Avion avec trainées blanches passant au dessus d’Ahuntsic-Cartierville (Photo : courtoisie)

Récemment, un résidant d’Ahuntsic-Cartierville a envoyé des photos au journaldesvoisins.com. Ce citoyen dernier  souhaitait en savoir davantage sur les conséquences des traînées blanches que l’on aperçoit régulièrement à l’arrière des avions qui survolent notre territoire. Journaldesvoisins.com a donc enquêté pour en savoir plus: ces traînées blanchâtres qu’on aperçoit parfois derrière les avions sont-elles dangereuses pour la santé de la population de l’arrondissement? Et comment se forment-elles?

Plusieurs théories, certaines plus farfelues que d’autres, sont lancées pour expliquer ces traînées blanches à l’arrière des avions.

Certains croient qu’elles polluent l’air, d’autres avancent qu’elles accélèrent le réchauffement climatique, alors que d’autres sont persuadés qu’il s’agit de carburant que les avions délaissent sur notre tête.

Journaldesvoisins.com a discuté avec Francis (dont nous respecterons la volonté de ne

pas nommer son nom de famille), un pilote de ligne avec près de 10 ans d’expérience, dont 2000 heures de vol, ainsi qu’avec François Garnier, professeur à l’École de technologie supérieure (ÉTS) et spécialiste en recherches sur l’aérospatial et l’environnement, afin d’en apprendre davantage sur ce phénomène.

Que sont ces « nuages » formés par les avions?

Ces nuages blancs, à l’arrière des avions, sont des traînées de condensation, aussi nommées contrails (une fusion des mots anglais condensation et trail).

Il y a plusieurs facteurs clés qui permettent la formation de ces derniers.

« Les deux paramètres importants pour leur formation, selon M. Garnier, sont la température et la concentration en eau. »

Avion avec trainées blanches passant au dessus d’Ahuntsic-Cartierville (Photo : courtoisie)

Il y a deux types de traînées. Il y a celles formées par les moteurs, qui se retrouvent à l’arrière de ces derniers. Il y a aussi celles formées par l’aérodynamisme de l’avion. Ces dernières se retrouvent aux extrémités des ailes ou derrière les volets de l’avion.

Pour le premier type, c’est comme pour une voiture. Le carburant, une fois consommé, quitte l’avion sous forme gazeuse. Ces particules deviennent alors un noyau de condensation pour la vapeur d’eau qui s’élève grâce à l’évaporation de l’eau sur la planète.

« Les avions circulent en haute altitude où la température peut atteindre -50 °C. Il y a donc une cristallisation des gouttelettes d’eau qui circulent librement dans l’air et qui se collent aux particules de carburant consommé », décrit le professeur du département de génie mécanique de l’ÉTS.

Cette rencontre entre les particules de carburant consommé, la vapeur d’eau et une température suffisamment froide pour la cristallisation de l’eau permet la formation de traînées de condensation.

« Pour le deuxième type, c’est plus compliqué. Lorsqu’un avion vole, il y a une dépression qui s’opère sur l’aile et il y a une surpression en dessous de l’aile. L’avion est aspiré plus que porté », nous renseigne le professeur.

Francis, pilote de ligne, précise qu’un changement de pression implique un changement de température.

Par conséquent, ces différences de pression importantes peuvent créer un changement de phase de l’eau qui circule en l’air et, ainsi, former des traînées de condensation.

Ce phénomène est observable généralement lors du décollage ou de l’atterrissage, précise M. Garnier.

Les traînées de condensation formées derrière un avion s’apparentent à des nuages naturels de type cirrus.

Est-ce dangereux ?

Ces traînées de condensation ne sont pas inoffensives. Selon M. Garnier, elles sont en partie responsables du réchauffement climatique et de la pollution de l’air.

« Ces traînées de condensation, formées généralement en altitude de croisière (environ 33 000 pieds), forment des nuages qui empêchent la chaleur de remonter, et donc, participent au réchauffement climatique », précise M. Garnier.

Les régions avec une très forte circulation d’avions, comme l’ouest de l’Europe, sont davantage touchées par ce phénomène.

De plus, les moteurs de l’avion dégagent du CO2, un gaz à effet de serre avec une durée de vie d’environ 100 ans, rapporte le spécialiste en aérospatiale et en environnement.

« Évidemment, la qualité de l’air près des aéroports, tout comme près des métropoles, est moins bonne. Le carburant qui sort des avions et des voitures n’est assurément pas bon pour l’environnement et la santé humaine », déclare-t-il.

La pollution de l’air occasionnée par un avion est en haute altitude est assez faible, car le carburant consommé à davantage de temps pour se diluer. C’est au décollage et à l’atterrissage que les avions représentent un plus grand danger pour la qualité de l’air.

« Les avions représentent environ 3 % de toute l’émission de gaz à effet de serre », précise M. Garnier.

Toutefois, le danger est plus envisageable lorsque nous analysons le long terme. L’augmentation du nombre d’avions pourrait rapidement augmenter le taux de responsabilité du milieu de l’aviation au réchauffement climatique.

Le délestage de carburant : une mesure très rare

Pour celles et ceux qui craignent un délestage de carburant, le pilote d’avion Francis nous confirme que le délestage de carburant est une mesure d’urgence extrêmement rare.

« Lorsqu’on vole, le carburant c’est comme notre oxygène. C’est ce qui me permet de rester en l’air. Il n’est pas question de le jeter pour rien. Tu ne sais pas ce qui peut arriver tant que tu n’es pas au sol, donc tu gardes ton carburant », renchérit-il.

Toutefois, le poids de l’avion au décollage est généralement plus élevé que le poids sécuritaire pour atterrir, nous explique-t-il. La consommation du carburant, au cours du vol, permet d’atteindre le poids d’atterrissage.

Un avion qui vient tout juste de décoller et qui a une raison urgente d’atterrir (ex. : arrêt cardiaque d’un passager) va devoir se délester d’une partie de son carburant en suivant un protocole très précis afin d’atteindre son poids pour un atterrissage sans danger.

Il est spécifié que ce lestage de carburant doit se faire au-dessus d’une région non habitée et à une altitude suffisamment haute pour que le carburant se dissolve majoritairement avant d’atteindre le sol.

« Les chances que ça arrive sont extrêmement minces. Les compagnies paient très cher leur carburant et il est vigoureusement compté. Quand je reçois mon plan de vol, il est mentionné la quantité de gaz que je dois utiliser au litre près », souligne le pilote d’avion.

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