Avant même l’ouverture du centre d’hébergement pour 700 demandeurs d’asile, au 75, rue Port-Royal Est, à Ahuntsic, beaucoup sollicitent déjà les organismes communautaires du quartier. (Photo : François Robert-Durand, JDV)

Alors qu’on prévoit l’ouverture en juillet d’un centre d’hébergement pour 700 demandeurs d’asile à Ahuntsic, on feint d’ignorer que beaucoup de personnes qui ont traversé le chemin Roxham sont dans le quartier depuis des mois.

Les demandeurs d’asile arrivant des États-Unis par le chemin Roxham sont nombreux à se rendre au Service de nutrition et d’action communautaire (SNAC). Depuis juillet, la pression est en hausse constante.

« Ce sont surtout les nouvelles inscriptions. On en a de plus en plus, tout le temps. Il y a des semaines où on peut avoir facilement entre 25 et 30 nouvelles inscriptions », indique Chantal Comtois, directrice du SNAC.

Le SNAC est la première porte à laquelle les gens viennent frapper, car en attendant d’avoir des papiers, de pouvoir travailler, il faut se nourrir. Cet organisme assure le dépannage alimentaire. Il aide les gens mal pris à remplir les ventres et les frigos.

Cependant, l’augmentation imprévue de requérants vient ajouter une pression pour laquelle l’organisme n’a rien prévu. Il doit puiser dans ses réserves.

« Ce n’est pas qu’on ne veut pas les aider, mais on voudrait avoir les moyens de le faire », plaide Mme Comtois.

En moyenne, chaque année depuis la COVID, le SNAC dessert 2200 ménages. Cette nouvelle population augmente la demande de près d’un tiers.

Pas que la nourriture

La hausse est également observée chez Pause Famille. Cet organisme d’aide psychosociale dispose aussi d’un comptoir de distribution gratuite de vêtements.

« On reçoit des demandes de personnes déjà installées dans le quartier Ahuntsic. Mais on a commencé à avoir des personnes qui sont encore à l’hôtel [dans le centre-ville] », indique Katia Bracamonte, coordonnatrice de l’intervention chez Pause Famille.

Alors que l’hiver s’annonçait, le stock a commencé à s’épuiser.

« On manque de manteaux pour les hommes », prévient-elle. Puis elle se ravise. « On commence à manquer de vêtements pour les femmes et les enfants aussi. En fait on en manque pour toute la famille. »

L’organisme voit de 5 à 10 familles supplémentaires s’ajouter par semaine. C’est quasiment le double de ce qu’il reçoit habituellement.

La mission de l’organisme Pause Famille est de développer les compétences parentales. C’est toutefois plus pour répondre à des besoins de base qu’il est sollicité.

« On le voit quand on parle avec ces gens et qu’on fait des interventions. La plupart ont des traumatismes profonds et complexes à cause de tout ce qu’ils ont vécu dans leur pays et tout ce qu’ils ont subi durant leur traversée de l’Amérique », observe Mme Bracamonte.

Les demandeurs d’asile viennent pour la plupart de Haïti. Certains arrivent de Colombie ou du Venezuela.

Au Carrefour d’aide aux nouveaux arrivants (CANA), installé au centre communautaire Ahuntsic, ce sont surtout les démarches administratives qui occupent les intervenants.

« Le plus important, c’est toujours le logement. Je pense que c’est le plus gros problème. C’est ce qu’on a commencé à faire de plus en plus. L’aide au logement, l’aide à la recherche de logement », énumère rapidement Maxime Poingt, intervenant en immigration. Les demandes de permis de travail atterrissent aussi sur les bureaux du CANA.

Aider avec les moyens existants devient un défi quotidien et le risque de ne plus pouvoir le faire semble pendre au nez des organismes communautaires d’Ahuntsic.

« Il faut quand même avoir les moyens, de l’espace et du financement. À un moment donné, on va être obligé de prendre des décisions difficiles si ça continue comme cela et qu’on n’a pas plus d’aide », confie Mme Comtois, directrice du SNAC.

Aide indispensable

Le demandeur d’asile dépose essentiellement seul son document de demandeur d’asile (DDA), le document brun qui lui sert de pièce d’identité. Il fait cela en général au moment où il est intercepté par la GRC, en traversant la frontière. Ensuite, c’est un long feuilleton de démarches qui l’attend.

À Montréal, il ou elle doit se rendre au bureau du Programme régional d’accueil et d’intégration des demandeurs d’asile (PRAIDA). Il est intéressant de savoir que cette administration est située au 35, rue Port-Royal Est, à Ahuntsic. Le bâtiment est mitoyen du futur centre d’hébergement au 75, rue Port-Royal Est. Cela facilitera les déplacements, assurément. En attendant, les gens qui sont déjà là, sont orientés vers les organismes des environs.

Récemment, le gouvernement provincial a annoncé une aide d’urgence de 6 M$ aux Banques alimentaires du Québec. Les organismes pourront acheminer leurs demandes en janvier. L’argent n’est pas destiné uniquement aux demandeurs d’asile, mais vient bonifier les moyens financiers pour faire face à l’inflation et à la hausse des prix des denrées. Pour les autres organismes et les autres missions, rien n’est annoncé pour le moment.

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Jean-Paul Lahaie
Jean-Paul Lahaie
1 Mois

Quel triste situation pour ces gens là. C’est la misère terrible. Ce qui est d’autant plus incroyable, c’est que ce flot continuel d’immigrants, qui provient d’un pays sûr comme les États-Unis, (surtout que Trump n’est plus là), pourraient rester dans le pays le plus riche du monde.Cette situation intenable crée une pénurie de logement et fait pression sur les citoyens les plus pauvres et les aînés qui se font expulser de leur logement (RPA) transformée. C’est une grande injustice pour les immigrants qui entre par la voie légale et attendent des années pour devenir des citoyens québécois. Il faut tarir la source.

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