Des pistes cyclables sur cinq rues dans le District central seront suspendues cet hiver. L’arrondissement affirme que ce n’est pas un démantèlement. Les défenseurs du vélo y voient un recul sur le plan de la diversification des moyens de déplacement.
Maude Théroux-Séguin, mairesse d’Ahuntsic-Cartierville, a promis que les pistes seront de nouveau accessibles au printemps.
« On ne démantèle pas les pistes cyclables du District central. On suspend la piste pour l’hiver, comme cela se fait ailleurs », a-t-elle assuré en entrevue avec le Journal des voisins (JDV).
La démarche a suscité rapidement une réaction de l’opposition.
Nathalie Goulet, conseillère de Ville d’Ahuntsic, élue de Projet Montréal, a souligné dans une publication sur Facebook que la mobilité durable n’existe plus pour l’administration Martinez Ferrada et Théroux-Séguin dans Ahuntsic-Cartierville.
« On invente de nouvelles expressions, comme « mobilité planifiée » (que personne ne comprend), ou encore de « mobilité saisonnière »! », a-t-elle écrit.
Rues concernées :
- Avenue du Parc, entre le boulevard Crémazie Ouest et la rue Chabanel Ouest
- Rue Meilleur, entre les rues Chabanel Ouest et de Port-Royal Ouest
- Rue de Port-Royal Ouest, entre les rues Meilleur et Tolhurst
- Rue Tolhurst, entre les rues de Port-Royal Ouest et Fleury Ouest
- Rue Legendre Ouest, entre les avenues du Parc et de l’Esplanade
La mairesse explique qu’avant de prendre sa décision, l’arrondissement a analysé plusieurs paramètres. Un des plus importants est la cohabitation entre différents véhicules.
« Je pense que tout le monde sait cela dans le District central. »

Elle a abordé entre autres l’idée de la voie sur la rue Port-Royal. Un secteur d’activité où les responsables des industries s’inquiètent des risques de collision entre les camions et les bicyclettes.
« La cohabitation avec les résidents, notamment les locataires dans Saint-Simon, et les entreprises du District central était très difficile. On fait un compromis pour tout le monde », a-t-elle précisé.
Soraya Martinez Ferrada, mairesse de Montréal, a d’ailleurs rappelé le sujet. Elle dressait le bilan d’une année de mandat le 4 novembre au micro de Patrick Lagacé sur 98,5 FM. Elle avait mentionné spécifiquement cette voie pour vélos. Elle a également souligné qu’elle n’était pas venue démanteler des pistes cyclables.
Une dimension financière est aussi derrière la décision. Mme Théroux-Séguin assure que le coût de déneigement d’un kilomètre de piste cyclable est de 45 000 $ par année.
« On déneige 50 km de pistes cyclables par hiver. Cette fois, on va en déneiger 47 », a-t-elle précisé.
La suspension des pistes cyclables permettra dans le même temps de récupérer 265 places de stationnement.
« Ça nous coûte 150 000 $, la piste n’est pas beaucoup fréquentée et on a un gros problème de cohabitation », a-t-elle résumé.
La piste cyclable sur la rue Legendre Ouest est aussi concernée. Toutefois, la mairesse d’Ahuntsic-Cartierville a souligné au JDV qu’il s’agit d’une portion de 300 m de cette voie pour vélos sur 980 m.
La décision a forcément suscité des questionnements dans le milieu des cyclistes à Ahuntsic-Cartierville.
« À la limite, s’ils ne voulaient pas les déneiger, on aurait pu au moins nous laisser rouler dessus », a remarqué Frédéric Bataille, porte-parole de l’organisme Ahuncycle, qui défend les usagers du vélo.
La décision de l’arrondissement intervient quelques jours après le tragique accident survenu à l’angle de la rue Jeanne-Mance et du boulevard Henri-Bourassa.
La collision avec un chauffard qui fuyait une voiture de patrouille de la Sûreté du Québec (SQ) a coûté la vie à Isaac Larivé, un étudiant de 18 ans au collège Ahuntsic. Des citoyens ont rattaché le drame à l’aménagement cyclable.
« Cet accident n’est pas lié à un débat d’infrastructure. C’est une question de sécurité publique », a martelé Mme Théroux-Séguin.
Elle a indiqué que la mairesse de Montréal, Mme Martinez Ferrada, interpellera le ministre de la Sécurité publique à ce sujet.
« Pourquoi la SQ pourchasse-t-elle un enfant de 17 ans qui roule à 130 km/h dans nos rues résidentielles, alors que le protocole du SPVM aurait interdit de faire ça? », s’est demandée Mme Théroux-Séguin.
Pour lui, le retrait des pistes pour l’hiver est un démantèlement. Il entraîne la suppression d’un accès sécurisé au marché central ou à la mairie d’arrondissement.
Les utilisateurs de bicyclettes perçoivent l’action elle-même comme un surcroît de vulnérabilité, et cela érode la confiance envers l’administration en place.
Selon ses dires, Ahuncycle a formé peut-être 350 personnes à travers la subvention Vélo d’hiver pour apprendre à pédaler par temps froid.
Le groupe Masse critique, qui défend les cyclistes, a annoncé sur les médias sociaux qu’il se déplacerait pour le prochain conseil d’arrondissement prévu le 9 novembre à la Maison de la culture.
M. Bataille n’exclut pas non plus que des membres de son organisme soient présents également à cette rencontre.








