Christine Bouchard 004c
(Photo : Philippe Rachiele, JDV)
« L’exercice de la citoyenneté, c’est d’avoir envie de s’engager dans son milieu et de savoir aussi comment on peut s’y prendre. » -Christine Bouchard (Photo: jdv P. Rachiele)

Chargée de projet d’impact collectif à Solidarité Ahuntsic, depuis décembre 2017, Christine Bouchard travaille actuellement à mettre en œuvre le projet de l’École de la citoyenneté d’Ahuntsic-Cartierville.

Arrivée à Montréal en 2005, Christine Bouchard a d’abord fait des études en éducation. Elle est titulaire d’un baccalauréat en enseignement préscolaire et primaire de l’Université du Québec à Chicoutimi. Désireuse de travailler à l’éducation des adultes, elle s’est ensuite tournée vers l’éducation populaire. Elle a déjà fait beaucoup d’éducation populaire dans différents quartiers de Montréal, notamment dans le centre-sud et le sud-ouest.

En 2017,  découvrant l’offre d’emploi de Solidarité Ahuntsic et le mandat de l’École de la citoyenneté, elle s’est dit que c’était un projet fait pile-poil pour elle, regroupant l’ensemble des expériences de son parcours professionnel.

L’exercice de la citoyenneté

Après de longues réflexions, Christine Bouchard et ses collègues ont décidé que la participation citoyenne serait l’enjeu de l’École de la citoyenneté.
« Les projets d’impact collectif sont des projets pensés en fonction d’un changement souhaité ou visé,  pensé en collectivité, réalisé en collectivité et évalué en collectivité.»
Le mandat de Christine Bouchard et de son projet : développer des conditions favorables à l’exercice de la citoyenneté dans Ahuntsic-Cartierville.
« L’exercice de la citoyenneté, c’est d’avoir envie de s’engager dans son milieu et de savoir aussi comment on peut s’y prendre. Mon travail est de mettre en place les conditions favorables pour que les gens puissent savoir où et comment le faire, de rendre la participation citoyenne facile pour eux », explique Christine Bouchard.
La pauvreté et l’exclusion sociale sont les enjeux qu’elle souhaite particulièrement aborder. Son travail peut prendre différentes formes : atelier, coaching, etc.
« Le principe est que je suis un outil pour aider les gens qui m’en font la demande. L’École de la citoyenneté n’est pas une école avec des classes, des chaises ou des tableaux. C’est une école dans le milieu, je me déplace là où on a besoin de moi. »

Les intelligences citoyennes

On retrouve au cœur de l’École de la citoyenneté une pédagogie particulière : les intelligences citoyennes.
« Au sein de notre comité de pilotage, un enseignant au cégep en anthropologie mettait en application cette approche de la philosophe belge Majo Hansotte dans le cadre de son cours. Il nous a présenté l’approche et j’ai tout de suite été  séduite.»
Ce qu’on appelle les intelligences citoyennes est une approche reconnue mondialement. Majo Hansotte vient régulièrement en parler au Québec et également en Amérique latine, en Afrique et en Europe.
« Les intelligences citoyennes commencent d’abord par une intelligence narrative. On raconte une histoire en partant d’une situation d’injustice vécue, nommée en groupe. On collectivise les récits pour partir du MOI et se rendre ensemble au NOUS. On comprend un enjeu pour ensuite agir dessus », nous explique Christine Bouchard.
Un exemple? Une famille se cherche un logement, mais on refuse de lui en louer un sous prétexte que les enfants font trop de bruit. On va trouver les préjugés et incompréhensions dans cette situation. Arrive ensuite l’intelligence déconstructive.
« On déconstruit les préjugés identifiés dans des situations pour les dédramatiser.»
Puis, l’intelligence prescriptive intervient pour prescrire des solutions aux situations injustes. Enfin, vient l’intelligence argumentative : on fait alors des représentations auprès des élus ou des journalistes pour faire connaître l’histoire.

Transmission des savoirs

Cette approche est enseignée dans le cadre de l’École de la citoyenneté lors d’une formation de trois jours avec la philosophe Majo Hansotte en personne. Elle vise autant les citoyens que les intervenants. Une fois les gens formés, ils pourront poser des actions pour le mieux-être de leur communauté. Prioritairement, ils vont travailler sur des enjeux de Solidarité Ahuntsic comme le logement, la sécurité alimentaire, l’insalubrité ou le vivre ensemble. Son objectif est de rendre les gens autonomes.
« Dans Ahuntsic, dans cinq ans, notre souhait est que l’École de la citoyenneté soit prise en charge partiellement ou complètement par les citoyens.»
Christine Bouchard est elle-même en train de se former à l’approche des intelligences citoyennes. L’idée est qu’elle prenne le relais de Majo Hansotte et devienne elle-même la principale formatrice de l’École de la citoyenneté. Elle souhaite toujours pouvoir transférer ses apprentissages et accompagner des groupes de citoyens.

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