La nouvelle vie tourmentée de l’ancien couvent des Sœurs de la Miséricorde

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Convertir l’ancien couvent des Sœurs de la Miséricorde, à Cartierville, en maison de retraite. Le propriétaire de l’édifice sis au 12435, avenue de la Miséricorde, veut en faire une résidence pour personnes âgées. Les riverains voient surtout arriver de nouveaux problèmes de circulation dans des rues qui n’en manquent pas.

Pendant trois heures, ce 29 avril, les citoyens se sont relayés au micro dans une salle Charles-Daudelin du Centre culturel et communautaire de Cartierville quasiment pleine. Le message était répété autant de fois que nécessaire. Le projet, tel qu’il est conçu, n’a pas sa place dans leur quartier.

C’est la deuxième fois que le couvent se retrouve au cœur d’un bras de fer. L’été dernier, le même propriétaire avait voulu y aménager 126 logements locatifs. Face aux vents contraires, il avait revu sa copie. Cette fois, il propose une maison de retraite qui sera certifiée résidence pour aînés RPA, avec un total de 145 unités, soit 109 studios, 33 appartements d’une chambre et 3 de deux chambres.

Consultation couvent des Sœurs de la Miséricorde
Consultation sur la transformation du couvent des Sœurs de la Miséricorde à la salle Charles-Daudelin, le 29 avril. Photo : Amine Esseghir / JDV

Comme pour le premier projet, les travaux se limiteraient à l’intérieur : remplacement de fenêtres, ajout d’une issue de secours, réaménagement de la cafétéria, préservation de la piscine pour les futurs résidents.

Dehors, les conditions d’autorisation imposent de conserver les marqueurs visibles du passé. La croix au sommet de la tour, la statue devant la chapelle, le cimetière de la congrégation et le petit parc attenant demeurent intacts. Près d’un siècle d’histoire resterait toujours visible dans le quartier.

Mais, comme la dernière fois, c’est la circulation qui inquiète.

Trop de voitures

« Les questions les plus sensibles tournent autour de la circulation et du trafic », a reconnu Maude Théroux-Séguin, mairesse de l’arrondissement.

Le secteur subit déjà la pression de trois écoles privées, qui transforment chaque matin le départ des résidents en exercice d’équilibriste. Les patients et visiteurs de l’hôpital Sacré-Cœur, à quelques pas, occupent eux aussi les rues avoisinantes, faute de stationnements suffisants. Ajouter une résidence de 145 unités dans ce contexte est excessif.

« La goutte est peut-être grosse, mais le verre est plein », a illustré un citoyen.

Vers un référendum ?

Un second projet de résolution devrait être présenté au conseil d’arrondissement de juin. Un avis public informera les personnes concernées de la façon de présenter une demande d’approbation référendaire auprès de l’arrondissement. On sait qu’elle nécessitera au moins 72 signatures des résidents des six secteurs contiguës au projet. Puis le conseil d’arrondissement adoptera la résolution pour la tenue du référendum lors d’une autre séance si une demande valide est reçue.

Le risque de voir les citoyens rejeter le projet est patent toutefois, l’usage institutionnel actuel permis serait toujours effectif. Il encadre les équipements collectifs, éducatifs, religieux, et de santé.

« L’aménagement d’une maison de retraite demeure le choix le plus calme [en ces circonstances] », a souligné l’architecte du projet, Etienne Taillefer, à la fin de la séance de consultation.

Les résidents contestent par ailleurs l’étude de circulation présentée par le promoteur, qu’ils jugent trop optimiste. Ils réclament que ses hypothèses se transforment en conditions contraignantes. Certains voudraient que les futurs locataires soient des retraités âgés, de préférence sans voiture.

« En réglementation d’urbanisme, on ne peut pas faire d’âgisme, on ne peut pas faire de définition en fonction de l’âge des gens », a souligné Clément Charrette, chef de division.

La présence d’une garderie de 50 places dans la résidence — un usage de plein droit — alimente aussi l’inquiétude.

« Cinquante places, c’est cinquante chars », a lancé un riverain, sous les applaudissements.

Quelle vocation ?

Les voisins du couvent semblent néanmoins sensibles au changement de vocation. Une résidence pour aînés, pour plusieurs, vaut mieux qu’un immeuble locatif ordinaire, à condition, toutefois, que la dimension sociale soit clairement définie.

« Si les désignations sont claires et qu’il y a un but social à cela, bravo. Mais je n’ai rien vu de cela », a dit un résident.

Sans mesures concrètes pour contenir les effets sur la circulation, le projet se heurte à un refus sans équivoque.

Le couvent, construit en 1929 et agrandi en 1967, est vacant depuis mars 2020. Les religieuses qui l’habitaient ont dû le quitter après 90 ans de présence. Leur départ a été précipité par la faillite d’un promoteur qui avait acheté l’immeuble 7 millions de dollars en 2018 avec la promesse d’y rénover des logements pour les sœurs elles-mêmes.

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