Liette Gauthier « l’âme » de la Maison de la culture Ahuntsic

Liette Gauthier a eu une piqûre très forte pour la recherche de trésors cachés. Photo : Benoît Dosseh / JDV

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Originaire du Saguenay, Liette Gauthier, agente culturelle, est la pionnière de l’ouverture canadienne sur les musiques du monde. Passionnée de culture depuis sa tendre enfance, elle façonne les activités culturelles de la Maison de la culture Ahuntsic, récemment honorée aux prix Opus.

Liette Gauthier a eu une piqûre très forte pour la recherche de trésors cachés. Photo : Benoît Dosseh / JDV

Mais avant de forger la réputation de la Maison de la culture Ahuntsic, Liette Gauthier découvre sa passion sur la terre de son enfance. Enfant d’une famille modeste, elle tombe dans le bain de la culture par un heureux concours de circonstances. Tout part de la rencontre entre le septième art et le troisième art.

À l’occasion d’un concours de dessin, « je dessine un truc sur le film que je viens de voir. Je gagne le concours et je reçois [en guise de prix] un billet de cinéma pour la semaine d’après. Ç’a été mon premier lien avec la culture », narre-t-elle.

Érudite en musique

Elle décide d’embrasser la carrière de musicienne, et commence sa formation à l’école de Chicoutimi, puis l’approfondit au Conservatoire de Montréal. Une formation durant laquelle elle se perfectionne dans le cor français et écrit de la musique classique.

Cependant, après quinze ans d’étude de musique savante, l’étudiante venue d’Arvida voit son univers musical ébranlé lors d’un rassemblement spontané dans un parc de Côte-des-Neiges. « Il y avait là une panoplie d’instruments incroyables dont je n’avais jamais entendu parler. J’étais sidérée. Je me suis dit : comment ça se fait qu’on ne connaît pas ça ? » Sur ce, Mme Gauthier lance en 1991 les prémices du festival Musique Multi-Montréal, l’un des faits d’âme majeurs de sa carrière.

Coup d’essai, coup de maître

Sans le moindre financement, elle sillonne les parcs, les usines, les épiceries ainsi que d’autres lieux que fréquentent les immigrants récents et où ils sont susceptibles de travailler à la recherche de musiciens (instrumentistes) d’origines étrangères pour leur offrir une scène. « C’était tripant ! » s’exclame-t-elle, un brin nostalgique. Elle se rappelle entre autres avoir un jour trouvé un orchestre vietnamien de 22 musiciens entassés dans un salon et avoir été éblouie par leur talent. Un moment fort de cette période de sa vie qu’elle se remémore avec émotion.

Le fait de les présenter sur scène permet aux musiciens locaux de découvrir la musique étrangère et incite les compositeurs de musique classique d’ici à les intégrer.

Le festival Musique Multi-Montréal a permis de révéler au grand public de nombreux artistes, dont Lhasa de Sela (chanteuse), Boubacar Diabaté (joueur de kora), Carlos Placeres (lauréat d’un Latin Awards Canada en 2016 et d’un Félix en 2010), Lilison Di Kinara (artiste d’afro-jazz originaire de Guinée-Bissau) ou encore Rômmel Ribiero (Révélation Radio-Canada 2012-2014).

Outre la recherche d’oiseaux rares, Liette Gauthier devait en parallèle remuer ciel et terre pour trouver du financement, car l’événement sortait du cadre habituel. « La première institution qui m’a donné de l’argent sous forme de subvention a été le ministère des Loisirs, de la Chasse et de la Pêche », souligne-t-elle. Toutefois, après plus de 20 ans à faire rayonner le cosmopolitisme d’un océan à l’autre, le festival a baissé pavillon. Les difficultés pour le financer ont sonné son glas en 2013. La culture, analyse la fondatrice, est à la fois tellement forte et tellement fragile. Mais en dépit des difficultés, elle ne perd pas espoir.

Tout pour la famille

Bibliothécaire, professeure de musique, compositrice, marionnettiste, Liette Gauthier met son expertise au service de la Maison de la culture Ahuntsic et, par ricochet, au service des résidents de l’arrondissement. Elle y travaille depuis sa création. « Elle est vraiment l’âme de la Maison », témoigne sa collaboratrice, Martine Simarda, assistante aux événements culturels, tout en soulignant sa grande créativité.

En début d’année (février 2026), la Maison de la culture Ahuntsic recevait du Conseil québécois de la musique le prix spécial Diffuseur pluridisciplinaire de l’année (prix Opus), une reconnaissance qui souligne la qualité de la programmation. Liette Gauthier ne s’attribue pas le mérite de cette distinction. Elle y voit le fruit de l’implication de ses collaborateurs, prompts à lui faire part d’un coup de cœur aperçu ou entendu quelque part. « Nous avons une collaboration respectueuse. Il y a ici un esprit d’équipe, de solidarité », souligne Miracson Saint-Val, assistant aux événements culturels.

Mme Gauthier a tissé des liens avec de nombreux organismes et avec les écoles de l’arrondissement pour faire vivre la culture, « la nourriture de l’âme ». De ce fait, elle explore tous les espaces possibles pour créer des événements culturels. On peut notamment citer la collaboration avec le collège Regina Assumpta, où, grâce à une entente, la population peut assister à deux concerts de l’Orchestre métropolitain – « dans une salle fantastique ».

Le théâtre, la danse, les expositions d’œuvres d’art, la projection de film… Pluridisciplinaire, comme elle se définit, Liette Gauthier veille à ce que la population ait accès à une variété d’activités culturelles. Elle met un point d’honneur à ce que tout le monde se retrouve dans les programmations de la Maison de la culture, et ait le goût de faire des découvertes.

Cet article a été publié dans la version papier du JDV du mois d’avril 2026.

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