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Parc Ahuntsic: histoire d’une résistance ahuntsicoise

Publié le 07/07/2018
par Christiane Dumont

Une pause qui permet de reprendre son souffle pour deux cyclistes et admirer le coucher du soleil sur la colline du parc Ahuntsic… (Photo: jdv P. Rachiele)

Vous aimez profiter du grand parc Ahuntsic? Les espaces verts, les arbres majestueux qui tiennent encore le coup, la colline qui monte doucement vers la rue Fleury, l’étang avec son jet d’eau, le parc à chiens, le «skate park», et le reste? Sachez qu’en 1986, le parc Ahuntsic aurait perdu le quart de sa superficie, n’eût été l’opposition farouche d’un conseiller municipal du territoire à l’époque, Pierre E. Lachapelle, et d’une coalition de citoyens. L’ex-conseiller et toujours résidant d’Ahuntsic a conservé de vifs souvenirs de l’épopée.

Pierre Lachapelle tenant une photo du projet de construction prévu en 1986 dans le parc Ahuntsic. (Photo : Philippe Rachiele)

« En 1986, le parc est vert mis à part un stationnement d’échange de 1100 cases, relate-t-il. Ça, c’est de la garnotte , de la poussière de roche. Pendant la campagne électorale, je faisais du porte-à-porte et je sentais le mécontentement latent dans le voisinage.»

À l’automne, M. Lachapelle rafle le district Fleury alors que son parti, le RCM, chasse Drapeau de l’hôtel de ville.

«Et là, bingo!  La nouvelle sort qu’il y a des négociations entre l’exécutif pour faire un échange avec un promoteur qui a acquis un terrain de l’Université Concordia sur l’avenue des Pins et qui a obtenu un permis de construire juste avant l’élection.»

Le RCM veut en finir avec le développement immobilier qui défigure le mont Royal. Il propose au promoteur d’abandonner son lot de Westmount pour une portion du parc Ahuntsic, un site avantagé par la proximité du métro.

Le pire, c’est qu’on n’a consulté personne.

L’élu Lachapelle n’apprend ce qui se trame qu’au moment où un journaliste du quartier, Michel Jobin, le questionne à ce sujet en février 1987.

L’affaire se corse

Le 27 avril suivant, au caucus du RCM, M. Lachapelle, bien préparé et appuyé par d’autres élus, défait le comité exécutif qui s’apprête à inscrire la transaction honnie à l’ordre du jour du conseil municipal. Un camouflet pour Jean Doré et son exécutif.

« Ça aurait pu s’arrêter là », estime Pierre Lachapelle.

Mais le bras droit du maire, John Gardiner, suggère de lancer une consultation publique.

«C’était un bagarreur de ruelle tard le soir », précise en riant M. Lachapelle, qui estime que la manœuvre consiste en « une stratégie dilatoire pour avoir les citoyens à l’usure.»

Un ami lui donne alors un bon conseil :

« Pierre, il faut que tu mettes de l’espace entre toi et ton parti. Il faut que tu leur démontres que ce n’est pas toi le plus enragé. »

« J’ai appelé Ken Pastor pour qu’il forme un comité de citoyens », relate le bouillant conseiller.

Entre-temps, on parle désormais de sept immeubles qui vont accroître l’assiette foncière et qui font saliver la mairie : HLM, condos, galerie marchande, verrière, stationnement souterrain, Maison de la culture, alouette… La maquette du promoteur privé est même présentée dans les bureaux d’Accès Montréal.

La mobilisation

Pastor forme une coalition arc-en-ciel : libéraux, néo-démocrates, péquistes, gens d’affaires, commerçants et gens du quartier, dont Maurice Richard, qui se pointe à une conférence de presse, appuyant la cause par sa seule présence. Et l’opposition gagne du terrain.

Le 4 novembre 1987, La Presse titre :

« Dix mille citoyens signent une pétition contre le projet du groupe Archiplus.»

Les consultations publiques

Les consultations publiques ne font qu’exacerber le mécontentement populaire. De 60 à 80 mémoires sont déposés, se souvient M. Lachapelle. Des mois plus tard, un rapport favorable au projet est déposé, mais le RCM reste divisé.

Fin octobre 1988, le journaliste Marc Doré écrit dans La Presse:

« Onze conseillers municipaux membres du RCM ont donné leur appui à la résistance ahuntsicoise ».

La reddition

Au fil des ans, M. Lachapelle continue d’appuyer les décisions de son parti, mais demeure intraitable sur la question du parc.

« J’ai subi de la pression psychologique au point d’en développer un ulcère à l’estomac, confie-t-il, avant de conclure: Je ne sais pas quel va être le tournant, mais le comité exécutif a fini par trouver la marche arrière.»

Le combat prend fin le 22 mars 1990, lorsque le promoteur Jacques Béique lance la serviette, évoquant les nombreuses contraintes imposées par la Ville.

Cet article a été publié pour la première fois dans le mag papier du journaldesvoisins.com d’avril 2016 et mis à jour par Christiane Dupont en juillet 2018.