Projet salué par la majorité, l’Écoquartier Louvain a des grains de sable dans l’engrenage. Alors que tout ou presque semble prêt pour que les premières bâtisses de logements abordables sortent de terre, le projet s’embourbe dans le labyrinthe bureaucratique.

À la tête d’une vision citoyenne d’un quartier inclusif, la Société de développement Écoquartier Louvain (SDÉL) monte au créneau pour exprimer sa frustration d’être dans les limbes. Le projet de 478 logements abordables de l’Écoquartier Louvain est prêt à passer à l’étape de la construction, mais il demeure bloqué par des difficultés de financement et des exigences administratives changeantes tant au provincial qu’au fédéral, insiste France Émond, directrice générale de la SDÉL qu’a rejoint le Journal des voisins (JDV).
Le projet résidentiel de l’Écoquartier Louvain, c’est 1150 logements à terme, dont 50 % de logements sociaux et communautaires au minimum. En marge du projet des 478 logements abordables, il y a le projet Terra nostra de 323 logements qui est en cours.
Les 12 travaux de la SDÉL
Le principal obstacle demeure le bouclage du montage financier avec la Société d’habitation du Québec (SHQ) et Maisons Canada, l’agence fédérale canadienne créée pour accélérer la construction de logements abordables à grande échelle. Les deux structures censées accompagner la SDÉL pour le financement du projet semblent plutôt complexifier la procédure. Depuis des semaines, la SDÉL se démène pour rejoindre les observations changeantes de ces deux partenaires financiers. En effet, de nouvelles exigences ou objections apparaissent à chaque rencontre.
« Chaque fois qu’on les rencontre, il y a toujours une nouvelle raison qui fait que le projet ne fonctionne pas et qu’on découvre au fur et à mesure et qui fait qu’on doit retourner à la planche à dessin », déplore-t-elle.
Le projet rebondit d’un guichet à l’autre, d’une manière telle qu’elle n’est pas sans rappeler la désormais célèbre scène des 12 travaux d’Astérix, écrit la SDÉL dans une lettre d’indignation envoyée au JDV.
Quelques blocages énumérés
- Programmes de supplément au loyer (PSL) : il s’agit d’un projet de 153 logements, inclus dans les 478, destinés à des personnes à besoin particulier — trouble du spectre de l’autisme, déficience mentale, déficience intellectuelle, déficience physique. Il leur a été suggéré de retirer les PSL afin de réduire le coût du projet, ce qui compromettrait toutefois l’accessibilité pour les ménages les plus vulnérables.
- Réseau thermique urbain : cette innovation est perçue comme un risque financier, alors qu’elle permettrait de chauffer et climatiser les logements tout en réduisant la pression sur le réseau électrique.
- Taille et qualité des logements : la SDÉL ne trouve pas judicieux de réduire la superficie des logements ou la qualité pour rendre le projet plus acceptable sur le plan financier. Ni de le diviser en sous-projets.

Un montage financier innovant
Avec le concours des OBNL d’habitations comme Archipel de l’avenir, Rêvanous et Maison l’Éclaircie, puis de son conseil d’administration, la SDÉL a monté un financement qui repose notamment sur des contributions d’environ 26 millions de dollars de la SHQ et de 26 millions de dollars de Maison Canada. La Ville de Montréal contribuerait également à 42 %, et le reste serait complété par du capital patient sur une plus longue durée. Un montage financier qui permet de construire des logements de bonne qualité sans augmenter les contributions publiques, Soutient France Émond, directrice générale de la SDÉL.
Joint pour comprendre les raisons qui empêchent le décaissement des fonds, Logement, infrastructures et collectivités Canada (LICC) garant de Maisons Canada fait savoir, par son service de communication, qu’il ne fournit pas de détails concernant les demandes de financement individuelles. Il indique qu’ils « travaillent en étroite collaboration avec leurs partenaires au Québec, y compris la Société d’habitation du Québec (SHQ), pour évaluer et finaliser les demandes de financement en matière de logement, et les décisions sont communiquées aux propriétaires des projets dès qu’elles sont finalisées. »
Outre les personnes à très faible revenu, le projet prend en compte des familles à revenu faible ou à revenu modeste. La SDÉL a aussi accepté d’avoir des loyers intermédiaires, donc un peu plus chers que le loyer média pour avoir une mixité exemplaire. Selon Mme Émond, leur projet coche beaucoup de cases. En ce sens, elle appelle à une volonté politique affirmée afin de confirmer le financement et de permettre le démarrage du chantier.









