La prison Tanguay avant sa fermeture (Photo : Archives jdv)

Dans l’espoir d’alerter la population sur les conditions des femmes incarcérées à la prison Leclerc, y inclues les détenues en provenance de Tanguay, le centre des femmes de Laval a réalisé un court métrage qui met de l’avant le témoignage de trois femmes ayant vécu l’incarcération.

Les militantes du comité Leclerc, né suite au transfert des détenues de la prison Tanguay à cette prison, souhaitent, par un court métrage intitulé «Tanguay, Leclerc. Et ensuite…», présenter la réalité du milieu carcéral québécois. Celui-ci se veut un portrait global de la situation de vie des femmes en prison, pendant et après leur incarcération.

« Notre but [avec cette vidéo] c’est de faire réfléchir de manière générale sur l’incarcération des femmes, pas juste à Leclerc »,  affirme Geneviève Dauphin-Johnson responsable des communications au centre des femmes de Laval.

Bien que le monde carcéral soit relativement connu du public, la place de la femme dans ce milieu est encore fortement tenue dans l’ombre.

« Les prisons pour femmes, c’est un peu le parent pauvre au Québec », souligne Mme Dauphin-Johnson.

Dans le cas de la prison Leclerc, certaines améliorations ont bien été mises en place, mais celles-ci sont considérées superficielles par le centre des femmes de Laval qui souhaite maintenant que des actions concrètes soient mises en place pour rendre le milieu carcéral plus propice à la réinsertion sociale pour les femmes.

Quelques changements

Selon Lucie Lemonde, professeure au département d’aide juridique de l’Université du Québec à Montréal, les principaux irritants qui avaient fait surface au début du transfert des détenues de la prison Tanguay vers la prison Leclerc ont été réglés. «Pas d’accès au rideau de douche, pas de soins d’hygiène, pas de programmes, tout cela a été réglé», souligne-t-elle.

La question de la mixité, qui était l’une des principales critiques exprimées par les détenues et les groupes de pression dès le premier jour du transfert semble quant à lui, réglé. En 2016, le gouvernement avait garanti qu’il procéderait au transfert des hommes de la prison vers d’autres centres correctionnels dans la province, dès juin 2017.

Sans tambour ni trompette, il semblerait, selon Mme Lemonde, que le gouvernement ai tenu ses promesses. Cela aurait notamment permis d’améliorer quelques peu les services offerts aux détenues.

Du personnel toujours mal préparé

D’autres éléments restent toujours en attente depuis bientôt un an et demi. Les agents correctionnels de la prison Tanguay n’ont pas, pour la plupart, suivi vers le centre de détention de Laval. L’expertise du personnel de la prison Tanguay n’a donc pas été transféré vers le « nouveau » centre de détention.

« Le personnel qui était sur place était habitué à travailler avec des hommes », souligne Mme Lemonde. Bien que certains aient choisi d’aller travailler à la prison Leclerc, la grande majorité n’était pas formée suffisamment pour faire face à l’arrivée des détenues et aux besoins propres au milieu carcéral féminin.

« Il y en a certain qui ont le cœur sur la main », souligne une ex-détenue témoignant dans le reportage. «D’autres […] qui font juste leur travail et qui se fichent un peu de tes besoins », déplore-t-elle.

« On nous a dit que les agents avaient reçu un cours de civilité », se déçoit Mme Lemonde.

Elle souligne toutefois qu’il semble que les choses soient en cours d’amélioration depuis quelque temps et que du personnel de l’ancienne prison Tanguay soit en voie d’être intégré à la prison Leclerc.

Le centre des femmes de Laval souhaite notamment mettre de l’avant le manque de formation du personnel carcéral en matière de droits fondamentaux et d’intervention en cas de crise. Plusieurs cas d’isolement à nu ont notamment été recensé au Québec.

