La prison vue du parc Nicolas-Viel (Photo : jdv – Philippe Rachiele)

Alors que le bureau du coroner complétait aujourd’hui ses audiences publiques sur la thématique des suicides en milieux carcéral, Journaldesvoisins.com a appris qu’au moins trois tentatives de suicide sont survenues depuis le début de l’année à la prison de Bordeaux, dont une a mené au décès d’une personne incarcérée.

« Entre le 1er janvier et le 15 mars 2021, nous dénombrons deux tentatives de suicide n’ayant pas nécessité de transport à l’hôpital et un décès par suicide à l’Établissement de détention de Montréal », confirme Marie-Josée Montminy, relationniste à la Direction des communications du  ministère de la Sécurité publique (MSP) en réponse à une demande d’information formulée par le JDV vendredi dernier.

Un problème persistant et marqué à Bordeaux

Selon une enquête menée par Radio-Canada en 2019, le Québec est la province canadienne qui compte le plus haut taux de suicide en prison. La problématique du suicide en prison est cependant un enjeu connu et documenté de longue date. Il avait déjà fait l’objet d’une enquête du coroner suite à une vague de décès par suicide dans des établissement carcéraux au milieu des années 1990, rappelle Élisabeth Dupuis, responsable des communications, du contenu et de la promotion à la Ligue des droits et libertés.

Elle souligne que le criminologue Jean-Claude Bernheim avait examiné, dans un rapport présenté par l’Office des droits des détenus devant à la coroner Anne-Marie David à l’époque, les facteurs « susceptibles d’avoir une incidence sur le risque suicidaire, telles que les conditions de détention et l’incarcération elle-même ». Le rapport soulignait notamment que 50 % de l’ensemble des suicides en détention au Québec durant la période de 1983 à 1996 étaient survenu à la prison de Bordeaux qui n’hébergeait que 30 % de la population carcérale de la province.

Le rapport établissait par ailleurs un « lien entre les conditions de détention et l’ampleur du taux de suicide » dans cet établissement.

« Il y a sûrement intérêt à considérer ce rapport dans le cadre de l’isolement et de la crise sanitaire », note Élisabeth Dupuis.

Le confinement pèse sur le moral

À la fin janvier, plusieurs secteurs de détention sont entrés en confinement pour contenir une éclosion de COVID-19 qui n’est toujours par complètement résorbée. Une pétition en ligne dénonçant « un confinement solitaire inhumain » causant  « du tort physique et mental » à l’ensemble de la population carcérale, lancée il y a un mois, avait récolté près de 2000 signatures.

Selon les informations fournies par le MSP au JDV, près de 140 personnes personnes incarcérées à Bordeaux demeurent encore en isolement cellulaire en raison de l’éclosion de COVID.

« Il en a qui ont plus de misère que d’autre à être en confinement», fait savoir une source du JDV qui dit avoir eu vent d’une vingtaine de tentatives de suicide depuis deux mois dans l’établissement de détention. 

Interpellée par le JDV il y a quelques jours sur la gestion de la pandémie dans l’établissement carcéral, la députée de l’Acadie, Christine St-Pierre, disait trouver la situation « très préoccupante ».

« Quand on va à la défense de détenus, il n’y a pas beaucoup d’oreilles attentives dans la population en général », déplore la députée qui dit suivre le dossier de près.

Selon les statistiques officielles du gouvernement du Québec, on ne rapportait plus que quatre cas dans la population carcérale en date du 15 mars, mais plusieurs nouveaux cas ont été rapportés dans le personnel de l’établissement en début de semaine. L’éclosion à Bordeaux demeure l’une des plus importantes éclosions actives à Montréal en termes de nombre de cas liés, dont neuf sont encore des cas actifs.

Si vous avez des pensées suicidaires ou si vous vous inquiétez pour vos proches, contactez sans hésiter Suicide Action Montréal au 1-866-APPELLE.

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Katherine Lalonde
Katherine Lalonde
8 Mois
Lavallée
Lavallée
8 Mois

Un de mes amis travaillant à la cuisine de Bordeaux m’indiquait qu’il y a aussi plusieurs cas de COVID chez le personnel avec très peu de support pour les soutenir.

Gauthier marjolaine
Gauthier marjolaine
6 Mois
Répondre à  Lavallée

Moi mon chum c’est pendu à Bordeaux le 3 décembre 2020 une demi-heure après qu’il sait fait dire qu’il avait sa sortie la même journée, quelqu’un pourrait me dire le pourquoi, je comprend pas.

Gauthier Marjolaine
Gauthier Marjolaine
5 Mois
Répondre à  Gauthier marjolaine

J’ai reçu l’enquête du coroner, puis se que j’avais spécifiée depuis le début à été confirmé.
Les détenus étant en confinement, en quarantaine n’avait pas le droit au téléphone, même leurs avocats avait de la misère à communiquer avec eux.
Mon chum avait sa libération mais avait seulement sa carte débit avec environ 350$, si la caution était 500$, pas les moyens et sa carte de crédit était resté dans son véhicule, pas moyen de téléphoner, donc pas capable de payer, il c’est pendu.

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