Les questions que pose l’accueil des nouveaux arrivants sont au cœur de la campagne électorale 2018. Les formations en lice pour les prochaines élections provinciales rivalisent de propositions et de contre-propositions. Ce qui donne lieu à des moments de vives tensions et à des échanges polémiques assez virulents. Parallèlement, la grande médiatisation des controverses autour de l’immigration attise l’intérêt des professionnels des sondages qui eux aussi rivalisent de chiffres qui donnent lieu, parfois, à des interprétations fort discutables, notamment lorsqu’il s’agit de traduire en statistiques les inquiétudes et les craintes au sein de l’opinion publique.

Dans leurs plateformes électorales, les partis politiques surenchèrent dans les budgets qu’ils disent destiner à une meilleure gestion de l’immigration. Ainsi, le Parti libéral (PLQ) annonce son intention d’augmenter le budget alloué à la francisation des immigrants et leur intégration en régions de 25 M$ supplémentaires dont 10 M$ seront consacrés pour soutenir la francisation en entreprise, essentiellement par l’entremise des programmes offerts par les commissions scolaires et les organismes communautaires. Aussi, le PLQ s’engage à accorder une nouvelle aide financière totalisant 15 M$ pour l’intégration et la rétention des immigrants en régions.

De son côté, la Coalition Avenir Québec (CAQ) s’engage à augmenter le budget destiné à la francisation de 74 à 200 M$ sur quatre ans. Cette formation politique met surtout l’accent sur sa série de mesures restrictives qui, suscitant la controverse, lui permet de bénéficier des projecteurs des médias. Ainsi, ce parti réaffirme sa volonté d’abaisser temporairement de 20 % le nombre d’immigrants admis et d’instaurer un Certificat d’accompagnement transitoire de trois ans, renouvelable sous certaines conditions.

Au cours de cette période de probation, le nouvel arrivant aura à passer le test obligatoire de connaissance du français et celui relatif à la connaissance des valeurs québécoises. La CAQ propose aussi une évaluation de la démarche de recherche active d’emploi. Et en cas d’échec aux évaluations, l’équipe de François Legault indique qu’un gouvernement caquiste transmettrait un avis au fédéral pour l’informer de la présence d’une personne sans statut et le laisserait décider des mesures à prendre, c’est-à-dire soit l’expulsion ou la relocalisation ailleurs au Canada.

Comme attendu, les propositions de la CAQ ont suscité de vives réactions de la part des autres formations. Le chef du PLQ, Philippe Couillard, a qualifié la proposition de la CAQ de « brouillonne» et a estimé que la proposition de réduire l’immigration nuirait à la croissance économique. Cette critique a été également partagée par Québec solidaire et les associations patronales, lesquelles évoquent la pénurie actuelle de main-d’œuvre.

Dans sa réplique, la CAQ a affirmé : « Il y a des problèmes d’intégration des immigrants au Québec, mais les libéraux refusent de l’admettre. Après 15 ans de régime libéral, le taux de chômage des immigrants après cinq ans est de 15 pour cent, il y a plus d’un immigrant sur quatre qui quitte la province et l’immigration en région est déficiente », a dit la porte-parole Nathalie Roy.

Vingt pour cent en région et 25 % en secteur public

De son côté, le Parti Québécois (PQ) propose lui aussi de réduire l’immigration, mais estime que la question des seuils d’immigration doit être dépolitisée et que ces seuils doivent être fixés à la lumière des recommandations de la vérificatrice générale. Cette formation affirme sa préférence pour la connaissance du français du candidat avant son arrivée et s’engage à instaurer un guichet unique de reconnaissance des acquis et à établir un cadre légal commun pour cette reconnaissance. Le PQ veut également mettre en place des projets pilotes de curriculum vitæ (CV) anonymes et établira un régime d’inspection et d’amendes importantes sanctionnant la discrimination à l’embauche. Et parmi les mesures phares de son programme, le PQ annonce sa volonté de « faire en sorte que 25 % des nouveaux arrivants s’installent en région ».

Pour sa part, Québec solidaire (QS), qui rejette la réduction du seuil d’immigration,  place, au cœur de ses engagements, l’imposition d’un taux d’embauche de 25 % de personnes issues des minorités visibles et ethniques dans tout le secteur public. QS s’engage également à tripler le budget du Programme d’aide à l’intégration des personnes immigrantes et des minorités visibles, de 4 M$ à 12 M$ par année et veut doubler les budgets de dépenses pour les missions de francisation et d’intégration du gouvernement (+167 M$/an). Aussi, il annonce sa volonté d’investir 8 M$ supplémentaires dans le programme de reconnaissance des diplômes et d’accès aux ordres professionnels.

Qu’en disent les sondages?

Bien entendu, et comme partout dans le monde, le contexte de la compétition électorale est, on ne peut plus, propice au travail des professionnels des sondages qui profitent des conditions d’une médiatisation exceptionnelle. Ainsi, et selon un sondage commandé par le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO), 48 % des Québécois considèrent l’immigration comme un « grand » ou un « très grand » risque et 22 % la perçoivent comme un risque « faible » ou « négligeable ».

Selon cette étude, les femmes, les personnes âgées (55 ans et plus) et les francophones sont les plus inquiets. En revanche, le sondage nous apprend que 32 % des sondés considèrent l’immigration comme étant « plutôt » ou « très » bénéfique.

Un autre sondage de la firme Léger révèle que 41 % des Québécois approuvent l’idée de réduire le nombre d’immigrants alors que 45 % sont en faveur du maintien des chiffres actuels. D’après cette étude, les personnes les plus scolarisées sont plus favorables à l’idée d’augmenter le nombre d’immigrants. Ce sondage révèle aussi que les hommes (14 %) sont légèrement plus ouverts à l’idée d’augmenter l’immigration que les femmes (9 %). À l’échelle canadienne, on apprend qu’un Canadien francophone sur deux (47 %) préfère réduire le nombre de nouveaux arrivants et que les milléniaux aiment bien les effets bénéfiques d’une immigration soutenue. Normal et compréhensible!

Cette chronique a été publiée originalement dans notre magazine papier de septembre 2018

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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