Alors que le passeport vaccinal entre en vigueur au Québec, le taux de vaccination adéquate demeure largement en deçà de la cible de 75 % chez les moins de 50 ans.

Selon les données publiées par la Direction de la santé publique de Montréal (DRSP) en date du 31 août, les 50 ans et plus ont dépassé le seuil de 75 % de couverture vaccinale à deux doses, avec un taux de vaccination adéquate dépassant largement les 80 % chez les 60 ans et plus.

Les groupes d’âge plus jeunes affichaient, par contre, un retard notable sur l’objectif. De nombreuses personnes risquent donc de se voir refuser l’accès aux lieux où une preuve de vaccination doit désormais être exigée. (La liste des lieux visés et les détails sur l’application du passeport vaccinal sont disponibles sur le site du gouvernement du Québec.)

Une couverture incomplète qui « compromet le retour à la normale »

Si 72,1 % des 40 à 49 ans sont adéquatement vaccinés, les moins de 40 ans affichent des taux de couverture vaccinale à deux doses beaucoup plus faibles. À peine 66,1 % des 30-39 ans et 61,3 % de 18-29 ans sont adéquatement vaccinés, tandis que tout juste 50,6 % des 12-17 ans ont obtenu leurs deux doses de vaccins.

« Avec la quatrième vague qui est amorcée et la situation préoccupante du variant Delta, cette faible couverture vaccinale compromet le retour à la normale et le maintien, durant les mois à venir, des activités scolaires, sportives et sociales », écrivait la directrice régionale de Santé publique, docteure Mylène Drouin, dans une lettre adressée aux parents d’élèves dans la région métropolitaine et datée du 23 août.

Le JDV a cherché, sans succès, à obtenir des informations sur le taux de couverture vaccinale dans les écoles du quartier.

La DRSP indique travailler actuellement à rendre l’information disponible en ligne via le portail de Santé Montréal.

Une demi-douzaine d’écoles déjà touchées

Dès le lendemain de la rentrée scolaire, le 27 août, des cas de COVID-19 avaient déjà été déclarés dans trois écoles de l’arrondissement. Une semaine plus tard, on rapportait des cas dans une demi-douzaine d’écoles, dont les écoles primaires François-de-Laval, Saint-Isaac-Jogues, Jacques-Prévert, Augustin Roscelli, Our Lady of Pompei ainsi qu’au Collège Régina Assumpta.

Au moins un cas supplémentaire s’est ajouté depuis à l’école Ahuntsic et Annexe, selon des informations obtenues par le JDV. [Mise à jour à 16h15 : en plus de l’école Ahuntsic, deux autres écoles ont déclaré des cas le 1er septembre, selon les données du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, soit l’école privée Ali Ibn Abi Talib et l’école secondaire Marie-Anne.]

Le Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) indique qu’en date du 31 août, il n’y avait que deux cas confirmés chez des élèves. Aucune classe n’a été fermée, en vertu de la nouvelle politique de gestion des cas qui ne prévoit plus le retrait systématique des élèves exposés.

Un document d’information publié sur le site du CSSDM explique que cette nouvelle approche de gestion des cas tient compte du fait que 75 % des personnes de 12 ans et plus sont adéquatement vaccinées à Montréal.

Si le document précise que des mesures supplémentaires pourraient s’ajouter en cas d’éclosion ou advenant une détérioration de la situation sanitaire, rien n’indique que le CSSDM tient compte du taux local de couverture vaccinale qui n’atteint pas encore les 75 % de vaccination adéquate chez les 12 ans et plus dans Ahuntsic-Cartierville.

Un retard vaccinal à rattraper

La DRSP n’a pas non plus été en mesure de fournir au JDV les données de vaccination par secteur de voisinage, mais les dernières données disponibles indiquaient des retards importants dans certains secteurs, avec des zones où la couverture vaccinale était encore très loin de la cible.

En conférence de presse la semaine dernière, la docteure Drouin, soulignait d’ailleurs que Bordeaux-Cartierville demeure parmi les quartiers de la métropole affichant des taux de positivité plus élevés que la moyenne et que ces taux de de positivité élevés étaient corrélés à des taux de couverture vaccinale plus faibles.

La DRSP entend poursuivre ses efforts, conjointement avec le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Nord-de-l’Île-de-Montréal, pour tenter de rejoindre les personnes qui n’ont pas encore été vaccinées contre le coronavirus, notamment les jeunes d’âge scolaire.

« Nos équipes mobiles se déplaceront partout sur le territoire pour la vaccination scolaire. Toutes les écoles secondaires publiques seront visitées, mais également les écoles privées où les taux de vaccination sont les plus bas. Pour ce qui est du primaire (pour les élèves de 12 ans), nous visiterons une quinzaine d’écoles du territoire, là où la population est la plus vulnérable. Nous sommes en contact avec toutes les directions d’école, tant primaire que secondaire, pour coordonner le tout », explique Émilie Jacob, conseillère aux relations médias et aux affaires publiques au CIUSSS.

