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Cette plante qu’on aime haïr : le pissenlit

(Photo: archives jdv)

De retour depuis quelques jours sur le bord des routes, dans nos pelouses, dans les fissures de nos pavés usés par le temps, il pousse et s’implante fièrement, levant haut sa tête couronnée, comme un signe de triomphe. Les tout-petits aiment le cueillir pour en faire des bouquets à offrir à maman ou papa… De quoi parle-t-on?

C’est le pissenlit officinale (Tarxacum officinale) qui règne sur le monde végétal comme le lion sur le monde animal.

Jadis nommé dent-de-lion pour décrire la forme lobée de ses feuilles qui rappelle celle des dents du lion, le pissenlit est synonyme de cauchemar pour une majorité de jardiniers. On cherche à l’éradiquer, on le coupe, l’arrache, le piétine, mais en vain. Il revient inlassablement, plus loin, plus nombreux et nous nargue en recouvrant nos pelouses uniformes de ses feuilles étalées en rosettes, surplombé d’un rayon de soleil.

Résistants

De la famille des astéracées, le pissenlit est une plante vivace munie d’une racine charnue et pivotante qui s’enfonce profondément dans le sol jusqu’à 50 cm. Celle-ci lui permet d’aller chercher des éléments nutritifs tapis dans le sous-sol, là où les racines des plantes voisines ne vont pas. Elle lui permet aussi de résister aux grands froids et de passer l’hiver, alors que sa partie aérienne meurt complètement, et de revenir la saison suivante, dès que le couvert de neige s’efface avec l’avancée du printemps.

Territoire, le monde

Acaule sans tige, ses hampes florales sont creuses et remplies de latex, qui s’observe aisément lorsqu’on le coupe. Son inflorescence est un capitule, constitué d’une centaine de petites fleurs ligulées et ses semences, ou akènes aigrettés, attendent le temps venu pour virevolter au vent et s’implanter aux quatre coins du monde.

Des clones

Fait intéressant, le pissenlit change légèrement de port et d’aspect selon son milieu. Il sera tantôt plus court pour
résister aux grands vents, tantôt plus long pour s’étirer vers le soleil. Il sera glabre (sans poils) ou encore pubescent,
à feuilles minces ou épaisses selon qu’il se trouve sur un terrain piétiné ou non. Le pissenlit possède également la caractéristique de se reproduire sans fécondation (apomixie) quand les conditions de survie le demandent, et ses rejetons seront alors des clones du plant mère.

Histoire et diurétique

Si je vous écris ceci aujourd’hui, ce n’est, bien entendu, pas pour vous donner des conseils afin de mieux vous débarrasser des pissenlits; avec le temps, je suis sûr que vous en êtes devenus experts, et n’avez pas besoin de mes conseils. Je vous propose, en fait, de le cultiver!

Cela ne nécessite aucun effort supplémentaire, puisqu’il pousse tout seul et que vous l’arracherez de toute façon. Je souhaite donc vous guider vers un petit changement de perspective où arracher devient cultiver et jeter devient consommer!

Depuis plus de mille ans, le pissenlit fait partie de la diète méditerranéenne et même amérindienne. Au printemps,
cueillez ses jeunes feuilles – avant la floraison – pour les manger en salade ou faites-les blanchir comme des épinards. Ses feuilles sont riches en vitamines et minéraux (rappelez-vous sa racine profonde) et sont réputées diurétiques, d’où le nom de pisse-en-lit.

Cueillez les inflorescences pour en faire une délicieuse tisane ou encore mieux du vin! Et, finalement, rien ne se perd: la racine séchée et broyée constitue un excellent substitut au café!

Travailler avec la nature plutôt que contre elle est plus facile, plus agréable et plus goûteux!

Cet article a été publié pour la première fois dans notre mag papier de l’été 2015 et mis à jour en mai 2018.