Qualité d’air à Montréal au 4 février 2020. Légende: en vert, bon; en jaune, acceptable; en rouge, mauvais. Les flèches roses indiquent approximativement le territoire d’Ahuntsic-Cartierville. Dans la légende, en haut à droite, la figure ovale en rose souligne que l’air du territoire y est jugé “acceptable”. (Source: Ville de Montréal)

Au cours des derniers jours, l’épisode de smog qu’a connu Montréal durant près de quatre jours serait le pire à être survenu depuis 2012, selon Environnement Canada, soit depuis huit ans. Journaldesvoisins.com suit ce dossier de près au niveau local.

En 2016, Montréal a décidé de s’attaquer au problème du chauffage au bois, qui est la principale cause des épisodes de smog durant l’hiver, de plus en plus fréquents. Le règlement adopté en ce sens il y a quatre ans interdit l’utilisation des poêles et foyers au bois durant les périodes de smog, tout en les autorisant lors de pannes d’électricité de trois heures et plus.

Il stipule également que depuis le 1er octobre 2018, seuls les poêles et foyers au bois qui font l’objet d’une reconnaissance par l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis (EPA) et qui n’émettent pas plus de 2,5 microgrammes de PM2,5 par heure sont autorisés.

Il reste à voir cependant si nos élus municipaux ont été en mesure de faire appliquer ce règlement.

Et la pollution des véhicules?

Bien que la qualité de l’air à Montréal soit bonne, elle demeure inférieure à celle de Toronto et de Vancouver et est encore très loin de la norme d’excellence de l’OMS.

Le règlement visant à réduire la pollution des appareils de chauffage au bois est un pas en avant. Mais il ne résoudra pas la principale cause de pollution de l’air à Montréal, qui est le nombre sans cesse croissant de camions et automobiles dans nos rues.

Plusieurs mesures pourraient diminuer la pollution de ces véhicules (responsables de 40% des gaz à effet de serre au Québec) : l’installation de péages sur les ponts et les autoroutes; l’embargo sur la construction de nouvelles autoroutes; l’arrêt de l’étalement urbain. Mais ni Montréal ni le gouvernement du Québec ne sont proactifs en ce sens.

Ahuntsic, Montréal

Mais qu’en est-il de l’air d’Ahuntsic-Cartierville? Localement, les élus ont mis la table en 2018, à leur niveau concernant la cuisson au bois dans les restaurants et grillarderies. À Montréal, le règlement concernant la cuisson au bois doit être révisé cette année. La Ville ne songe pas à interdire ce type de cuisson, mais plutôt à imposer des normes plus sévères.

Par ailleurs, selon la mairesse de l’arrondissement, Émilie Thuillier, au regard des données analysées, il est possible d’affirmer que dans l’arrondissement la qualité de l’air est plutôt bonne.

Mais il n’y a pas de stations d’échantillonnage de l’air installée dans l’arrondissement. D’abord, il faut savoir qu’il n’y a pas précisément de station de mesure  réservée à chacun des arrondissements.

Ponts, autoroutes, avions

Ahuntsic-Cartierville constitue les points d’entrées  (ou de sorties) hautement utilisés par les automobilistes en provenance ou en partance de Laval. Que ce soit par les ponts Viau, Lachapelle ou Papineau, ou par l’A-15, par lesquels des milliers de voitures entrent en ville et circulent dans les rues de l’arrondissement tous les jours, ce qu’on appelle «la circulation de transit». À cela s’ajoutent les avions qui survolent quotidiennement le territoire  vers ou depuis Dorval.

Tous ces passages répétés produisent une quantité non négligeable d’éléments polluants qui s’éparpillent dans l’air d’Ahuntsic-Cartierville. Les impacts de ces éléments sont mesurés par une dizaine de stations d’échantillonnage,  réparties sur l’ensemble de l’île, qui sont gérées par la Ville-centre. C’est aussi l’administration de la Ville-centre qui décide de l’emplacement de ces stations d’échantillonnage sur le territoire montréalais.

Mais les stations n’analysent pas l’air général de Montréal. Elles servent majoritairement à analyser la qualité de l’air dans des endroits névralgiques du territoire montréalais qui sont évalués par la Ville comme des « lieux extrêmes» du territoire, c’est-à-dire là où la pollution de l’air est considérée comme supérieure par rapport à d’autres endroits.