« Moindrement que tu parles de suicide il te mette dans le trou, tu es enfermé là pendant des jours sans voir la lumière », affirme une ex-détenue.  Au lieu de se dire cette fille-là elle a besoin de parler », poursuit-elle.

Important manque de ressources

Les femmes ne constituent qu’une faible proportion des personnes incarcérées au Québec et peu de ressources leur sont donc attribuées.  Selon le Comité Leclerc, une seule travailleuse sociale est disponible pour un total de 250 détenues et ce, pour trois jours par semaine.

« Les services [en prison] tu en as. Mais l’accès est terrible, si tu fais une demande ça peut prendre deux mois, trois mois avant de les voir », témoigne une ancienne détenue de la prison Leclerc.

Un délai trop important dans la mesure où, la durée des peines est souvent bien plus courte. « La moyenne du temps avant de voir une travailleuse sociale, c’est trois mois », déplore la porte-parole du centre des femmes de Laval. La plupart des détenues n’auront donc jamais accès à une travailleuse sociale. Il en serait de même pour les services de santé tels que l’accès à un médecin.

Peu de suivis

Le documentaire met notamment en avant le peu de ressources offertes aux détenues une fois sortie du milieu carcéral.

«Il faut que tu [te prépares à ta sortie] par toi même, si toi tu ne le fais pas, ils t’accompagneront pas», souligne une ex-détenue.

Dans le cas des services médicaux, aucun service de suivi des dossiers n’est effectué une fois sortie de prison. Les ex-détenues sont aussi bien souvent laissées à elles-mêmes dans la recherche de logement et de travail. Selon le centre des femmes, le système actuel contribue au cycle de pauvreté dans lequel vivent les femmes détenues.

Prison toujours inadaptée

Mme Lemonde note notamment que la sécurité de la prison est toujours loin d’être adaptée pour les résidantes de la prison qui ne sont souvent incarcérées que pour de faibles peines.

« Leclerc est un ancien pénitencier à sécurité moyenne/élevée, c’est très peu adapté à la situation de femmes non violentes condamnées à de très courtes peines », souligne la professeure. « Ça ne facilite pas la réinsertion », poursuit-elle. Cette dernière note notamment que l’environnement joue une rôle important sur l’état d’esprit des détenues et de leur famille.

Faible transparence

Une constatation est toutefois notée par l’ensemble des intervenantes, celle du manque de transparence de la part du gouvernement.

« Ce que l’on a constaté, c’est qu’il n’y a avait pas beaucoup d’organismes qui pouvaient prendre la parole, notamment car ils étaient un peu liés avec leur travail avec le ministère », souligne Mme Dauphin-Johnson.

Celle-ci soutient qu’il est donc très difficile de savoir exactement ce qui se passe à l’intérieur des murs de la prison.

Dès juin 2016, plusieurs organismes souhaitaient surveiller la prison Leclerc afin de s’assurer de l’amélioration des conditions de détention des femmes. Toutes leurs demandes ont cependant été refusées par le gouvernement qui préférait opter pour la création d’un comité. Mais depuis sa création, les informations entourant ce comité ne sont toujours pas connues. Leurs recommandations ne sont pas disponibles pour qui que ce soit par les différents groupes de pression ou sur le site Web du ministère, selon les intervenantes.

 

 

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Florence de Pommery
Florence de Pommery
5 Années

ou peut on voir le court metrage SVP? sur le web? Pouvez-vous nous donner l URL? un grand merci d avance.

Florence de Pommery
Florence de Pommery
5 Années
Répondre à  Joran Collet

Merci Joran. Ce court métrage est très vrai… ce sont des femmes qui, pour beaucoup, auraient besoin d aide et qui n ont aucun support… c est vraiment triste. J ai été
plusieurs années bénévole a la prison Tanguay et vais de temps en temps au Leclerc.

JDV
JDV
5 Années
Répondre à  Florence de Pommery

Le lien viens d’être ajouté. Merci pour la suggestion!

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