Les troubles alimentaires arrivent souvent de façon sournoise, sans que l’on s’en rende compte, parfois même en croyant améliorer sa santé ou sa forme physique.
La nutritionniste-diététiste, Lise-Andrée Massé, responsable du volet éducation et prévention chez Anorexie et boulimie Québec (ANEB), a expliqué au Journal des voisins (JDV) toute la subtilité des différentes formes de troubles alimentaires.

L’anorexie, certainement le plus connu de ces troubles, est fréquemment attribuée aux jeunes filles, alors qu’en réalité, elle peut frapper tout le monde, peu importe l’âge ou le sexe. Comme tous les troubles alimentaires, il s’agit d’un trouble de santé mentale, ici lié à la peur intense de prendre du poids et à une distorsion de l’image corporelle. C’est une maladie grave qui, non traitée, peut conduire à la mort.
La boulimie se caractérise quant à elle par des compulsions alimentaires suivies de régimes sévères, de jeûnes, de vomissements provoqués et d’autres comportements de compensation. Souvent, des sentiments de honte, de culpabilité et de dégoût succèdent à ces épisodes.
Le troisième trouble le plus connu est l’accès hyperphagique, qui consiste aussi en compulsions, mais sans comportements de compensation. Il peut mener à l’obésité ou à de la distension abdominale. Ce trouble est associé à un manque de volonté chez une personne dont on dit qu’elle « mange ses émotions ».
Chose certaine, les troubles alimentaires sont intimement liés à une grande préoccupation de l’image corporelle, à l’anxiété et à la dépression, en plus des problèmes de santé physique causés par ces troubles sous-jacents.
De bonnes intentions qui tournent mal
La bigorexie (dysmorphie musculaire) est un autre trouble présent dans la société, fréquemment associé à une mise en forme ou à une prise de masse musculaire. Ce trouble alimentaire touche particulièrement les hommes et les sportifs. Les personnes qui en sont atteintes observent souvent des règles alimentaires strictes et se livrent à des entraînements, voire à des surentraînements intenses en plus de prendre des suppléments de façon régulière.
Moins connue et très difficile à diagnostiquer, l’orthorexie tient à l’obsession de manger sainement, allant jusqu’à éliminer certains aliments sans égard aux carences qui peuvent en résulter.
Détecter les problèmes
Des changements dans l’alimentation ou l’activité physique, des conversations plus fréquemment axées sur l’alimentation, des horaires d’entraînement de plus en plus chargés, le refus d’invitations et des sautes d’humeur sont des signes à surveiller pour détecter un éventuel problème.
« On ne voit pas de modifications au niveau du corps avant que la maladie soit bien installée et que ça devienne dangereux. La souffrance n’est pas visible », souligne Mme Massé.
L’ANEB
Fondé par le docteur Pierre Lechner en 1987, l’organisme promeut une approche communautaire et la création de groupes d’entraide dans le but de soutenir les personnes souffrant d’un trouble alimentaire.
L’ANEB peut vous aider à appuyer une personne de votre entourage aux prises avec un tel trouble. Pendant la dernière année, les professionnels de l’ANEB ont aidé 52 000 personnes.
Quelques chiffres
Voyons quelques chiffres provenant d’études fournies au JDV par l’ANEB. Il est convenu de dire que la pandémie a occasionné un accroissement substantiel des cas de troubles de comportement alimentaire (TCA). Force est aussi de constater que les réseaux sociaux sont partie prenante de cette augmentation.
• Au Québec, au moins 10 % des femmes âgées de 13 à 30 ans souffrent d’un trouble de l’alimentation.
• Il y a généralement un écart de temps considérable entre l’apparition des symptômes et l’accès aux services de santé : 2,5 ans pour l’anorexie ; 4,4 ans pour la boulimie ; 5,6 ans pour le trouble de l’hyperphagie.
• Au Canada, entre 2010 et 2022, 18 740 jeunes ont été hospitalisés pour un trouble alimentaire. Le nombre d’hospitalisations était relativement stable avant la pandémie, mais durant la pandémie (2020-2021), les chiffres ont augmenté.
• Contrairement à la croyance populaire selon laquelle peu d’hommes développent un TCA, une étude publiée en 2025 a trouvé que 21,3 % des garçons et des hommes âgés de 15 à 35 ans répondaient aux critères d’au moins un diagnostic probable de TCA.
• Le désir d’être plus mince apparaît dès l’âge de 4 ans chez les filles.
• Les jeunes de 14 ans voudraient, à hauteur de 45 %, avoir recours à la chirurgie pour changer leur corps.
Cet article a été publié dans la version papier du JDV du mois d’octobre 2026.








