présents en permanence à l’intérieur de la bâtisse, mais le directeur de Mission bon accueil a précisé qu’il n’y aura pas de service de toxicomanie ou de santé mentale.

« Ce sont des gens qui sont déjà stabilisés », a précisé M. Watts.

Une certitude en ce qui les concerne : ce sont des citoyens à part entière qui seront libres d’aller et de venir.

« Certains travaillent, d’autres sont en formation, quelques-uns ne pourront jamais travailler », a-t-il énuméré.

Les riverains, déjà confrontés à des personnes qui campent notamment sous la Métropolitaine, craignaient de voir leur nombre augmenter et venir occuper le parc.

TractL’anonymat en guise de prise de position

Quelques jours avant la rencontre tenue au parc Saint-Alphonse, un tract anonyme a été placardé, notamment, sur la rue Saint-Hubert. Le document présentait des éléments appelant à s’opposer au projet.

Il citait aussi en exemple le service d’hébergement d’urgence sur l’avenue Bois-de-Boulogne, à Bordeaux — un projet très différent — envisagé en 2024, finalement abandonné.

Le tract évoquait la contestation citoyenne, assimilée dans les médias au syndrome du « pas dans ma cour ». Toutefois, le document passait sous silence le refus des propriétaires — la Fondation Gracia — de céder le bâtiment à la Ville, prétextant le manque d’acceptabilité sociale.

« Il y a une section [dans le parc] avec des enfants. On ne peut pas non plus voir, la fin de semaine, 40 adultes aller s’asseoir dans la section pour enfants », a mentionné un citoyen.

L’aménagement du parc pourrait être revu selon les besoins des usagers d’ici quelques années, a annoncé Victor Esposito, conseiller de la Ville de Saint-Sulpice. Il reste que la Maison du coin devrait être fin prête au printemps prochain.

Dialogue promis

Les promoteurs ne le cachent pas. Des problèmes pourraient survenir. Ils assurent toutefois que leur équipe est sur place et qu’elle est joignable pour faire face à n’importe quelle situation en lien avec les résidents.

« Il se peut qu’une personne soit désorganisée et que le moment ne soit pas bon pour elle de se retrouver dans un bâtiment de transition », a expliqué un intervenant de Mission bon accueil. Dans ce cas, l’organisme dispose d’autres ressources et peut rediriger la personne vers un lieu qui lui convient.

Mission bon accueil a invité aussi les riverains à visiter leur bâtiment au 2222, rue Ontario Est. Le projet s’apparente beaucoup à ce que l’organisme compte faire à Ahuntsic.

Sam Watts a promis également qu’un comité de bon voisinage sera mis sur pied pour favoriser le dialogue entre l’organisme et les résidents.

L’Association commerciale et citoyenne Youville (ACCY) a, par ailleurs, offert sa disponibilité à jouer le rôle de courroie de transmission entre l’organisme et les citoyens.

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