Depuis plusieurs années, les nuisance sonores des avions exaspèrent de nombreux citoyens d’Ahuntsic, de Bordeaux-Cartierville, et d’autres quartiers de Montréal. Mais ceux et celles qui subissent ces nuisances sonores peinent à se faire entendre. Le groupe Les Pollués Montréal-Trudeau en a fait son cheval de bataille et n’entend pas lever la garde de sitôt. Mais la privatisation des aéroports sur laquelle planche le gouvernement Trudeau causerait-t-elle plus de nuisances sonores?

C’est dans l’air depuis plusieurs années : le gouvernement n’est pas fermé à l’idée de privatiser les aéroports canadiens. On estime entre 7 et 17 milliards de dollars l’argent qui reviendrait directement dans les coffres de l’État. Un coquette somme qui n’est pas sans soulever d’importantes questions. L’une d’elles, c’est de savoir si la parole des citoyens sera mieux entendue advenant une privatisation des aéroports.

Dans les dernières années, peu d’avancées ont été faites dans le dossier de la nuisance sonore, les groupes de pression ayant plus souvent qu’autrement l’impression de se heurter à un mur lorsque vient le temps d’aborder le sujet.

« Dans le passé, on a fait de nombreux recours en portant plainte au ministère des Transports, à l’aéroport de Montréal et à Air Canada, mais ils nous renvoient dans des dédales administratifs, donc les choses piétinent », déplore Pierre Lachappelle, porte-parole des Pollués de Montréal-Trudeau.

Si les citoyens peinent à se faire entendre, la nuisance sonore ne connaît pas de répit, avec les conséquences physiques et psychologiques que cela implique. À cet égard, M. Lachapelle ne minimise pas les risques que comporte la surexposition au bruit.

« La question du bruit, c’est pas seulement une question d’être dérangé : tout cela a un impact sur la santé psychologique et la santé physique. Au niveau neurologique, l’excès de bruit provoque aussi un excès de stress qui nuit à la qualité de vie des gens », explique-t-il.

Privatiser: impact négatif

Actuellement, Aéroports de Montréal (ADM) verse un loyer mensuel à Transports Canada en vertu d’un bail à long terme qui précise les obligations et les engagements auxquels ils sont tenus. La gestion, le financement des installations et le développement de l’aéroport sont, quant à eux, sous la responsabilité d’un conseil d’administration qui doit rendre des comptes dans un rapport publié annuellement.

Or, comme le signale une étude sur la gouvernance des aéroports faite par l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques (IGOPP) en 2014, la gestion d’ADM n’est pas des plus transparentes, soulevant de sérieuses questions sur son fonctionnement interne.

« La gouvernance des aéroports depuis 1992 a abouti à la mainmise d’un petit groupe d’administrateurs qui, sans doute de toute bonne foi, gèrent ces installations publiques sans faire une réelle reddition de comptes aux usagers et aux contribuables. Des changements importants sont nécessaires pour améliorer l’imputabilité et la transparence », peut-on y lire.

C’est un constat auquel arrive aussi le porte-parole des Pollués de Montréal-Trudeau. Actuellement, ce sont quelques groupes qui ont la mainmise sur les aéroports, et rien n’indique un changement de paradigme dans les prochaines années.

« Il y a des groupes qui ont mis la main sur les aéroports. Il n’y a pas eu d’appels d’offres. La façon dont cela s’est fait est très intrigante. D’ailleurs, on ne sait même pas en terme de gestion commerciale si on a les meilleurs gestionnaires, mais ils sont là depuis plus de vingt ans », affirme M. Lachappelle.

Pour Michel Nadeau, directeur général de l’IGOPP, la privatisation aurait un impact négatif sur la gouvernance.

«Les aéroports régionaux, et surtout les grands aéroports, sont des leviers de développement majeurs pour l’économie régionale, donc on ne peut pas dire que c’est juste une entreprise financière. Privatiser, c’est priver les collectivités d’une prise en charge. Que ce soit la Ville de Montréal ou les villes environnantes, il faut que la gestion et la prise en charge des aéroports se fassent par les collectivités locales », soutient-il.

Nuisances sonores risquent d’empirer

Pour ce qui est de la nuisance sonore, peu de choses indiquent qu’une privatisation permettrait d’améliorer concrètement les choses. Au nombre des craintes, on redoute que la privatisation ne se fasse au détriment des municipalités et des acteurs locaux dont le poids pèserait bien peu dans la balance face aux groupes d’intérêts privés qui auraient les coudées franches.

La question de la pollution sonore est un enjeu local dont doivent tenir compte des gens sensibles à ce type de préoccupations, d’où l’importance d’assurer la transparence et la représentativité des gens qui sont élus au conseil d’administration.

Dans son rapport de 2014, l’IGOPP émet d’ailleurs la recommandation suivante :

« Il est essentiel que le conseil d’administration des aéroports soit composé d’administrateurs légitimes et crédibles. Chaque conseil d’administration devrait établir un profil de toute l’expertise et des compétences diversifiées souhaitables au sein du conseil .»

Il faudrait donc s’assurer que la privatisation se fasse dans le respect de la crédibilité, de la légitimité et de la transparence des personnes élues pour éviter les conflits d’intérêts et qu’un dossier comme celui de la nuisance sonore soit entendu.

Advenant la privatisation, une mobilisation citoyenne et un devoir de surveillance des élus seront de mise, selon Jacques Roy, professeur aux HEC et spécialiste en gestion des transports.

« La privatisation pourrait être une occasion pour les citoyens de demander au gouvernement fédéral qu’il encadre mieux le dossier de la nuisance sonore. S’il n’y a pas un cadre rigoureux, la situation risque d’empirer. Une entreprise qui vise surtout le profit ne sera pas nécessairement favorable à des mesures d’atténuation du bruit. Privatiser sans avoir pris soin d’aménager un cadre plus restrictif et rigoureux, ça pourrait détériorer la situation », estime M. Roy.

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Mimi Can
Mimi Can
5 Années

Privatiser sera pire et il y aura des frais en sus, c’est sûr.

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