Pour la population générale, la vaccination est offerte sept jours sur sept, avec ou sans rendez-vous, dans les sites fixes qui sont ouverts de 8 h à 20 h.

La page d’information sur la vaccination du CIUSSS indique qu’une clinique éphémère est également prévue du 8 au 10 septembre dans le stationnement du Marché Adonis (2001, rue Sauvé ouest). La vaccination sans rendez-vous y sera offerte à bord d’une «Vaccivan » qui sera sur place de 13 h à 17 h. [Mise à jour le 3 septembre à 15h15 : la clinique de vaccination était initialement prévue les 7 et 8 septembre, mais le CIUSSS a annoncé vendredi après-midi qu’elle serait prolongée afin « d’augmenter la couverture vaccinale dans Bordeaux-Cartierville ».]

Cas en nette progression

Alors que la DRSP n’enregistrait en moyenne qu’une vingtaine de cas par semaine en juillet dans Ahuntsic-Cartierville, l’arrondissement a enregistré une vingtaine de cas en seulement 24 heures le 1er septembre.

Le taux d’incidence sur 14 jours dans l’arrondissement est passé de 30 cas par 100 000 habitants en date du 5 juillet à plus de 150 cas/100 000 le 1er septembre.

Cette hausse est attribuable à la forte augmentation du nombre de cas liés au variant Delta.

« Le variant Delta est très contagieux et progresse rapidement au sein de la communauté. Il est également deux fois plus dangereux que le variant Alpha du printemps », prévient la docteure Drouin dans sa lettre du 23 août.

Ce variant, beaucoup plus contagieux que les souches précédentes du virus, est à l’origine du déclenchement hâtif de la quatrième vague. En date du 31 août 2020, alors que la souche originale du coronavirus était encore dominante dans la métropole, on ne recensait qu’une quinzaine de cas hebdomadaires dans Ahuntsic-Cartierville. En date du 30 août 2021, maintenant que le variant Delta représente environ la moitié des nouveaux cas à Montréal, on en comptait près d’une centaine.

Dans son plus récent état de situation hebdomadaire, la DRSP rapporte un taux d’incidence hebdomadaire de 65,55 cas/100 000 habitants cette semaine dans l’arrondissement, soit un taux plus de trois fois supérieur à celui enregistré à la mi-septembre 2020.

Avec près de 200 nouveaux cas dans les deux dernières semaines d’août, l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville est en deuxième place du plus important nombre de cas rapportés à Montréal.

Près de la moitié des cas rapportés depuis 15 jours dans l’arrondissement ont été enregistrés dans le secteur de Bordeaux-Cartierville qui, avec Saint-Sulplice-Est, est l’un des secteurs affichant les plus hauts taux d’incidence dans la métropole.

Les taux y sont respectivement de 88,72 cas/100 000 et 117,3 cas/100 000, soit nettement plus que le taux de 60,85 cas/100 000 pour l’ensemble de Montréal.

Ce début de quatrième vague, combiné à la couverture vaccinale sous-optimale dans Ahuntsic-Cartierville, bouleverse les plans de retour à la normale dans l’arrondissement.

Par exemple, la séance du conseil d’arrondissement du 7 septembre qui devait se tenir en personne pour la première fois depuis un an et demi aura finalement lieu en webdiffusion.

Hospitalisations en hausse

Après un certaine accalmie cet été, la hausse des cas observée depuis six semaines se traduit également par une remontée du nombre d’hospitalisations qui est aujourd’hui trois fois plus élevé qu’à la mi-juillet.

Selon les statistiques compilées par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), il y avait, en date du 31 août, 22 personnes hospitalisées dans les hôpitaux du CIUSSS du Nord, dont quatre aux soins intensifs.

La progression du variant Delta fait également craindre des risques d’éclosion dans le milieu de la santé, notamment dans les urgences qui affichent des taux d’occupation très élevés.

En date du 2 septembre, l’urgence de l’hôpital Sacré-Coeur affichait 139 % d’occupation tandis que celles de l’hôpital Fleury et Jean-Talon étaient occupées à 128 % et 105 % respectivement, selon le site Index Santé.

« Aucun compromis n’est fait quant aux mesures de prévention et de contrôle des infections. La distanciation est toujours respectée et les cas COVID sont isolés », assure la porte-parole du CIUSSS, Émilie Jacob.

Des cas sont par ailleurs apparus récemment dans des milieux des vie et de soins pour aînés. Les données du MSSS faisaient état d’un cas au Manoir Belle Époque et d’un autre au CHSLD Cartierville en date du 31 août. [Mise à jour à 16h30 : selon les données du MSSS en date du premier septembre, il n’y avait plus aucun cas actif au CHSLD Cartierville.]

Interrogé à savoir si les personnes atteintes étaient adéquatement vaccinées et si elles avaient contracté le virus d’un employé ou d’un visiteur non vacciné ou non adéquatement vacciné, le CIUSSS s’est refusé à commenter des « cas spécifiques ».

Le CIUSSS précise toutefois que 88 % de ses employés ont reçu une première dose de vaccin et 82 % sont adéquatement vaccinés.

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