Résidence Albert-Benoît sur la future rue des Petits chars (anciennement Henri-Bourassa) (Photo : jdv – Philippe Rachiele)

Devant le tollé des citoyens de la résidence Albert-Benoît, leur bout de rue qui devait changer de nom pour «rue des petits-chars» conservera son nom d’origine: boulevard Henri-Bourassa Est. L’administration montréalaise s’est rendue à leurs arguments et renonce au projet.

On aperçoit le segment du boulevard Henri-Bourassa (en rouge) situé entre la rue Millen et la rue St-Hubert, qui aurait changé de nom pour rue des petits-chars (Source: Google Maps/Infographie: Samuel Poirier)

La rue des petits-chars aura eu son moment de gloire, mais pas longtemps.

Le comité exécutif de Montréal avait annoncé deux nouveaux noms de rues récemment: la rue des petits-chars et la rue Yvette-Brillon.

Si la deuxième, du nom d’une chapelière bien connue des couturières et modistes montréalaises d’un certain âge, servait à nommer une nouvelle rue dans Ahuntsic Ouest, la première était destinée à rappeler le patrimoine montréalais et redonner du lustre à un tronçon du boulevard Henri-Bourassa plutôt obscur, sis entre les Jardins Millen et l’école Sopĥie-Barat annexe, juste devant la chute à neige.

Mais c’était sans compter l’opposition de la très grande majorité des citoyens de la résidence Albert-Benoît, sise sur ce bout de rue.

Par l’entremise de leur porte-parole, qui préfère rester dans l’ombre, une quarantaine d’entre eux ont fait des représentations auprès des élus de l’arrondissement à l’occasion de la dernière réunion du conseil, le 9 mars dernier.

À la période de questions destinée au public, lors de la réunion, la citoyenne s’est présentée au micro avec une pétition de quarante-six noms. Dans une intervention très articulée, elle a expliqué aux élus comment l’annonce de ce changement de nom allait bouleverser la vie des résidants de cet édifice.

Ce changement de nom, a-t-elle dit, aucun d’entre eux ne l’avait demandé, sauf une personne de l’endroit. Elle a ajouté que toute l’opération allait être très stressante pour ces résidants qui sont des personnes âgées, mais dont certains en perte d’autonomie et que ça impliquait plusieurs changements pour eux.

De bonne foi

La mairesse Émilie Thuillier entendait bien leurs préoccupations, et la conseillère du district d’Ahuntsic, Nathalie Goulet, leur a promis de les rencontrer pour les aider à prendre les dispositions nécessaires.

Mais la résidante, ne s’étant pas laissé démonter, a demandé si la décision restait la même. Mme Goulet a réitéré qu’elle allait les rencontrer, ce qu’elle a fait le 12 mars dernier.

En entrevue avec le jdv, mardi, la conseillère du district d’Ahuntsic expliquait:

«J’ai vu la pétition et j’ai rencontré les résidants le 12 mars, ce fut une bonne rencontre! Comme la très grande majorité des résidants étaient contre le changement, ça c’est décidé [de revenir sur la décision]. Mais nous avons toujours été de bonne foi, dans tout ça! On aurait pu les accompagner avec des solutions durant la transition.»

La citoyenne relate à son tour la rencontre :

«La rencontre s’est fait dans le respect mutuel. Ce fut un bon échange et la conseillère était très ouverte, on la remercie», dit celle qui a représenté les 46 résidants de l’édifice.

Il y a quelques jours, l’un des résidants a reçu une lettre de la conseillère du district, lettre qui a été affichée dans la bâtisse, samedi dernier.

À la lecture de la lettre, les résidants ont pu apprendre que, après réflexion, le changement de nom de leur bout de rue n’aurait pas lieu, et qu’une fois la poussière retombée, il y aurait peut-être un projet sur la planche à dessin pour relater ce patrimoine des tramways, mais cette fois avec la participation des résidants de l’édifice Albert-Benoit.

Double problème

Selon Nathalie Goulet, le problème était double, en fait : le changement, et le nom proposé.

Plusieurs résidants de l’endroit et autres citoyens interrogés n’appelaient pas les tramways, «les petits chars». Une recherche vite faite et une entrevue avec la résidante qui s’est présentée au micro lors du conseil, ont permis au jdv de constater que cette appellation avait été donnée aux tramways avant les années 1940.

En outre, vérification faite, ce sont surtout les gens de l’extérieur de Montréal qui appelaient les tramways «les petits chars» pour différencier ces engins des trains qu’ils pouvaient prendre pour aller «en ville», et qu’ils appelaient «les gros chars».

Pour la majorité de ces aînés, le nom proposé, soit «les petits chars» ne semblait pas vraiment significatif.

Une idée originale?

La citoyenne représentant les 46 signataires de la pétition, en entrevue au jdv, a pris acte de la décision des élus qui  ont renoncé au projet de changement de nom, et elle ajoute:

«En même temps, nous en avons profité pour demander que, dorénavant, le comité [de toponymie de la Ville] révise le processus de traitement des demandes [de changements de noms] et qu’il tienne compte de l’implication citoyenne en ayant une période de consultation.»

Selon cette dame, les citoyens qui habitent dans un environnement donné ont, eux aussi, beaucoup d’idées pour changer les choses, si nécessaire, ou pour ajouter des initiatives originales dans les lieux qui les entourent.

D’ailleurs, une idée intéressante a germé pour perpétuer ce patrimoine montréalais que sont les tramways dans le secteur, une idée suggérée par la résidante porte-parole.

Éventuellement, la petite placette de la rue Millen qui compte déjà un banc et des fleurs sera peut-être la réponse à la question. C’est à suivre!

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4 commentaires
  1. Ce que je comprend des arguments contre le changement de rue c-a-d que le nom Les petits-chars était utilisé par les gens de l’extérieur et avant 1940. C’est a se demander où ces représentants de la ville de Montréal ,promoteur de ce changement, ont été chercher cette idée.

  2. On devient de plus en plus quétaine . Qui choisit les noms de rue . ? C’est cette personne qu’il faut changer , cela sera mieux pour tout le monde. J’ai connu cette époque et dans ma famille , on disait le tramway et non pas le p’tit char, ça dépend de la classe sociale .Je ne critique pas les classes moins élevées et moins chanceuses , mais svp ne pas mettre tout le monde dans le même sac. A cette époque certains avaient un langage châtié et d’autres moins bien nantis parlaient autrement.ùet en changeant le système scolaire le français s’est détérioré . On n’a qu’à écouter la pluspart des humoristes , qui se trouvent comiques en plus.

  3. À défaut de renommer le bout de rue, on pourrait peut-être placer une plaque commémorative dans l’espace déjà aménagé le long de la rue Millen. C’est un fait que dans ma jeunesse, je prenais le TRAMWAY (ligne 40), mais je connaissait l’expression “p’tits chars”, même si on ne l’utilisait pas.

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