Cinquante ans! Ce n’est pas tous les jours qu’on fête un anniversaire comme celui-là. Encore moins lorsqu’il s’agit de fêter 50 années passées au même endroit, entouré de sa famille. Le 30 avril dernier marquait cinq décennies écoulées dans ce duplex de la rue Jeanne-Mance, dans Ahuntsic-Cartierville, pour cette famille. Rencontre avec trois des quatre générations qui ont habité les lieux.

Nicole était au début de sa trentaine lorsqu’elle a pris possession du duplex de la rue Jeanne-Mance, en 1969. Cinquante ans plus tard, elle peut se vanter d’y avoir élevé ses deux enfants, Pierre-Michel et Caroline, en compagnie de ses propres parents, Edmond et Jacqueline, et d’y avoir accueilli l’une de ses petites-filles, Léonie.

« C’était près des écoles, et Pierre-Michel s’apprêtait à faire sa première rentrée scolaire. Aussi, c’était un quartier familial et abordable. Il y avait des maisons tout autour. Les ouvrières catholiques y habi-taient », raconte Nicole.

Si Nicole s’y est installée avec son mari, ce dernier n’y est resté que deux ans, quittant le nid en 1971. À l’époque, une femme propriétaire, ça se voyait peu :

« Les femmes de la rue, à l’époque, me regardaient de travers. Elles prenaient très fort le bras de leur mari lorsqu’elles croisaient mon chemin sur la rue. Elles avaient peur de moi. C’était écrit divorcée dans mon front », raconte-t-elle.

Mais Nicole ne s’est pas laissé abattre par les jugements de ses voisines. Pour faciliter la vie familiale, elle a eu à se trouver du travail à temps partiel. Ce qu’elle fit, cumulé à de multiples engagements auprès de l’Union des familles d’Ahuntsic (UFA) et du Club pour femmes séparées et veuves, devenu aujourd’hui le Monovie.

Un véritable musée de la famille

Peu de choses ont changé à travers le temps dans ce nid familial. Les meubles, le carrelage de la salle de bain, la décoration… pratiquement tout est demeuré authentique, seulement quelques déménagements de pièces, et quelques modifica-tions qui ont été apportées aux meubles. Des photos d’époque des générations précédentes en témoignent.

« Je tombe souvent sur des photos où je peux replacer l’endroit exact où elles ont été prises dans l’appartement », souligne Léonie.

En plus d’habiller les murs, les photos et les artéfacts de la famille meublent toutes les pièces de la maison.

« Une fois, je faisais du ménage dans le sous-sol avec ma mère et on est tombées sur quelque chose d’extraordinaire. On a trouvé le diplôme de mon arrière-grand-père, qui avait gradué exactement 90 ans jour pour jour de l’Université de Montréal. Il est signé par Édouard Montpetit, qui a aussi été son professeur. C’était incroyable », raconte-t-elle.

Les souvenirs sont multiples dans ce duplex de la rue Jeanne-Mance. Mais ils ne sont pas que matériels :

« Mes enfants n’ont pas connu mes grands-parents, mais ils ont vécu à travers les anecdotes et les nombreuses histoires qu’on leur a racontées sur eux », souligne Caroline.

Sa petite fille Léonie l’avoue elle-même :

« Je suis nostalgique d’une époque que je n’ai jamais vécue. »

Caroline, elle, peut même raconter la crise du verglas de 1998, malgré ses 28 ans à l’époque.

« Sur toute la rue, on était la seule maison à avoir de l’électricité. Tout le monde s’est ramassé ici. La famille, les amis, c’était plein!», s’exclame-t-elle.

Si l’on disposait d’un seul mot pour décrire l’endroit, ce serait « vivant ».

« C’est un port d’attache, un lieu de transit. Les oncles, tantes et cousines passent par ici », explique-t-elle.

Et des fêtes, il y en a eu des tonnes, ici. Un héritage de la grand-mère de Caroline et de Pierre-Michel.

« Ma grand-mère aimait qu’il y ait beaucoup de monde ici. Même si mon grand-père n’était pas toujours du même avis, après, il était très content, en fin de compte », se remémore-t-elle. « Des soirées piano et chant, il y en a eu. Le piano est d’ailleurs toujours là. Il a survécu aux mégots de cigarettes de ma tante et aux boissons renversées dessus », enchaîne Pierre-Michel.

Vers d’autres générations

Écoutant d’une oreille attentive tous ceux qui l’entourent, cette journée-là, le visage de Nicole laisse entrevoir un grand sentiment d’accomplissement.

« Ma plus grande fierté, c’est d’avoir réussi à éduquer mes enfants toute seule avec mes parents ici », affirme-t-elle, empreinte d’émotion.

Aujourd’hui, ce sont la petite-fille de Nicole, Léonie, et son copain, qui habitent le deuxième étage du duplex. Nicole, quant à elle, habite au premier étage. Même s’ils n’y habitent plus, cela n’empêche en rien les autres membres de la famille de faire régulièrement des visites surprises. Avec tous ces souvenirs qui flottent dans les lieux, tous les membres de la famille auraient de la difficulté à délaisser l’endroit.

Pour Pierre-Michel, copropriétaire avec sa mère, il compte garder l’endroit tant qu’il le pourra et que sa mère sera là.Quant à Léonie, elle n’exclut pas l’idée de prendre le relais un jour.

« J’ai un attachement fort au lieu. C’est un lieu d’ancrage important. Si un jour, j’ai l’occasion d’acheter le duplex, je vais fortement le considérer », croit Léonie.

Les quatre générations (Photo: jdv Stéphanie Dupuis).

Mais demain est encore loin pour eux. La famille compte bien continuer de fabriquer des souvenirs forts pendant encore plusieurs années dans ce duplex de la rue Jeanne-Mance.

 

Cet article a été publié pour la première fois dans le mag papier de la rentrée 2019 du journaldesvoisins.com.

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