Par «lieux extrêmes», on entend, par exemple, l’échangeur Décarie.

À titre d’exemple, si la situation est mauvaise à l’échangeur Décarie (28), qui enregistre près de 300 000 déplacements de véhicules quotidiennement [ce qui est fort considérable], on considère que l’échantillonnage de la pollution de l’air sera identique ou meilleure dans les zones non couvertes par les stations.

Les résultats obtenus donnent ensuite une indication de la situation ailleurs à Montréal, soit notamment dans Ahuntsic-Cartierville, dans la mesure où on compare ces résultats les uns aux autres.

Et ailleurs dans le monde…

Plusieurs organismes comparent la qualité de l’air dans les villes du monde, car c’est là que vit désormais la majorité des citoyens de la planète.

Ces études utilisent généralement le critère de mesure de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), soit le nombre de microgrammes de particules fines chimiques (PM2,5) par mètre cube d’air (m3 d’air) émises par les véhicules fonctionnant au diésel, les industries, l’agriculture et le chauffage au bois.

La qualité de l’air est jugée excellente lorsque la proportion de PM2,5 ne dépasse pas 2,5 microgrammes par m3 d’air.

Selon l’étude de 2016 de l’OMS, qui porte sur 3 000 villes de plus de 100 000 habitants dans 103 pays, aucune d’entre elles ne respecte cette norme. Les mégalopoles de l’Inde et de la Chine sont les plus polluées avec des taux de 115 à 132 microgrammes de PM2,5 par m3 d’air.

Sans être aussi dramatique, la qualité de l’air demeure très problématique dans la plupart des grandes villes d’Afrique, de l’Asie de l’est et de l’Europe orientale. Plus d’un million de personnes meurent chaque année à cause de l’air vicié qu’elles respirent dans ces milieux urbains.

À Paris et à Londres, la qualité de l’air est meilleure, mais néanmoins préoccupante avec des taux moyens de 27 microgrammesde PM2,5 par m3 d’air.

Par contre, toutes les villes du Canada, des pays du nord de l’Europe, de la Russie, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et plusieurs municipalités des États-Unis possèdent une bonne qualité d’air avec un pourcentage moyen de 11 à 15 microgrammes de PM2,5 par m3 d’air.

Cette performance est due au recours beaucoup moins fréquent au diésel et au charbon comme combustibles des véhicules et des appareils de chauffage, et aux normes antipollution imposées aux entreprises industrielles et agricoles par les gouvernements nationaux et régionaux.

Amélioration d’une année à l’autre

En 2011, le McGill Daily soutenait que Montréal (avec 11,3 de PM2,5 par m3 d’air) était la ville la plus polluée du Canada après Sarnia en Ontario (12,7), et loin derrière Toronto (7,9) et Vancouver (4,9).

Selon La Presse Plus du 4 mars 2017, la qualité de l’air de Montréal s’était nettement améliorée depuis, car en 2016 le pourcentage de PM2,5 par m3 d’air était de 7,8 en moyenne.

Cette performance ne peut cependant être attribuée aux efforts de notre ville pour bonifier l’air que nous respirons, car elle résulte de la réduction des épisodes de smog en raison des vents et de la fermeture de plusieurs centrales au charbon en Ontario et dans le nord-est des États-Unis.

L’épisode de smog d’il y a quelques jours dans la grande région de Montréal vient toutefois jeter de l’ombre sur les bons résultats des dernières années.

Vous pouvez vérifier la qualité de l’air à Montréal en temps réel, ici.

Pour lire le rapport de 2018 sur la qualité de l’air à Montréal, c’est ici.

Avec la collaboration de Diane Éthier et Joran Collet

 

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2 commentaires
  1. Intéressant de lire que:
    1- malgré l’interdiction du chauffage au bois en 2016 nous ayons la pire année de smog depuis 2012. Donc, le chauffage au bois n’était pas le coupable…
    2- maintenant on blame les autos, alors que la qualité de l’air de Montréal demeure inférieure à celle de Toronto, sachant pertinemment que Toronto compte beaucoup plus de vehicules que Montréal.

  2. Excellents commentaires éditoriaux. C’est évident que les milliers de moteurs à combustion des voitures sont responsables de la pollution de l’air d’Ahuntsic-Cartierville, puisqu’il y a peu d’autres sources de pollution. Et les gouvernements qui nous laissent s’étouffer dans notre pollution…

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