Boulevard Crémazie et rue Henri-Julien

Il y a maintenant 60 ans, l’arrivée de l’autoroute Métropolitaine bouleversait le paysage du nord montréalais. L’arrondissement Ahuntsic-Cartierville serait dorénavant bordé d’une ceinture au sud, et ce, de manière permanente. 

Vue comme une voie efficace pour certains et comme une balafre sur la ville pour d’autres, l’autoroute 40 n’a laissé personne indifférent. Le tronçon de la Métropolitaine entre les autoroutes 25 et 15, construit en 1959, a scindé une paroisse, mais contribué au développement d’un quartier.

L’autoroute Métropolitaine vers l’est, en 1979. (Photo: BAnQ)

Telles sont les dichotomies de l’autoroute Métropolitaine.

Traversant dorénavant Montréal d’est en ouest, l’autoroute 40 contribue à alléger la circulation. Celle-ci se trouvait, il y a bien longtemps, sur les rues et les boulevards seulement. 

« Avant [l’arrivée de la Métropolitaine], il y avait plus de circulation nord-sud qu’est-ouest », explique Jacques Lebleu, membre du conseil d’administration de la Société d’Histoire Ahuntsic-Cartierville. « La rue Lajeunesse et le chemin de la Côte-Saint-Michel étaient les plus utilisés dans le nord de la ville. » 

C’est sous l’impulsion du premier ministre québécois Maurice Duplessis que le réseau routier québécois s’est grandement développé au courant des années 1950. En 1959, 24% des routes du Québec sont asphaltées, contre un taux de 9 % pour le reste du Canada. 

1959: un nord montréalais en transition

La construction de l’autoroute a grandement fait évoluer le quartier Ahuntsic. Celui-ci est passé d’une collection de terres agricoles avec quelques résidants, au territoire dense que l’on connaît aujourd’hui. En septembre 1950, Le Devoir faisait état de la situation ainsi: 

« Il existe dans la ville de Montréal exactement 79 755 lots vacants, dont 22 032 dans le seul quartier Ahuntsic, pourtant l’un où la construction a pris un essor exceptionnel. » 

Le quartier Ahuntsic était surtout constitué de terres agricoles avant les années 1950. Les terrains ont ensuite majoritairement été vendus par leurs propriétaires, ceux-ci voyant une belle occasion d’affaires alors que Montréal s’étendait de plus en plus vers le nord.

L’église Saint-Alphonse-d’Youville, en 1946. (Photo: BAnQ – Gérard Morisset)

La prise de possession du territoire par l’autoroute Métropolitaine a changé la vie des résidants de la paroisse Saint-Alphonse-d’Youville.

Les expropriations ont débuté en 1952 et ont duré plusieurs années, jusqu’à l’ouverture de l’autoroute surélevée.

Bien que peu de gens aient perdu leur terrain lors des expropriations réalisées par le gouvernement provincial, la vie de la paroisse ne serait plus la même.

« Youville et Saint-Michel n’ont jamais pu se remettre complètement [de la construction de l’autoroute], explique Jacques Lebleu.  Auparavant, Youville couvrait un territoire assez large, allant jusqu’à l’actuel Marché Central, mais aujourd’hui, on ne parle que d’une petite paroisse sur le territoire d’Ahuntsic. »

Depuis 60 ans, l’église Saint-Alphonse-d’Youville est séparée du parc Saint-Alphonse par la Métropolitaine. Les commerces situés du côté sud de l’autoroute sont difficiles d’accès pour les citoyens d’Ahuntsic. De plus, l’air environnant est pollué par la poussière et le bruit produits par l’axe routier.

Des initiatives pour embellir les dessous de l’autoroute

De plus en plus, les citoyens des environs de la Métropolitaine tentent de se réapproprier l’espace situé en-dessous de celle-ci. 

À l’origine, ces lieux sombres étaient destinés exclusivement aux voitures stationnées. Cependant, dans les dernières années, des murales et des bacs de fleurs ont été installés, visant à rendre le paysage plus joli et l’air plus respirable. 

« Dans un sens, bien que le tissu social ait été partiellement brisé, la situation est moins pire ici qu’ailleurs, croit Jacques Lebleu. Entre Saint-Léonard et Anjou, par exemple, traverser l’autoroute est plus difficile, car il n’y a pas de passage possible par en-dessous. » 

Il y a 4 ans, le projet Parallèle 40 avait embelli plusieurs colonnes de soutènement de l’autoroute. Lors de l’été 2015, Parallèle 40 avait peinturé les colonnes situées sous la Métropolitaine, entre les rues St-Laurent et St-Denis. Des bacs à fleurs avaient également été installés par des bénévoles. 

Participants au «jardin sous la Métropolitaine» (Photo : jdv - Philippe Rachiele)
Participants au «jardin sous la Métropolitaine» (Photo : jdv – Philippe Rachiele)

En juin dernier, un regroupement de citoyens s’était mobilisé pour le mouvement Un jardin sous la Métropolitaine. Le concept de l’événement était de faire réfléchir les élus sur le manque de mobilité engendré par l’autoroute pour les cyclistes et les piétons. 

Le gouvernement provincial a annoncé en janvier que la Métropolitaine serait refaite à l’identique. Lors de l’annonce, la ministre déléguée aux Transports, Chantal Rouleau, avait insisté sur l’importance de la mobilité sur cet important axe routier. Les citoyens ne verront donc pas de changement majeur dans les environs de la Métropolitaine de sitôt. 

Ailleurs dans le monde, d’autres solutions intéressantes existent afin d’améliorer le paysage autoroutier urbain. La ville de Mexico, quant à elle, compte également un réseau autoroutier surélevé. La capitale mexicaine a choisi de mettre sur pied des jardins verticaux sur les colonnes de soutènement dans le cadre du projet Via Verde. Ces jardins permettent notamment d’améliorer légèrement la qualité de l’air à proximité de l’autoroute mexicaine, en plus d’embellir le paysage. 

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